LES BAINS BOUS LOUIS XI
(D'après un coffret du Musée de Clermont-Ferrand).
n'ignore pas, d'autre part, que Louis Xf était at-
qu'on peut considérer comme le chef-d'œuvre de la tabletterie française au (|uinzième siècle. « (>e petit meuble, d'un si grand intérêt au point de vue de l'art et de l'histoire du costume, fut donné, comme cadeau d'étrennes.à Savaron, parle roi Louis XI.
tant de « mal^duc » (1), il est aisé d'en tirer Mme indnctiDiî, à pm près certaine^ sur l'opinion ^ne pouvait aTc»r ce prince de Tnlilitè des bains pour sa santé.
Le sa«£ra^ e>l sur Utmd d'or, avec rehil7- de bleu el de ver- ■Mlkwi • Les scèaes repcéseatèes swr ckacvae des Caœs soat: 1* r^ldw«IJM des Jiiya ; S* «M r«mMdefv«fc«fKs; 3? le Pirv- «MMÉk, la HtMseç 4* te Jfesàfae cf leJ(ni.:3* te CteMe;«- le Iten^DMiâ cette denùère soèBe,aMe « f irfciT «oa servante seaUe £w« des reoKMUMoes à «a iM, ^ s^eSI iiiKiiiBi dMis rétave od soal deux dases, I^Me se li MX^nd rvabe âOrtsÉl de la ba^Mire. ^Lm Mnswgfmt^ ISS, ^ 17, diaprés «a article de M. C Sactagbdt. para daas tAH jwd- Iwc.)
(1) Cf. PmiàmiÊfêt mmittt des rais de FVwwe, par Arc. Baji CBET vPaiis, Hadwlle, 19»; /afradacfJMi, p. cm, de nfisfaôrv, L VI. ck. L
r:t% :îf
LA VIE AUX HAINS 22i)
Nos ancêtres connaissaient, du reste, aussi bien que nous, l'effet salutaire des bains dans certaines maladies (1), comme dans certains états physiologiques tels que la grossesse (2) : on trouve signalés les bains de gésine dès le quinzième siècle (3).
Un pèlerin, qui partait pour la Terre Sainte en 1512, et traversait le Dauphiné, à la Tour-du-Pin, nous conte, avec un émoi réjouissant, le spectacle dont le hasard le rendit témoin. Ayant pénétré dans la cuisine, pour s'informer si l'heure du repas approchait, quelle ne fut pas sa surprise de voir l'hôtesse de céans « toute nue, sans nulatîuloir (linge) jusques au ventre », qui se baignait « dedans une cuve baignoire encourtifiée ». Elle avait devant elle une table, « où elle sortissoit les plats pour ses hostes ».
Le voyageur ébahi — on le serait à moins — demande une explication. On lui apprend que c'est l'usage, quand une femme est en « gésine », qu'elle se baigne tous les jours nue, et que les voisins
(1) Cf. Mac-Auliffe, la Thérapeutique physique d'autrefois (Paris, 1904), pp. 122, lôS-lGl, 168, 175-176, 180-181, 197-204.
(2) V. l'ouvrage du docteur J. Engelmann, traduitpar P. Rodet, Pratique des Accouchements chez les peuples primilifs (Paris, 1886), pp. 9-10, 248-244, 267-270.
(3) Gay, Glossaire, art. Bains de gésine, et Henri Estienne, Apologie pour Hérodote, ch. VIII, p. 93.
viennent lui tenir compagnie et manger auprès d'elle.
Outre les « bains de gésine », on prenait des bains aux herbes aromatiques et médicinales (1) : en 1533, la prieure de Tabbaye de Jouarre se fait préparer un bain de camomille et de semences carminatives (2).
Les plus raffinés se faisaient répandre sur le corps des essences et des parfums (3), comme au temps de la Rome païenne. On ne pouvait s'offrir cette fantaisie coûteuse que lorsqu'on avait une « baignerie » particulière, c'est-à-dire une salle ou un appartement de bain chez soi, comme en avaient les rois, dans leur palais, les seigneurs dans leurs châteaux, les riches bourgeois dans leurs hôtels {!i).
La plupart des maisons de quelque importance
(1) Fabliau de la Bourgeoise d'Orléans ; roman du Chevalier du Cygne, v. 4223, etc.
(2) Gay, Glossaire, p. 106.
(3) L'eau de roses de Damas était le parfum favori d'Isabeau de Bavière. Elle faisait aussi une grande consommation d'o/seleîs de Chypre : c'étaient de petits flacons remplis de parfums d'Orient, dont Chypre avait l'entrepôt. Ces flacons offraient primitivement la forme vague de petits oiseaux. {Isabeau de Bavière, par Vallet de VmiviLLE.)
(4)Thierry d'Hirçon en avait dans ses hôtels d'Arrasetde Paris. Mahaut (comtesse d'Artois) en possédait également à Paris, à Hesdin et à Arras. (V. Mahaut, par J. M. Richard ; Paris, Champion, éditeur, p. 367.)
possédaient cette chambre à bains ou baignerie^ disposée dans- le sous-sol et lambrissée de bois. Elle contenait des cuves-baignoires en bois, des baquets pour les enfants et des bains recouverts de plomb et percés de trous.
Les personnes tant soit peu aisées avaient des baignoires à domicile : le sire de Gouberville prolite de son séjour à Rouen, pour y acquérir une « étuve de chambre » (1).
Des tentures de toile blanche garnissaient la chambre à bains, coupée par des rideaux mobiles, isolant à volonté chaque baignoire, qui devenait ainsi une sorte de cabine. A côté se^ trouvaient les étuves, pour les sudations à la vapeur et les onctions.
Chez Françoise de Verdun, femme de Geoffroy de Morru, payeur des gages de MM. de la Cour du Parlement de Rouen (4560), la chambre à bains comprenait : « une baignoire de bois de genevre et quatre petits piliers servant autour de ladite baignoire ; ung châssis, une petite table servant à accouchée ; ung. petit ciel de toile de lin à franges de fil d'Espinay à cinq custodes (rideaux), aussi de toile de lin, le tout servant à mettre sur ung bain ».
Mais l'installation la plus complète et la plus cu-
(1) V. le Journal manuscrit dun aire de Gouberville, édit. Tolleraer.
rieuse, dont l'inventaire nous soit connu (1), est celle de Philippe de Clèves, en 1527.
La baignerie comprenait trois pièces : la chambre à bains, Tétuve et la chambre de chauffage.
La cliambre à bains renfermait '< quatre grandes cuves baignoires » adossées au mur; elles étaient séparées Tune de l'autre et fermées, sur les côtés et en avant, par des courtines de toile blanche, de manière H former quatre tentes ou cabines entièrement closes. Ces courtines étaient « pourpointées aux devises de mondit feu seigneur ».
Les quatre cuves ainsi disposées étaient surmontées d'un « gr^d ciel de toille blanche fait à la faction (manufacture ?) de Millau, gnrny de plusieurs pommettes dorées et de cinq grands escuchons par dedans le dosseret, et de trois gourdines (courtines) avec franges y pendant ».
A côté se trouvait un lit, également garni de toile blanche, aux armes de la famille, avec un « drescheoir (dressoir), une chayère à trois pietz et huit petits bancs perchiez et plombez servans dedans lesdites quatre cuves ». Ces bancs étaient percés à jour et garnis de plomb, pour faciliter l'écoulement de l'eau à la sortie du bain.
En face de la porte d'entrée, il y avait « un grand tableau de peinture, encastré dans le mur et tenant
(1) V. le Meuble en France au seizième siècle, par Ed. Bonnaffé, p. 265 et suiv.
I A VIE Aix BAINS 2:^:^
ff'rme à la gallerie, de l'histoire de Vénus (Diane) et Acthéon et de plusieurs femmes nues (1) ».
D'autres tableaux du même genre garnissaient la pièce : « une grande paincture d'une femme nue faicte sur toille ; ung petit tableau de paincture d'ung homme et une femme nus, faict sur toille ; un grand tableau do paincture sur bois d'une femme nue et unof vieillard tenant une verq^e à la main, estudiant et professant (2) ».
La chambre des étuves était entourée de bancs et tendue comme la précédente de « toille blanc]ie ».
;i Un tableau représentant w/i BaiVz de femmes, peini par Jean van Eyck, faisait partie de la galerie du cardinal Ottaviano degli Ottaviani, bien connu pour son luxe. « On y voyait, dit Kacius, de belles femmes sortant du bain et à peine voilées; dans un coin, se trouvait une vieille duègne, transpirant abondamment et prouvant ainsi que c/était un bain très chaud ». Le cardinal possédait plusieurs autres tableaux de « nu »,et Ton sait que Frédéric d'Urbin, le premier et le seul duc de ce nom, fit orner une salle de bains de peintures analogues, qu'il avait pu acquérir. Les productions de ce genre étaient très recherchées en Italie, où ces tableaux étaient, parait-il, partout demandés. {Le Genre satirique dans la peinture flamande, par L. Maeterlinck, p. 178, 2* édit., revue et augmentée.)
(2; Vers 1540, on fit des « ouvrages de peinture », à la Chambre rouge des étuves, située sous la grande galerie du château de Fontainebleau, Ne serait-ce pas dans cette chambre que se livniicnt aux ébats du bain les dames de la Cour, sans se douter qu'un miroir à réflexion, caché dans les rocailles, les trahissait et que le roi, dissimulé dans la grotte du Jardin des Pins, les observait tout à loisir ? On simaginc fort bien, du reste, François I" faisant le voyeur, dans cet observatoire improvisé pour la satisfaction de sa paillardise. (Cf. Les Amours de François I", par M. de Lescure ; Paris, 186r>, p. 78.)
•JM .MŒUH.S INIIMKS 1)[J MASSH
Sur le sol, « un grand blanchet (drap de laine blanche) servant par terre », pour garantir les pieds.
La pièc'e renfermait encore « quatre autres petis blanchetz, quatre pièches de toille servant sur les bancs desdites étuves, trois oreillers de duvets couverts de fustaine blanche et deux petits bacz de plomb ».
La chambre de chauffage des étuves, où couchait l'homme chargé de ce service, ne contenait qu'un (( châlit de bois, un lit traversin et une couverture rouge, un grand coffre de bois et deux puisettes d'arain (airain) à gecter l'eaue ».
Aux époques antérieures, les étuves étaient d'une organisation plus rudimentaire (1) ; voire même les étuves qu'avaient établies, à la pointe de l'Ile aux Treilles, derrière le Palais de Justice, les rois de France, pour leur usage et celui des seigneurs de la cour.
Elles continuèrent d'exister jusqu'au seizième siècle. Henri II donna cet Hôtel des étuves aux ouvriers de la Monnaie, lorsque l'on commença d'en fabriquer au moulin de Bussi, que François II acheta,
(i) Telles, par exemple, celles qui existaient, dès le quatorzième siècle, au chAteau de Mehun-sur-Yèvre, commencé pour le duc Jean de Berry, et où mourut Charles VIII (En- LART, Manuel d'Archéologie, t. II, p. 541).
en 1560, pour l'employer à la fabrication de la monnaie (1).
Sauvai (2) rapporte qu'à l'hôtel Saint-Pol et à l'hôtel du Petit-Musc, le roi Charles V avait fait disposer, pour la reine, des chambres de bains, qui étaient pavées de pierres de liais, « fermées de portes en fer treillissé et entourées de lambris de bois d'Irlande ; les cuves étaient de même bois, ornées tout autour de bossettes dorées et liées de cerceaux attachés avec des clous de cuivre doré ».
Isabeau de Bavière, femme de Charles YI, fit venir, en 1416, ses étuves de l'hôtel Ssfint-Pol à Saint- Germain-en-Laye, d'où on les transporta, le k août suivant, à Vincennes (3).
La même reine avait fait installer des étuves plus élégantes pour ses hôtes, dans sa petite maison de la rue Barbette. Quant à elle, elle se contentait de cuves de bois d'Irlande ou de chêne à poupines (petites poupes) sculptées. L'intérieur était garni de draps baignoirs, ou fonds de bain. Au-dessus s'élevait un ciel ou pavillon nommé épervier (fig. 37). Cet épervier étendait ses ailes ou rideaux tout autour de la reine prenant son bain (Zi).
Le roi René avait fait construire, en l/i55, dans
(1) Delamare, Trailé de la police, t. 1 (1705), p. 82.
(2) Histoire et Antiquilés de la ville de Paris, t. II, p. 250.
(3) Chronique de Charles VII, par Iehan Chartier, éd. Jannet, t. III (1858), p. 277.
(4) Isabeau de Bavière, par Vallet de Viriville, p. 34.
son château de Baugé, des étuves voiitées, ainsi qu'à son château d'Angers (1).
Anne de Bretagne prenait ses bains dans de grandes cuves à couvercles, en forme de baquets.
Ces baignoires étaient chauffées par deux trépieds en fer, surmontés de poêlons du même métal, remplis de feu, qu'on plaçait en dessous. Deux petits tonneaux s'ouvrant par le bout, garnis de serrures fermant à clé, servaient à mettre Teau dans ces baignoires (2).
Dès 138/i, la duchesse de Bourgogne, Marguerite de Flandre, épouse de Philippe le Hardi, avait fait construire une étuve dans la basse-cour de son palais de Dijon.
En \lilili, le duc de Bourgogne fit venir, de Dijon à Bruges, Guillaume Anceau, étuvier, pour faire « une grande cuve quarrée à baigner, assise en pavement, de 16 pieds de long et 8 pieds de large », qu'on paya 168 livres 16 sols (3).
Deux ans après, le palais des ducs de Bourgogne, à Bruges, comportait une baignerie, des étuves, un « retraict auprès icelles » et tout un système de chauffage. A Tétage supérieur, au-dessus des baignoires et étuves, étaient deux belles
(1) Comptes et mémoriaux du Roi René, p. 88 et Inventaire du château d Angers (1471).
(2) Vie de la reine Anne de Bretagne, par Le Roux de Lincy.
(3) QuANTiN, les Ducs de Bourgogne, p. 66.
chambres à coucher, pourvues chacune de leur cheminée (1).
Un siècle environ plus tard (1528), un riche parti-