CHAPITRE II
On peut dire que, dès les temps les plus reculés, la Grèce a connu les bains chauds (1). 11 n'y a qu'à lire, dans V Odyssée, \e récit delà vie délicieuse qu'on menait dans le palais d'Alcinoûs, et la réception que fit à Ulysse la magicienne Gircé : «... Quatre nymphes étaient dans le palais de Gircé et la servaient avec zèle... la quatrième apporte l'eau, puis elle allume un grand feu sous le large trépied ; l'eau s'échauffait.
« Lorsque cette onde a frémi dans l'airain sonore, la nymphe me place dans une baignoire^ puise l'eau chaude dans le trépied, la mélange agréablement avec la froide, et la répand sur ma tête et sur mes
(1) Le Rig-Véda (Code des Indous) nous apprend que les Indous avaient l'habitude de plonger dans l'eau chaude l'enfant dès sa naissance. D'une excessive propreté, ce peuple faisait un fréquent usage du bain chaud. Ayant une origine commune, les Hellènes et les Indous durent avoir, au début, mêmes mœurs et mômes usages (Cf. De rasage du bain chaud chez les anciens, par E.-J. Faijgiek ; thèse de Bordeaux, 1898.)
épaules, pour délasser mon corps de la fatigue qui l'accablait. Après m'avoir lavé, m'avoir parfumé d'essences, elle me revêt d'une tunique et d'un manteau... »
Tous les actes du bain sont indiqués dans ce court récit, où se retrouve la précision à laquelle le poète grec nous a habitués.
Avec les mêmes égards que son père, Télémaque, reçu à la cour de Nestor, est conduit au bain par la belle Polycaste, la plus jeune des filles du vieux roi de Pylos. Elle le lave de ses propres mains et, après avoir répandu sur son corps des essences précieuses, elle le couvre de riches habits et d'un manteau éclatant (1).
Des femmes étaient chargées de préparer le bain ; ordinairement, des servantes ou des esclaves, parfois, les filles de la maison, ou la maîtresse elle-même, qui veillait à ce que le baigneur ne manquât de rien, répandait l'eau sur sa tête ou ses épaules, le frictionnait au sortir du bain, en prenait soin, pour tout dire, tant qu'il était sous son toit.
Chez les Grecs, le bain est toujours offert à l'hôte qu'on reçoit et ces mœurs primitives se sont longtemps conservées.
Homère parle de grandes marmites à trois pieds,
(1) L'Ami des femmes ou Lettres d'un médecin, etc. (2* édition), par P.-J. Marie de Saint-Ursin (A Paris, an XIII, 1805), p. 81.
dont on se servait principalement pour chauffer l'eau des bains. Dans Homère apparaissent également des baignoires d'argent ou de pierre polie, assez grandes pour contenir une personne. Plus tard, les baignoires firent place à de grands bassins simulant