‹ Moeurs intimes du passé (volume 4)Chapitre 3 sur 48 · FIG. 5. — LA DOUCIIK PRIMITIVE · texte numérisé non relu

FIG. 5. — LA DOUCIIK PRIMITIVE

(D'après une peinture de vase.)

une coupe, supportée par un ou plusieurs pieds et alimentée par une conduite d'eau pratiquée dans le mur. Ce sont ces bassins qu'on rencontre le plus souvent dans les peintures sur vases représentant des scènes de bains.

Les héros d'Homère ne prennent pas que des bains chauds ; ils se baignent aussi dans le fleuve. Hélène se plonge dans l'Eurotas ; Nausicaa et ses compagnes, dans l'eau où elles viennent de tremper leur linge. Il n'était permis qu'aux athlètes et aux guerriers de se délasser, par le bain chaud, des fatigues des expéditions ou des combats.

Le bain se prenait d'habitude avant le repas. On faisait usage d'une cuve de grandes dimensions, où le baigi^ur se tenait debout, tandis qu'on pratiquait des affusions sur son corps.

Les baignoires étaient en bois ou en marbre, rarement en argent, comme cette cuvette que Ménélas avait rapportée d'Egypte et qui fit l'admiration de tous ceux appelés à la contempler.

Dans les temps primitifs de la Grèce, le bain était sévèrement interdit aux femmes et aux enfants. Seuls, les Phéaciens, réputés pour leur amour du plaisir, s'adonnaient à l'usage quotidien du bain chaud, auquel répugnaient les Spartiates (1), dont le rigorisme se serait mal accommodé de ces pratiques.

(1) Au début, les Spartiates, de même que les Athéniens, à l'époque des guerres persiques, ne faisaient usage que de bains froids. Plus tard, on courut en foule aux bains chauds. Les partisans de l'ancien régime protestèrent contre cet amollissement des mœurs. Platon ne permettait le bain chaud qu'aux vieillards, Socrate s'y montra rarement, Phocion n'y parut jamais.

PIC. f>.— JEUNES FILLES A LEUR TOILETTE.

(D'après une terre cuite de Tanagra.)

Six cents ans après Homère, Hippocrate, le père de la médecine, constate que l'extension des établissements de bains était encore fort bornée en Grèce. 11 déclare n'ordonner que rarement ces bains, à cause de la difficulté des particuliers à se les procurer.

Bientôt ces établissements se multiplièrent. Toutefois, l'usage n'en fut général et public, en Grèce, que peu de temps avant Athénée, c'est-à-dire vers le premier siècle de l'ère chrétienne.

Quand furent abrogées les lois athéniennes qui interdisaient l'établissement de bains publics dans l'enceinte de la ville et recommandaient les bains froids et la natation, de nombreux établissements furent édifiés, où le peuple put se rendre à toute heure du jour. Il y avait, en outre, des entreprises particulières, où l'on se baignait moyennant une redevance.

Si les hommes de vie austère, comme Socrate ou Phocion, usaierlt des bai.is avec modération, il n'en allait pas de même de la jeunesse athénienne, qui fit des salles de bains son séjour habituel.

Les jeunes Athéniens se rendaient à l'établissement tous les jours, une fois au moins, avant le repas du soir (1), ou vers le milieu de l'après-midi. Certains

(1) La coutume de se baigner après le voyage ou après des

allaient deux et trois fois aux thermes dans la journée, souvent davantage. C'était le rendez-vous des oisifs et des débauchés.

On y soupait, on s'y livrait à toutes sortes de jeux ; on y passait la plus grande partie du temps en orgies de toute sorte.

Dans chaque ville, il y avait des bains publics.

Dans les maisons riches, les personnes invitées trouvaient toujours une pièce pour faire leur toilette ; il eût été de la dernière inconvenance de se présenter dans la salle du festin sans être entièrement parfumé.

Dès qu'un invité arrivait dans la maison où il devait souper, on lui ôtait sa chaussure. Il n'eût pas été séant d'entrer dans l'appartement avec les chaussures qu'on avait dans la rue.

Avant de se mettre à table, il était d'usage de se baigner les pieds et de se les parfumer. Les préparatifs pour la toilette d'une fiancée sont figurés sur un bas-relief antique. La jeune fille se couvre le visage, pour cacher les larmes que l'émotion lui fait verser, tandis qu'une esclave lui lave et lui parfume les pieds.

Dans les établissements, il y avait un baigneur

exercices qui avaient couvert le corps de sueur et de poussière était ancienne dans la Grèce. Elle apparaît déjà aux temps homériques, elle ne fit que s'étendre dans les siècles suivants. L'on se mit à prendre un bain chaque jour avant le repas.

chargé de la police des bains, en même temps que des recettes. Le tarif était des plus modiques : deux chalques ou le quart d'une obole ; les étrangers acquittaient un droit plus élevé. On laissait les pauvres se chauiïer gratis.

Chacun portait avec soi l'huile (1), les terres grasses, la soude et autres ingrédients utiles, ou se faisait accompagner d'un esclave, qui avait l'attirail nécessaire sur le dos, ainsi que les onguents, le linge, etc.

Le tenancier de l'établissement était toujours prêt à fournir les ustensiles et accessoires de toilette.

Les strigiles (fig. 7), les éponges étaient enfermés dans des sacs, sortes de filets suspendus à côté des baigneurs.

Les peintures de vases nous montrent des scènes qui sont de nature à jeter un certain jour sur les habitudes intimes des femmes grecques. Nous devons d'autant moins négliger cette source d'informa-

(1) La coutume de se frotter d'huile après le bain est aussi ancienne dans la Grèce que l'usage des bains mêmes ; chez les personnages d'Homère, on voit toujours l'une de ces opérations accompagner l'autre. Dans les établissements publics, les baigneurs avaient la faculté de se procurer à prix d'argent l'huile et les autres ingrédients, mais la plupart les apportaient ou les faisaient apporter par leurs esclaves.

tion, que peu de documents écrits nous viennent en aide sur cette question restée obscure (1).

Dans une de ces peintures, reproduites par Tichben [Vases d'Hamilton, t. I, pi. 53), nous avons la représentation, très probablement exacte, d'un bain public d'hommes, ainsi que le mot AÇMOSIA, qu'on peut lire sur les parois du vase, semble l'attester.

On y voit un des personnages se racler avec le strigile ; un autre se disposer à mettre de Peau dans le bassin, où un troisième est prêt à plonger. Divers instruments et accessoires sont suspendus au mur.

Une autre de ces peintures représente une femme abritée sous son parasol et qui tourne la tête vers une de ses compagnes ; celle-ci vient de se baigner et est en train de presser sa chevelure au-dessus d'une vasque d'eau.

La présence du parasol indique un endroit où le soleil darde d'aplomb, c'est-à-dire une cour, et la vasque d'eau montre la présence d'une fontaine dans cette cour : ce qui s'accorde parfaitement avec ce que nous connaissons de la disposition des maisons grecques.

(1) Les peintures de vases grecs représentant des scènes de bains offrent le plus souvent un grand vase rond ou ovale, élevé sur un seul pied et autour duquel des hommes ou des femmes, entièrement nus, sont occupés à se laver ; aucune ne nous montre une baignoire dans laquelle des baigneurs puissent entrer ; et cependant, l'usage des bassins de cette espèce est attesté par des textes anciens et existe déjà chez les héros d'Homère.

Cette cour appartenait, sans aucun doute, au gynécée, qui n'était pas toujours situé au premier étage, comme on l'a dit quelquefois.

Dans tous les cas, il devait y avoir dans les maisons une petite cour, où les femmes pouvaient se livrer aux soins de leur toilette, sans redouter les regards indiscrets.

On voit encore, représentées sur des vases peints, de grandes vasques circulaires, montées sur un pied rond ou une colonnette, autour desquelles se tiennent hommes ou femmes, se livrant à leurs ablutions.

Les accessoires que l'on rencontre habituellement dans les thermes antiques sont suspendus au mur : les strigiles, pour se racler la peau ; un sac à éponges ; des fioles d'huile parfumée.

Gomme on l'a fait justement observer, les circonstances du sujet ne donnent pas toujours le moyen de distinguer s^il s'agit d'une scène de toilette qui se passe en public^ ou à l'intérieur d'une habitation ; peut-être faudrait-il y voir le plus souvent un épisode mythologique ou religieux (1).

Mais voici, sur un autre vase, une femme nue et sa servante. Cette dernière emplit la vasque où va se

(1) Ainsi la scène de bains que représente la gravure de la p. 33 a pu être interprétée de la sorte : « Deux bacchantes nues, qui vont se laver, probablement avec du vin mêlé, pour oindre leur corps ; auprès d'elles est un faune ou un silène. Ces deux femmes, par cette lustration prescrite par la loi, se disposent à célébrer les fêtes de Bacchus. »

baigner sa maîtresse, pendant que celle-ci jette un regard à son miroir, qu'elle vient de prendre dans le coffret où sont enfermés les onguents et les par-

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