FIO. 44. — UN « ÉQUIPAGE DE BAIN », AU TEMPS DU GRAND HOI
10.000 livres. Colbert donne des ordres pour qu'on achève au plus tôt l'appartement des bains ; en 1675, les marbriers réclament un reliquat de 5.000 livres, en paiement « de la grande cuve du* cabinet des bains ».
En 1677, 6.000 livres figurent aux comptes, pour deux nouvelles baignoires de marbre. Puis, ce sont des réparations presque continuelles : on répare les marbres de la cuve ; on y ajoute des ornements de bronze doré, pour les rendre dignes de leur auguste occupant.
Une Description monumentale du château d'Anef^ datée de lôZiO, mentionne un grand nombre de conduites d'eau « destinées aux estuves et bains ». La plupart des résidences royales et princières possédaient donc des salles de bains.
Pour combattre le froid causé par le marbre, on garnissait la baignoire de linge (1). L'Inventaire des meubles de la couronne nous a conservé l'énumération de la lingerie consacrée à ce service.
Lorsque le roi devait prendre son bain^, les baignoires étaient enveloppées de « tours de baignoires de basin blanc rayé;, garnis sur les coutures de petite
(1) C'est ce qu'on appelait l'équipage de bain. En 1688, Mme de Maintenon fait présent à Mme de Chevreuse d'un «équipage de bain de point de France ». Il se composait « non seulement d'un peignoir, mais d'un haut volant entourant la baignoire, des serviettes et de la descente, le tout d'une grande magnificence. » Mme Bury-Palliser, Histoire de la Dentelle, p. 135.
dentelle et par le haut et par le bas de moyenne », et abritées sous un u pavillon composé de dix-huit lez de basin blanc rayé et garni de grande dentelle d'Angleterre ». Le roi s'asseyait dans la baignoire sur de petits tabourets garnis de basin (1).
Du vivant même du grand Roi^ l'appartement de bains de Versailles fut transformé, pour servir de logement au comte de Toulouse, bâtard légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan. Plus tard, Louis XV fera cadeau à Mme de Pompadour de la grande cuve de marbre, alors recouverte par un plancher et qu'on eut, pour cette raison, beaucoup de peine à déplacer (2).
Cette cuve devait être transformée en un bassin, destiné à la nouvelle résidence de la favorite, l'Ermitage ; c'est là qu'on pouvait encore la voir, il y a quelques années (3), dans un jardin occupant l'ancien emplacement de la propriété connue sous ce nom.
Louis XV eut ses bains successivement dans les parties différentes de ses cabinets. En 1732, ils étaient installés au premier étage, avec la chambre qui les accompagnait.
(1) Inventaire général des meubles de la Couronne, 1675.
(2) Mémoires du duc de Luynes, t. X.
\^i) Dictionnaire de V ameublement ^ de Havard, t. IV, col. 844.
LA VIE AUX BAiNé 293
Dix ans plus tard, on les y retrouve, bien que la forme des deux pièces soit modifiée.
On sait que c'est en 17/i2, dans le voyage à Ghoisy, que Mme de La Tournelle se rendit aux désirs pressants de Louis XV. Elle avait obligé le roi d'assister à ses bains et ce prince y conduisait les courtisans, entrant seul dans le salon, laissant ceux-ci dans la chambre la porte entr'ouverte, et faisant avec eux la conversation. Quand la favorite sortait du bain, elle se mettait au lit, y dînait, et tout le monde pénétrait alors dans sa chambre et assistait debout, avec le roi assis, à son dîner (1).
En 17/i7, les bains du roi subissaient de nouvelles modifications. Le l^"* février, on envoie trois dessins de décoration « pour la menuiserie, à M. Léchaudé ; pour la sculpture, à M. Rousseau (2) ».
La même année, le célèbre peintre Natoire exécutait, pour les bains du roi, deux tableaux estimés chacun 750 livres : c( Un concert champêtre et une bergère et sa compagne^ sujets pris des Eglogues de M. de Fontenelle ».
Onconnaît l'humeur mobile de Louis XV, son besoin
(1) Mémoires du maréchal de Richelieu {\l*è'i), t. VI, p. 119 : cité par Raoul Vèze, la Galanterie parisienne au dix-huitième siècle, p. 84.
(2) Le devis de Rousseau s'élevait à 1.738 livres; il fut exécuté, mais une partie de cette sculpture dut être refaite en 1764, pour substituer une nouvelle menuiserie propre à recevoir des papiers de la Chine.
continuel de s'occuper l'esprit et de distraire sa pensée, pour dissiper son incurable ennui.
En 1750, sans motif apparent^ il mande son intendant des bâtiments, M. de Tournehem, et lui donne des ordreS;, pour qu'on déplace sa salle à manger et qu'on la transporte dans l'appartement des bains.
Le roi me dit dimanche, écrit Tournehem à Lécuyer, qu'il n'y avait qu'à faire défaire ses bains à Versailles; à quoi lui ayant demandé qu'il n'en aurait plus, et m'ayant répondu qu'il ne se baignerait pas, sans doute qu'il a besoin de cette pièce pour autre chose dont il ne m'a pas parlé. Ainsi faut-il s'en tenir à ses ordres et à faire défaire lesdits bains ; c'est ce que je vous prie de faire au plus tôl.
En raison de cette nouvelle destination, une antichambre réservée aux buffets devait être adjointe à la pièce qui restait à approprier.
Quatre ans se passent avant qu'il se produise de nouveaux changements et bouleveisements.
Les bains sont tour à tour transportés au-dessus du cabinet du Conseil (1755), puis à l'étage au-dessus des cuisines (1763). Plus tard (1767), le roi lés désire dans l'appartement où vient, de mourir la dauphine Marie- Josèphe de Saxe et qui va devenir l'appartement de la du Barry.
Mais l'installation de la maîtresse en titre réclamant des modifications plus étendues qu'on ne les avait prévues, Louis XV se voit dans l'obligation
d'employer pour ses bains, ramenés au premier étage, l'ancien cabinet de sa fille, Mme Adélaïde. On travaille aux bains du roi;, en même temps qu'à l'appartement de la du Barry, dont font mention les mêmes rapports.
Le 19 août 1770, « les planchers des bains du roi sont posés, ainsi que l'escalier pour monter à l'entresol au-dessus, où sera la chaudière et le réservoir. L'on en fait actuellement les plâtres et l'escalier, pour descendre à la salle des buffets, est presque achevé ».
Le 3 septembre, le Roi est venu voir lui-même l'appartement de la favorite et le sien. Il exprime sa satisfaction « de l'ouvrage qu'on a fait chez lui pendant son absence^ en attendant celui de ses bains, auquel on ne pourra travailler que pendant le prochain voyage de Fontainebleau. S. M. a été très satisfaite de l'état où elle a trouvé les nouvelles cuisines du Petit Trianon, en conséquence de quoy, elle compte y aller souper et coucher le 9 de ce mois. »
M. de Marigny, l'intendant des bâtiments, constate que « les bains du Roy vont très bien et qu'on y travaille avec toute la diligence possible, ainsi qu'à ceux de Mgr le Dauphin et aux petits cabinets de Mme la Dauphine (1) ».
(1) Le Château de Versailles sous Louis XK, par P. de Noluac.
Cependant, au commencement de 1771, par suite du manque de fonds, les travaux sont loin d'être avancés. Pour finir les bains du roi, Tarchitecte (1) réclama 12.000 livres ; pour les bains de Mgr le Dauphin, 3.000 livres sont encore nécessaires.
Les entrepreneurs se plaignent de ne pas être payés. Dans une supplique collective, adressée par les plus anciens d'entre eux à M. de Marigny, ils représentent l'impuissance où ils sont d'entreprendre ces travaux, si les fonds qui y sont destinés ne sont pas plus certains que ceux qui ont été distribués pour tous les travaux ordonnés depuis nombre d'années. La supplique, très motivée, se termine par ces mots : « Voilà, Monsieur, la situation de nombre de malheureux, qui devraient avoir un morceau de pain à laisser à leurs familles, après avoir fait des millions de travaux. «
(1) L'architecte Gabriel fournit ainsi le détail de ce qui reste à faire :
« Pour fournir les bains du Roy au château de Versailles, y compris les ouvrages préparez et pour lesquels il n'y a pas eu de fonds, il en coûtera, en quelques légères maçonneries, menuiseries, sculpture, impression et dorure, bronze doré d'or moulu pour ferrures et espagnolettes, bronze de robinets, cuves et leur peinture et tout l'accessoire nécessaire pour les baigneurs, environ la somme de 12,000 livres. Si l'on y joignait 3.000 livres, l'on finirait en même temps les bains de Monseigneur le Dauphin qui sont suspendus faute de fonds, cy 8,000 livres
Total 15,000 livres
A Versailles, ce 16 janvier 1771.
« Gabriel ».
Ces travaux s'appliquaient aux bains du roi, aux appartements du comte de Provence et à la chambre de la reine.
Nous pouvons juger de la magniiiifence de la salle de bains de Louis XV par ce qui en reste aujourd'hui. Le très actif et très averti conservateur du musée de Versailles, M. de Nolhac, en a fait une description qu'on sent écrite par un artiste amoureux des reliques du passé.
« Elle comporte neuf grands panneaux, qui présentent chacun, à hauteur de l'œil, un bas-relief ovale, encadré de roseaux et de narcisses ; ce sont partout des scènes de bain, de pêche, de chasse aquatique. Ces panneaux ont, aux quatre angles, des dauphins enroulés à une touffe de roseaux. 11 y a encore dix-sept bas-reliefs rectangulaires, de composition moins importante et d'ordinaire moins soignés d'exécution et de dorure.
(( Les décorations de la fenêtre, ébrasement et volets, sont particulièrement curieuses : on y trouve non seulement le mélange de l'or mat, de l'or bruni et de l'ort vert, qui existe dans les bas-reliefs ovales, mais encore un or bronzé d'un effet assez inattendu.
« Le bas-relief de la partie supérieure de la fenêtre
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représei;ite un ciel de nuit parsemé d'étoiles et de nuages et parcouru par un vol de chouettes et de chauves-souris.
« Une baignoire se trouvait placée au-dessous de la grande glace, en face d'une cheminée de style Louis XVI à bronzes dorés, qui pourrait être postérieure à la première installation. Toute cette petite pièce, où la dorure est peut-être de qualité plus excellente que la sculpture, est d'une conservation presque parfaite (1). »
Nous sommes moins informés axif les bains de la reine Marie Leczinska que sur ceux de son époux. La seule mention que nous en trouvions est du duc de Luynes, le mémorialiste le mieux renseigné sur son époque.
Voici le texte du noble duc :
Du jeudi 15 décembre. La reine se baigna avant-hier. Les bains qu'elle a dans son appartement ont été changés pendant le voyage de Fontainebleau. Ce changement fait partie de ceux qui ont été faits dans les cabinets de la reine, et comme les plâtres ne sont pas encore secs, la reine ne fait nul usage de cette partie de ses cabinets et ne se sert que du cabinet qu'elle a fait peindre en vert, comme je l'ai marqué dans le temps, et des petits qui sont à droite et à gauche par delà ce cabinet. Ces bains qui précèdent son grand cabinet vert ne pouvant lui être d'aucune utilité présentement, elle a fait demander ou demandé elle-même au roi la permission de se baigner
g(l) Le Château de Versailles sous Louis XV.
dans ses bains. Le roi a accordé cette permission de la meilleure grâce qu'il soit possible et a répondu : « J'y consens et très volontiers. »