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FIG. 45. — LE BAIN

(D'après une peinture du Mufeée de Chantilly.)

En réalité, du temps de Louis XV, comme sous la Régence, les salles de bains étaient plutôt rares et,

en dehors de la Cour, seuls, certains châteaux des environs de Paris en étaient pourvus.

Il yen avait à Issy, chez la douairière de Gonti. A Bellevue, chez M™^ de Pompadour, les étuves étaient situées sur la droite de la cour ; Boucher les avait décorées de peintures mythologiques.

Les bains occupaient à Versailles toute une aile du château; Ruel possédait les siens.

On a fait cette curieuse remarque (1) qu'ils étaient presque toujours placés près des orangeries et des serres; sans doute était-ce pour épargner le chauffage; sauf cette raison, les eaux et les fontaines étaient si abondantes dans les habitations^ de plaisance, que bien d'autres endroits eussent convenu pour l'établissement des bains.

On peut conjecturer que, dans tout château important, plusieurs logements particuliers de gentilshommes et de dames élégantes étaient munis d'étuves ; mais ce n'est que pure supposition.

(1) Magasin pittoresque^ mai 18(52, p. 162.

Pour en finir avec les bains dans les châteaux royaux, nous allons faire connaître la disposition des bains de Marie-Antoinette.

Marie-Antoinette avait des soins tout particuliers d'hygiène et de propreté de sa personne ; elle prenait des bains très fréquents.

Sa toilette d'argent, au dire'du comte de Reiset(l), qui en a vu quelques parties, était le principal luxe de ses cabinets.

« Elle se couchait cependant, comme toutes les dames d'alors, avec de la poudre embaumée dans les cheveux ; elle portait de ces coiffes de taffetas blanc qui lui servaient de bonnets de nuit, sans doute pour n'être pas obligée chaque jour de se poudrer les cheveux ; grâce à ces bonnets de soie, la poudre de la veille se conservait facilement jusqu'au lendemain (2). »

D'autres détails intimes nous sont révélés par Mme Campan.

« Elle (Marie- Antoinette) se levait à huit heures

{l) Modes et usages au temps de Marie-Antoinette, par le comte DE Reiset, t. I, p. 53.

(2) Les femmes portaient une autre coiffure, « qu'on appelait la baigneuse : c'était, nous dit le toujours informé M. de Reiset, un potit bonnet très coquet, en point d'Angleterre, garni de salin rose pâle ou d'autre couleur. » Reiset, loc. cit., I, 250.

du matin, prenait son déjeuner à neuf, souvent dans son lit, quelquefois debout, sur une petite table, en face de son canapé.

« Tous les jours une femme de service lui lavait les jambes lorsqu'elle ne se baignait pas.

« La reine remontait dans son lit après son bain, prenait un livre, ou son ouvrage de tapisserie. Le déjeuner, les jours de bain, se faisait dans le bain même. On plaçait le plateau sur le couvercle de la baignoire. Sa sobriété était grande; elle déjeunait avec du café ou du chocolat^ ne mangeait à son dîner que de la viande blanche et soupait avec du bouillon, une aile de volaille et un verre d'eau dans lequel elle trempait de petits biscuits.

(( A midi, elle s'habillait pour tout le jour. Elle se couchait lacée avec des corsets de crevés de rubans et des manches garnies de dentelles, et portait un grand fichu.

(( Après son bain, on lui passait une très grande et très longue chemise ouverte, entièrement garnie de dentelles (1), de plus un manteau de lit de taffetas blanc. »

En 1783, la reine s'était occupée d'aménager elle-

(1) Un « déshabillé » de percale, garni en mousseline brodée, montée sur ruban de fil, c'était le vêtement négligé de chambre, dont on se servait chez soi, en sortant du bain, avant de prendre les habillements avec lesquels on sortait. (Reiset, t. I, p. 249.)

même les pièces qu'elle se réservait et qui comprenaient, entre autres, une chambre à coucher (1), attenante à la salle de bains et une bibliothèque ; entre la chambre et la salle de bains était un cabinet, décoré en stuc. L'appartement était terminé à la fin de

Quand le dauphin fut établi avec son gouverneur au rez-de-chaussée du jardin^, dans l'appartement quitté par Monsieur pour le pavillon de Provence, la reine dut s'attacher plus encore à ce petit appartement, qui lui permettait d'être aussi voisine de son fils ; c'est à ce moment qu'elle fît établir sa nouvelle salle de bainS;, beaucoup plus grande que celle qu'elle avait dans ses cabinets (2).

Le jour même du retour de Varennes^, Marie-Antoinette dictait à un des huissiers de sa chambre une lettre destinée à Mme Campan et qui commençait

(1) La chambre à coucher des bains rappelle aux visiteurs du château de Versailles actuel le souvenir de Mme de Lamhalle qui, en sa qualité de surintendante, à l'époque de la naissance de Mme Royale, en janvier 1779, « a couché dans les bains de la reine pendant les neuf jours de la couche ». La chambre était alors telle qu'aujourd'hui, mais la soie jaune dont on l'a tendue remonte seulement à quelques années (P. de Nolhac).

(2) Mémoires de la Société des Sciences morales, des Lettres et des Arts de Seine-et-Oise, t. XVI.

par ces mots : « Je vous fais écrire de mon bain, où je viens de me mettre pour soulager au moins mes forces physiques... » Contrairement à la plupart des personnages de la haute société de son temps, Marie-Antoinette prenait des bains fréquents.

« Nous sommes gardés à vue jour et nuit », écrivait-elle le 29 juin^ dans un court billet en chiffres, à Fersen : le zèle des geôliers allait^ en effet, jusqu'à l'indécence ; la reine était contrainte de laisser ouvertes la porte de sa salle de bain et celle de sa chambre à coucher, et Ton n'admettait pas qu'elle osât se plaindre (1).

Lorsqu'on avait ramené la famille royale aux Tuileries, le Roi avait réclamé un poulet ; quant à la Reine, elle était si couverte de poussière qu'elle avait demandé à prendre, avant tout, un bain (2).

Elevée dans les sévères principes de la cour de Vienne, la reine se baignait vêtue d'une longue robe de flanelle, boutonnée jusqu'au cou, et tandis que ses deux baigneuses (3) l'aidaient à sortir du bain^ elle

(1) VÉvénemenl de Varennes, par V. Fournel, p. 264.

(2) Modes et usages, etc., par Reiset, t. II, p. 245.

(3) L'une de ces baigneuses était chargée de préparer l'eau pour laver les jambes de la reine, lorsqu'elle ne se baignait pas ; assez ordinairement, excepté à Saint-Cloud où la reine se baignait dans une pièce au-dessous de son appartement, on roulait un sabot dans sa chambre. Il y avait également un sabot chez Mlle de Lespinasse. C'était un meuble d'usage au dix-huitième siècle. {Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde de France, par le comte de Reiset, p. 143.)

eîdgeait que Ton tîat devant elle un drap destiné à la cacher à ses femmes.

Une pudeur aussi alarmée était pour l'époque une anomalie. Les grandes dames, au siècle galant, ne craignaient pas de se montrer dans Tétat de nature devant leurs gens et nul ne songeait à s'en étonner.

On sait ce qui arriva au valet de chambre de Mme du Ghâtelet, le lendemain du jour où il était entré au service de la « divine Emilie ».

Comme il attendait dans l'antichambre le moment du réveil de sa maîtresse;, il entend retentir la sonnette d'appel. La marquise lui ordonne de tirer les rideaux et, sans plus s'inquiéter de sa présence, se lève. Elle laissa tomber sa chemise, conte le témoin de cette scène imprévue, et « resta nue comme une statue de marbre »,

A la cour de* Bruxelles, Longchamp (le valet en question) avait été plus d'une fois dans le cas de voir des femmes changer de chemise^ mais à la vérité, dit-il, pas tout à fait de cette façon.

Quelques jours après, Mme du Ghâtelet prenait un bain ; la femme de chambre étant absente^ elle sonne Longchamp et lui dit d'ajouter de l'eau chaude dans la baignoire.

Le valet, très ému de ce qu'il voit, ne sait plus en vérité où porter les yeux et obéit assez maladroitement, a Mais, prenez donc garde, vous me

MOEUf{S INTIMES DU PASSE

brûlez^ lui crie la marquise indignée; regardez ce que vous faites ! (1) »

Hetourdu Bain

Tout le dix-huilièine siècle revit- dans ce joli croquis d'intérieur.

(1) Mémoires sur Voltaire, par Longchamp eL Wagnière, t. IL et la Cour de Lunéville, par Gaston Maugras.

La grand'mère d'un écrivain de la Restauration, qui avait vécu sa jeunesse sous le règne de Louis XV et les premières années du règne de Louis XVI, avouait que, jusqu'à cinquante ans, elle n'avait pas pris de bains, considérant que c'était péché mortel de plonger son corps nu dans l'eau (1).

Au temps dont nous venons de parler, la salle de bains est, on peut le dire, un véritable sanctuaire. Il n'est grands seigneurs, nobles dames ou belles impures, qui n'aient, dans leurs résidences, une place d'honneur réservée à cet usage.

La salle de bains du château de Vaux-le- Vicomte, celle de Thôtel Conti, àjd Thôtel de Lyonne, étaient citées parmi les curiosités de la capitale. On se rendait en foule à l'hôtel Lambert, pour visiter l'appartement de bains décoré par le peintre Lesueur. Beaucoup de ces pièces, luxueusement ornées, n'étaient

(1) Bon nombre de personnages de l'ancien régime ne se targuaient pas de plus de propreté que la grande dame dont il est question. « Notre ami le comte Elzéar de Sabran, rapporte le comte de Reiset iop. cit., t.I, 53), sous le rapport de la propreté s'ingéniait à suivre les usages du Roi (Louis XIV, qui ne se lavait jamais et se contentait de se décrasser le visage à l'aide de coton imprégné d'esprit-de-vin.) Un jour, il disait, avec une innocence et une persuasion parfaites : « C'est très drôle qu'on se lave si souvent les mains, tandis qu'on ne se lave jamais les pieds ! »

que pour l'apparat; mais il y en avait cependant où étaient disposées des baignoires, qui devaient bien servir quelquefois à leurs propriétaires.

La baignoire en cuivre étamé n'a remplacé la cuve en bois doublée de plomb que dans la seconde moitié du dix-huitième siècle (1).

La forme et la construction de ces baignoires variaient à l'infini; elles ressemblaient tantôt à un sopha, tantôt à un canapé ou à une chaise-longue (fig. liS).

Un chaudronnier du nom de Level eut le premier l'idée de construire une baignoire où « la personne qui prend le bain est assise et contenue de toutes parts, comme dans un fauteuil ». Mais les baignoires de Level avaient le grave inconvénient de se chauffer à l'aide d'un réchaud à esprit de vin et leur fabricant ne put réellement les faire adopter, que lorsqu'il substitua à ce mode de chauffage celui, plufe économique, obtenu avec de la braise.

Les bourgeois et les personnes peu aisées pouvaient ou acquérir des baignoires en tôle vernie — la tôle émaillée et le zinc ne devaient apparaître que de nos jours — ou louer des baignoires en cuivre ou en bois.

Les personnes qui n'avaient pas de baignoires chez

(1) Exceptionnellement, on trouve une baignoire en métal mentionnée dans l'inventaire de Henri de Béthune, archevêque de Bordeaux en 1680. (Havard, t. I, p. 224).

elles en pouvaient louer chez les chaudronniers, moyennant 20 sols par jour. Les baignoires de bois se louaient chez les tonneliers, à raison de 9 ou 10 sols par jour (1).

FIG. 48.— LE DEMI-BAIN (bAIONOIRE EN FORME UE CIIAISE-LONGUK).

(D'après une estampe de Freudberg).

On portait celles-ci à domicile, quand le client était malade ou, que pour une raison quelconque, il n& se souciait pas de se rendre à l'établissement public/

(1) HuRTAULT et Maony, Diciionnaire historique de Paris, t. I, p. 51B.

Marat, atteint d'une affection à la peau, qui l'obligeait à des immersions prolongées, prenait un bain chez lui, dans un saboi, quand Charlotte Corday lui porta le coup mortel : ce sabot est devenu la propriété du Musée Grévin qui l'a, paraît-il, acquis d'un curé de Sarzeau, dans le Morbihan.

Parfois on se baignait en compagnie, comme au château de Genlis, où existait une cuve assez vaste pour recevoir quatre personnes.

Mme de Genlis était de celles qui s'accommodaient mal de la solitude.. Elle rapporte, sans fausse honte, dans ses Af^mo/res , qu'étant à Rome , où elle se baignait beaucoup et toujours le soir, elle faisait prévenir, aussitôt qu'elle était dans l'eau, le cardinal de Bernis qui venait, accompagné de son neveu, causer près d'une heure avec elle. Le cardinal avait soixante-six ans, mais son neveu, beaucoup plus jeune, s'enhardissait, de temps à autre, à risquer un oeil.

Mme de Genlis eut des imitateurs : pour n'en citer qu'un, le précepteur de Marie- Antoinette, le rigide abbé de Vermond, ne craignait pas de donner audience aux ministres et aux évêques, étant dans le bain (1).

Le plus souvent, on avait soin de blanchir* le bain,

(1) Mémoires de Mme Campan.

avec une essence ou avec du lait, afin de dérober aux regards les contours d'un corps plus ou moins harmonieux (1).

Il y a, du reste, beau temps que les coquettes se

FIG. 49. — LA BAIONOIHK, EN FORME DE SABOT, DANS LAQUELLE MARAT FUT ASSASSINÉ,

sont aviséesde prendre desbainsde lait, pourrestituer à leur teint la fraîcheur et la jeunesse en voie de dispa-

(1) « Non seulement, écrit le comte de Reiset (I, 250), les

raître, puisque ce serait à Poppée, que nous devrions rinvention des bains de lait iTépouse de Néron prenait, dit-on, tous les jours, un bain fourni par cinquante anesses, qui avaient mis bas depuis peu, et qu'on renouvelait sans cesse, pour avoir un lait toujours frais. Gabrielle d'Estrées, Diane de Poitiers (1), Mme de Genlis, déjà nommée, et d'autres moins notoires s'offrirent ce luxe d'impératrice.

Le docteur Luc a conté — sans nous dire où il a puisé son information, — que le marquis de Ro-. chechouart, gouverneur d'Avignon, prit un bain de lait de femme, à la suite d'une attaque qui mit ses

grandes dames du dix-hnitième siècle recevaient leurs visiteurs, femmes ou hommes, lorsqu'elles étaient au lit ou à leur toilette en déshabillé, mais aussi pendant le bain. Dans cette occasion, par convenance, on blanchissait Feau avec de l'essence : c'était ce qu'on appelait le bain au lait. » Le comte de Reiset ajoute qu'il possède, dans sa collection, une baignoire Louis XVI, « en cuivre, entourée d'une jolie boiserie ornée de colonncttes, et sur la baignoire se trouve un couvercle canné, qui empêchait de voir la personne dans son bain, tout en permettant à la chaleur de s'évaporer ».

(1) « Diane de Poitiers, dont on peut admirer à Fontainebleau l'impeccable beauté dans les fresques du Primatice et qui, jusqu'à près de soixante ans, charmait un roi de vingt ans plus jeune, faisait déjà de l'hydrothérapie. Chaque matin, on apportait dans ses appartements le goupillon d'un puits, et c'est avec ce nœud de la corde destinée à remonter les seaux constamment plongés dans l'eau glacée, que la belle Diane faisait sur son corps de déesse des ablutions suivies de massages savants. En outre, elle se nourrissait exclusivement de viandes froides en petite quantité. C'est à ce régime sévèrement observé, paraît-il, que Ton attribuait la conservation extraordinaire de sa beauté. » Baronne Staffe.

FIG, 50. — OAnniKM.E l/KSTItKES Al' BAIN.

;(D'après «ne peinture du Musée Condé, de Chantilly.)

jours ea danger. « Le bruit s'étant répandu dans la ville que les médecins avaient décidé qu'il n'y avait qu'un bain de lait qui put le soulager, les femmes accoururent en foule au palais; et sacrifiant en quelque sorte la vie de leurs nourrissons, elles offrirent le lait de leur sein. » L'histoire ajoute que tout autre lait manquait.

Sur les bains de lait de vache du maréchal de Richelieu, Félix, comte d'Hézecques, dans ses Souvenirs d'un page de la Cour de Louis XV, a donné les plus minutieux détails.

« On se rappelle, dit-il, les fameux bains de lait que le maréchal prit à Bordeaux, quand il était gouverneur de province, et qui, pendant un certain temps dégoûtèrent la ville d'en faire usage, à cause du bruit qu'on répandit que ses valets de chambre le revendaient ensuite. »

Le général Thiébault, dans ses Mémoires, assure que son père avait été témoin du fait à Bordeaux. C'est le môme maréchal qui, à son entrée à Bordeaux, avait imaginé de faire ferrer ses chevaux avec des fers d'argent, attachés simplement avec des clous ; défense était faite aux valets de ramasser ceux qui se détacheraient.

Pour ce qui est des bains de lait, le fastueux maréchal n'avait pas eu le mérite de l'innovation ; sa coûteuse fantaisie était renouvelée des âges féodaux : n'était-ce pas, en effet, une demoiselle de Rohan,

abbesse de Marqueste, qui avait fait faire de la soupe avec le lait dans lequel elle s'était baignée ?

On connaît assez, pour que nous nous dispensions de la conter au long (1),. l'aventure de ce préfet du premier Empire, qui reçut un jour Tordre de la sœur de l'Empereur, la belle Pauline, de lui faire préparer un bain de lait, qu'elle se proposait de prendre, suivi d'une douche du même liquide, en guise d'apéritif ! Ce fut tout un émoi dans la calme préfecture; le bain, passe encore : en pressant le pis de toutes les vaches des alentours, on put réussir à se le procurer; quant à la douche... il n'y avait pas d'appareil !

Qu'imagine la capricieuse enfant ? « Faites percer, dit-elle, le plafond juste au-dessus de la baignoire, et de l'étage au-dessus on me lancera le lait sur le corps. » Ainsi fut fait et le préfet s'applaudit de l'ingéniosité de la princesse, dont il était u heureux et fier )) de se montrer l'humble vassal .

Les bains de lait se prenaient généralement dans une baignoire peu profonde, dite à la Dauphine, en forme de conque ou de chaise longue, permettant de prendre le demi-bain et facilitant l'emploi du bain composé de lait ou de tout autre ingrédient.

Dans certaines localités de Suisse, à Linderbach^ par exemple, on fait encore usage des bains de lait

(1) J. TuRQUAN, dans son ouvrage sur les Sœurs de Napoléon, a narré le fait avec beaucoup d'hurùour.

de vache, comme agent thérapeutique. Dans son Voyage en Suisse, Alexandre Dumas raconte qu'arrivé je ne sais plus où et désirant prendre un bain, on ne put lui trouver d'eau en quantité suffisante; on lui offrit un bain de lait, qu'il accepta et trouva délicieux.

Pour remplacer les bains de lait, qui seraient aujourd'hui d'un prix trop élevé, on a imaginé une sorte de bain laiteux, appelé bain de modestie], parce ^qu'en troublant l'eau il voile la nudité.

En voici la composition, d'après un recueil de recettes cosmétiques :

Prenez quatre onces d'amandes douces mondées, une livre de pignons doux, une livre de racine d'aunée, dix poignées de graine de lin, une poignée de racine de guimauve et quelques oignons de lys; broyez ces substances et faites-en une pâte, que vous enfermez dans des sachets. Quand l'eau est dans la baignoire, on y jette ces sachets et on fait sortir la substance en les exprimant dans l'eau.

Outre le bain de lait, l'on employait, naguère encore, le bain de pâtes d'amandes, « l'eau de chair. Peau de mouron, les fleurs de la vigne. Peau distillée du miel, de la rose, du suc de melon, le jus laiteux de l'orge encore verte, l'eau de lin, à laquelle on ajoutait par pinte dix gouttes de Baume de la }/f.ecque, etc. »

Sous le Directoire, Mme Tallien eut le caprice

320 MŒURS INTIMES t)U t^ASSE

d'un bain de framboises et de fraises écrasées ; mais il ne semble-pas que son exemple ait été suivi.

Et cependant, de quels raffinements l'imagination en travail de nos élégantes et de nos blasés séniles ne s'est-elle pas, de tous temps ingéniée : depuis les femmes deCorinthe, qui se plongeaient deux heures chaque jour dans Thuile d'olive parfumée, jusqu'aux demi-mondaines et aux riches voluptueux, qui remplaçaient l'eau de la baignoire par du Champagne ou tout autre vin de marque (1), qu'ils offraient ensuite à un petit nombre de privilégiés (2); en passant par

(1) D'après une feuille volante, publiée à Francfort en 1656, le brasseur du Soleil, un certain Jean Keltereh, fut condamné au bûcher pour le fait suivant : il prenait des bains de vin du Rhin parfumé d'épices et, pour se rembourser de ce qu'ils lui coûtaient, il reversait le liquide du bain dans des barriques, qu'il mettait ensuite en vente. On s'arrachait l'aromatique breuvage et les meilleures familles de Strasbourg en arrosaient leurs repas de noces et de baptêmes. Le roi Jérôme de Westphalie renouvela, dit-on, la même fantaisie, pour rendre à son corps la vigueur perdue. (Cf. Seyboth, Strasbourg historique et pittoresque, 1891 ; la Justice criminelle et la Police des mœurs à Strasbourg, par R. Reuss.) Jérôme avait eu un précurseur dans l'empereur d'Allemagne Charles VI, qui semble avoir, lui aussi, reconnu l'utilité des bains de vin (Cf. la Curiosité universelle, 2 oct. 1893.)

(2) Lorsque Maria de Padilla, favorite du roi de Caslille, Pierre le Cruel, prenait des bains en présence du roi et des courtisans, par galanterie suprême, les assistants buvaient de l'eau du bain. Une toile du Musée de Toulouse représente la scène. Les seigneurs de la cour de Henri VIII se moi;itraient aussi galants, quand ils buvaient à pleines tasses le bain dans lequel s'était plongée Anne de Boleyn ; l'un d'eux, narre Wit- KovvsKi, refusa un jour d'imiter les autres, et comme on lui

LA ViE ALX i>AlNS H^ I

les bains, plus ou moins médicamenteux de marc de raisins, de tripes, de sang, voire — horresco referens — de fumier !..

Moins de vingt ans avant la Révolution, en 1773, pour plus de précision, Paris ne possédait que neuf établissements de bains.

Ces baigneurs de profession tenaient chez eux « des appartements disposés de manière à pouvoir y prendre, en tout temps et à toute heure, des bains aromatiques de santé ou de propreté, à différents prix ».

Les prix variaient de Zi à 12 livres et même davantage, selon la nature des soins réclamés par le client.

Ces bains étaient dépourvus de tout confortable et, sous le rapport de la propreté, laissaient fortement à désirer^ si nous en croyons un médecin du temps ;

« Six cuves étroites ressemblant à une bière de plomb avaient été déposées en terre, dans une rue obscure et écartée (il s'agit de la rue Pierre-Sarrazin); un chaudron ignoble chauffait Teau impure qu'y versaient des porteurs dégoûtants. Le malade — car, en santé, on se gardait bien de subir cette

en demoiidait la raison : « Je me réserve pour le toast (la rôlicy '», répondil-il, faisant allusion à l'usage anglais de mettre dans le verre de vin sucré <iui circule à la ronde, i)our porter les santés, une tranche de pain i(Mi, que mange celui à qui revient la coupe vide.

épreuve par l'eau, — descendait, en s'armant de courage, dans sa baignoire, comme dans sa dernière demeure. La vapeur obscurcissait encore ce sinistre séjour et ruisselait le long de ces murs enfumés. Le patient y passait, immobile, une heure d'ennui, en sortait plus fatigué qu'en y entrant, grâce à la contrainte de la posture qu'exigeait son court et lugubre étui ; et, pendant un mois, la bonne compagnie du quartier répétait, en s'extasiant, que monsieur un tel avait pris un bain et tirait de ce grand événement des inductions à perte de vue, concernant sa santé, très compromise par cet acte de vigueur (1). »

L'usage des bains étant, encore à cette époque, plutôt regardé comme un moyen de guérison dans certaines maladies que comme un moyen de propreté, il ne faut pas s'étonner que, dans la capitale et dans les grandes villes de province, ces établissements ne fussent qu'en petit nombre (2).

« Un usage aussi ancien, aussi utile, aussi général, écrivait un médecin de Troyes en 1766, s'est perdu au point qu'il n'en reste d'autres traces en cette ville que le nom de rue des Bains que porte la rue où l'on croit qu'ils étaient situés (3). »

(1) LAmi des Femmes ou lettres d'un médecin, par P.-J. Marie DE Saint-Ursin, 2« édition, p. 132-133.

(2) Vie publique et privée des Français à la ville, à la cour et dans les provinces, par une Société de gens de lettres ; Paris, 1826, t. II, p. 205.

(3) Précis sur les bains de santé du sieur Rousselet, p. 12.

La gale, qui est une des conséquences de la malpropreté, sévissait encore, sous Louis XV, en Auvergne, même dans la bonne bourgeoisie. « Dans les collèges de Saint-Flour, de Mauriac et d'Aurillac, il fallait autrefois un banc dans chaque classe pour les galeux. On ne connaît presque plus la gale dans ces collèges, depuis que le luxe a amené la propreté (1). »

Il n'y avait pas longtemps de cela, car, moins de trente ans auparavant, la femme du receveur des tailles de Brioude, parlant du mariage de son fils avec la fille ainée d'un avocat de Saint-Flour, qui était en même temps nièce d'une marquise, s'exprimait en ces termes : « Je vous disais plus haut que votre belle-sœur n'avait rien eu en mariage; je me trompais : elle a apporté la gale à son mary ; c'est l'ordinaire des gens de Saint-Flour; ils la gardent presque toute leur vie sans s'en apercevoir. Ils sont allés s'en faire guérir à la campagne. Je suis toujours sur mes gardes et crains de Tattraper (2). »

Un peu plus tard se manifeste une réaction en faveur des bains, et les échevinages y concourent en

(Cité par Albert Badeau, lu Ville sous r ancien régime, t. II, p. 13y).

(1) Brieude, Topographie médicale de la Haute- Auvergne, 178G, p. 53. (Cité par Badeau, les Bourgeois d'autrefois, p. 177-178.)

(2) Lettre du 23 août 1753, communiquée par M. Paul Le Blanc à M.Albert Babeau, qui l'a reproduite dans son ouvrage, les bourgeois d'autrefois.

accordant^ sur la recommandation des intendants, des gratifications aux entrepreneurs.

Ces nouveaux baias' étaient d'ordinaire établis dans un faubourg ou à l'extrémité de la ville, au milieu de jardins, comme à Troyes, où ils furent inaugurés, en 1767, avec un certain éclat, et à Dijon, où ils furent ouverts en 1779.

A Troyes, comme à Angers, où ils seront autorisés en 1780, les propriétaires d'établissements possédaient un privilège exclusif. A Dijon^ ce privilège réservait les droits antérieurs des chirurgiens et des perruquiers. A Gaen, des bains publics furent également reconstruits vers la même époque, mais ils furent détruits par une inondation, en 178/i (1).

Les bains qu'on prenait à Paris chez les baigneurs n'étaient pas accessibles à toutes les bourses : aussi n'étaient-ils fréquentés que par une clientèle très restreinte. On ne s'en étonne plus quand on lit la description des bains et étuves « à la manière des Romains ))^ qu'avait fait construire à Paris le chirurgien ordinaire de la Reine, le célèbre Dionis (2).

(1) Lu Ville sous Vuncien régime, t. II, loc. cil.

(2) La famille des Dionis ou Dyonis, à laquelle on doit plusieurs savants célèbres du dix-huitième siècle, était ancienne à Paris. Plusieurs figurent, de 1472 à 1527, dans l'Epitaphier des Saints-Innocents. (Lebeuf, Hisloire du Diocèse de Paris, édit. Cocheris, t. I,.p. 198.)

. Dionis avait moditié le plan des anciens thermes, en l'adaptant au climat de notre capitale, « moins chaud que celui d'Italie ». Le Mercure galant (1 ) vantait, en termes dithyrambiques, la disposition riante du lieu où avait été édifié l'établissement, et où tout se trouvait réuni pour réjouir la vue : vases, bustes, porcelaines, peintures, etc.

« L'Italie, proclamait avec emphase le rédacteur^ nous avait déjà fourni plusieurs choses que nous avions trouvées fort agréables : les opéra (s/c), les eaux glacées et mille sortes de fleurs et de fruits, les marbres et même plusieurs manières de bâtir ; mais M. Dionis nous a fait voir que nous n'avions pas encore épuisé toutes ses raretez... » On s'entendait déjà fort bien à emboucher la trompette de la réclame. ^ .

La pièce de Voltaire, le Mondain (2)^ datée de 1736^ atteste que le bain pris chez les étuvistes était con-

(1) Décembre lfi78, p. 276-279.

2) Mais du logis j'entends sortir le mnîlro ;

Un char commode, avec grâces orné, Par deux chevaux rapidement traîné, Paraît aux yeux une maison roulante, Moitié dorée, et moitié transparente ; Xonchalamment je l'y vois promené ; De deux ressorts la liante souplesse, Sur le pavé le porte avec molesse {aie). Il court ati bain ; les parfums les plus doux Rendent sa peau plus fraîche et plus jolie.

{Œuvres de Voltaire, éd. de Kiel, t. XIV, p. 11,S.)

sidéré comme un luxe réservé seulement aux ^ns fortunés.

Pour le mettre à la portée du plus grand nombre^ on avait créé des bains sur la rivière (1), qui coûtaient bien moins cher (2), environ de 24 sols à 3 livres 12 sols (3).

Chacun des établissements où les baigneurs se réunissaient consistait en un de ces grands bateaux appelés loues ^ auquel une grande toile à voile servait de toiture. Cette toile s'étendait au dehors du bateau et le long de ses bords, jusqu'à des pieux enfoncés dans la rivière, auxquels'elle venait s'attacher. Elle formait ainsi une espèce d'appentis ou de galerie extérieure, sous laquelle le fond de la Seine était sablé et dressé de telle sorte que l'on pouvait s'y baigner sans danger [ïx).

(1) On avait pris de tout temps des baignades en Seine, mais le premier contrat administratif réglementant les bains en rivière date seulement de 1688. Le 26 janvier, les époux Villain obtenaient, moyennant 30 livres par an, le droit exclusif d'établir des bains depuis le Cours-la-Reine jusqu'au Pont-Marie.

(2) En 1779, les bains sur la rivière coûtent 3 livres, vis-à-vis le palais Bourbon." On y est servi très commodément et avec la plus grande propreté. » HuRTAULxet Magny, Dictionnaire historique de Paris, t. I, p. 513.

(3) DuLAURE, ISouvelle description des Curiosités de Paris, 1785, p. 48-49.

(4) Dictionnaire raisonné universel des arts et métiers, nouvelle édition revue et mise en ordre par l'abbé Joubert, de l'Académie royale des sciences de Bordeaux, au mot baigneur. Paris, Didot jeune, 1773.

C'était dans Tintérieur même du bateau que les baigneurs déposaient leurs vêtements et les confiaient aux soins du gardien.

La faible rétribution à laquelle était fixé le prix de ces bains les mettait à la portée d'un trop grand nombre de personnes pour y attirer la classe moyenne qui, tout en ne voulant pas trop dépenser^ tenait cependant à une certaine décence. Or^ les amateurs de bains froids ne prenaient guère souci de cette dernière, et riverains et passants jouirent parfois d'un spectacle dont pouvait s'offenser la pudeur la moins prompte à s'alarmer (1).

Une anecdote^, rapportée par l'auteur des Essais sur Paris, va nous donner une idée de ce qu'étaient alors les bains de rivière.

« Sur la fin du siècle dernier, dit Saint-Foix, la mode étoit d'aller se baigner à la Porte Saint-Bernard. Un jour, les deux sœurs Loison, fameuses courtisanes, s'y baignoient et avoient autour de leur tente M. le Duc (de Bourbon-Gondé) et beaucoup de seigneurs de la cour. La femme d'un conseiller, qui se baignoit auprès d'elles, dit à une de ses amies :

(1) A la suite de plaintes multipliées, le prévôt des rtiarchands ordonna aux officiers de garde sur les ports de « courir sus » à ceux qui seraient surpris se baignant nus : en punition de leur désobéissance aux règlements, ils étaient promenés en chemise par les rues, en attendant qu'ils fussent fouettés de verges, à l'endroit môme où ils s'étaient montrés sans voile aux yeux des passants : c'était ajouter un scandale à un autre.

« Voilà les Loison ! » Elles Tentendirent ; la cadette répondit : « Voilà qui est bien robin et bien bourgeois. )) — « Il est vrai, répliqua la conseillère, qu'on pourroit vous donner d'autres noms et que ceux d'abandonnées et de malheureuses vous iroient à merveille. » Les Loison, furieuses, se mettent à crier : « A nous, monsieur le Duc ! voyez comme on nous insulte ! » Le prince leur répondit d'un très grand sang-froid : « Mesdames, je veux bien partager vos plaisirs, mais non vos querelles. »

Les propos libres, les cris et les rires indécents des femmes galantes qui allaient à la rivière pour se baigner ne tardèrent pas à mettre en fuite les femmes honnêtes, qui ne pouvaient lutter d'audace et d'effronterie avec ces mal embouchées, toujours prêtes à les insulter. Les bains de la Porte Saint-Bernard furent abandonnés par la belle société, et l'on n'y rencontra plus que des prostituées et des libertins.

La Bruyère, qui a censuré avec une si rude âpreté les mœurs de son temps, n'a pas manqué de nous instruire de ce qu'il lui avait été donné d'observer c/e visu,

« Tout le monde, écrit-il, connaît cette longue levée qui borde et qui resserre le lit de la Seine du côté où elle entre à Paris avec la Marne qu'elle vient de recevoir : les hommes s'y baignent au pied pendant les chaleurs de la canicule ; on les voit de fort près se jeter dans l'eau, on les voit sortir; c'est un amusement. Quand cette saison n'est pas venue, les

femmes de la ville ne s'y promènent pas encore; et quand elle est passée, elles ne s'y promènent plus (1). »

Cette promenade à la mode fut le sujet de pièces de théâtre : au théâtre Molière, en 1696, on représenta les Bains de la Porte Saint-Bernard {^) ; tandis qu'en chaire Bourdaloue fulminait ses anathèmes contre les belles dames qui fréquentaient « ces promenades changées en comédies publiques, où chacun, acteur et spectateur tout à la fois, vient jouer son rôle et faire son personnage » ; où un hasard « bien ménagé et bien prémédité » amenait de « prétendues rencontres et de vrais rendez-vous » (3).

En 172/i, la situation n'avait pas sensiblement changé; une note, retrouvée dans les papiers du procureur général Joly de Fleury (/i), en fait foi : « C'est un horrible scandale, écrit ce grave magistrat, que celui d'un grand nombre de libertins qui se baignent nus dans Paris à la vue de tant de personnes, principalement de l'autre sexe. Ils vont même effrontément, en cet état, autour des bateaux où les femmes lavent le linge, et où il se dit de part et d'autre

(1) La Bruyère, les Caractères, rh. de la Ville, 1690.

(2) Dans les poésies de Lainez (publiées par d'Aquin de Château-Lyon, en 1753), se trouve une pièce consacrée aux Bains de la Porte Saint-Bernard.

(H) Sermon sur les Divertissements du monde (Cf. Bourdaloue, sa prédication et son temps, par Anatole Feuoère, Paris, 1889.)

4) Bibliothèque nationale, collection Joly de Fleury, vol. 1414, p. 77.

toutes sortes d'infamies. Ils commettent aussi des abominations avec ceux de leur sexe. Il serait à souhaiter qu'il fût absolument défendu de se baigner dans la rivière, depuis un bout de Paris jusqu'à l'autre. Feu M. d'Argenson avait fait cette défense et il tenait la main à l'exécution.

(( A l'égard des bains couverts, on ne devrait pas non plus les permettre dans Paris, mais seulement dehors et de telle manière que les bains des hommes fussent très éloignés de ceux des femmes. On a vu souvent des hommes nus aller du bain des hommes à celui des femmes et même des hommes aller nus dans de petits bateaux presque d'un pont jusqu'à l'autre, à la vue de tout le monde, qui était sur les quais et aux fenêtres; cela arriva Tannée dernière (1723).

« M. le Prévôt des marchands prétend que cette défense le regarde et qu'il a toute l'autorité sur la rivière, mais il faudrait l'autorité du Roi ou du Parlement et que des exempts fussent chargés de veiller à Texécution (1). »

Toujours Téternel conflit entre la Ville et l'Etat !

Grâce à cette séparation des pouvoirs, les abus se perpétuèrent et toutes les ordonnances de police ne suffirent pas à les enrayer (2). Celle du prévôt des

(1) Archives historiques^ artistiques et littéraires (1889-1890), 1. 1, p. 403-404.

(2) Les contraventions ne furent pas nombreuses; sans doute

marchands, du 12 juin 17/i2, qui prescrivait que les bains pour les femmes fussent séparés de ceux des

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