FIG. 59. — PEIGNOIRS DE BAINS
(D'après une estampe en couleurs).
[Collection G. llarlmann].
âèé MOÈLhS ÎNTIMËS DU PASSE
Au sortir de Feau, le baigneur, revêtu seulement d'un léger peignoir, passe dans la salle dite des cosmétiques et des macérations^ où des garçons, munis d'épongcs fines et de tampons en coton, ainsi que de morceaux de flanelle, le tatouent d'essences, d'huiles aphrodisiaques, d'esprit de musc, de suc de roses, le lotionneht d'eau de Cologne mélangée avec du baume du Pérou, de l'extrait de girofles, de vanille, de cannelle, d'ambre et de cantharides pilées. Après quoi, l'ardent champion est prêt à entrer en lice pour le tournoi d'amour.
A Tivoli, les entr'actes du bain sont occupés par des jeux variés : le jeu de bagues, le tir, la balançoire, le volant, le billard, etc. (^est, selon l'heureuse expression d'un peintre de mœurs faciles, un « lazaret de bonne compagnie », qui tient, à la fois, de l'établissement d'hydrothérapie et de la maison de santé.
Des veuves y viennent chercher leur consolateur ; des jeunes femmes séduites, un abri tutélaire pendant les neuf mois nécessaires pour dissimuler les résultats de leur imprudence.
L'une vient y soigner ses vapeurs et ses mélancolies, l'autre y nouer quelque intrigue. L'Esculape qui dirige tout ce monde de névrosés est, vous le pensez bien, un Esculape du meilleur ton : sa manière de tâter le pouls est charmante ; il baise la main à chaque dame, avec la distinction et les manières de l'ancienne cour.
D'autres bains que ceux de Tivoli jouissent d'une réputation presque égale : ce sont les bains de la rue Taranne; les Bains chinois du boulevard des Italiens, où Ton peut se procurer tous les cosmétiques importés d'Asie pour conserver la beauté. Un chirurgien-pédicure est attaché à l'établissement et veille à la graduation de la température des bains, qui demandent une précision exacte (1).
Aux Bains turcs de la rue du Temple, « les moindres ustensiles ont la forme et le genre antique ».
Les Bains Montesquieu^ près le Palais-Royal, sont réputés pour leur correction parfaite.
Il y a encore les Bains de la rue des Colonnes, près du théâtre Feydeau ; les Bains du Mail, où l'on peut prendre un bain nuptial, comme à Tivoli, et aussi des bains de lie de vin, des bains de bouillon de tripes, etc.
A cette époque, une femme va au bain « par ton, par propreté, par oisiveté, par désœuvrement, par volupté et surtout par amour ». Qui ne se souvient des couplets de Désaugiers ?
Le malade sonne Afin qu'on lui donne La drogue qu'ordonne Son vieux médecin ; Tandis que sa belle, Que l'amour appelle,
(1] L'Ami des Femmes, p. 157-159.
MOEIRS INTIMEP DU PASSE
Au plaisir fidrle, Feint d'aller au bain.
Telle grande dame a sa baignoire louée à l'année, comme sa loge à TOpéra.
Du côté de File Saint-Louis, dans le faubourg Saint-Antoine, dans le Marais et vingt autres (juartiers, on a construit des établissements de bains : car depuis plusieurs années, dit un auteur de la Restauration, « les bains se multiplient à Tirifini ».
Il y a encore les écoles de natation, les bains de quatre sous, où on montre la nature (( toute nue et sans fard ». Ce sont là les vrais bains publics.