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CONCLUSIONS

Arrivé au terme de cette étude rétrospective, nous n'oserions affirmer que nous soyons, d'une façon générale, plus propres que nos pères. Nous avons essayé de nous procurer la statistique des bains délivrés tant à Paris qu'en province ; nous n'avons réussi qu'à obtenir des renseignements très sommaires, sur le nombre des établissements de bains à la date de 1903.

A Paris, d'après un rédacteur à la Préfecture de police, de qui nous le tenons, il n'existerait que 500 établissements, dont 15 ont été ouverts en 1903; en outre, 15 établissements flottants, dont un ouvert aux femmes seulement*. Quelques-uns de ces établissements ont été signalés, par des concurrents jaloux, se faisant délateurs pour la circonstance, comme recevant des couples « en bordée amoureuse ».

Dans un opuscule écrit avec beaucoup d'humour par le regretté Napias, qui fut directeur de l'Assistance publique ces dernières années, les bains

n'étaient donnés, dans les établisse.ments hospitaliers qu'il avait été chargé officiellement de visiter, que sur l'ordonnance expresse du médecin, dans des cas pathologiques constatés, et le personnel hospitalisé ne réclamait pas, ayant une sainte horreur de l'eau.

Napias, dans son curieux opuscule (1), parle d'un chef-lieu de canton qui avait 2/i lits en tout et qui possédait une seule baignoire, « où le jardinier emmagasinait des graines potagères, des oignons à fleurs et quelques hardes de rechange qu'il avait et qu'il comptait ainsi préserver de l'humidité ! »

A la Société d'hygiène publique et de médecine professionnelle, parlant d'un orphelinat qu'il avait visité, Napias rapportait qu'il n'y existait pas même do lavabos. « Il n'y a, ajoutait-il, que deux baignoires^ pour tout l'établissement, qui compte cent lits. Les malades se baignent sur ordonnance du médecin ; les vieillards, jamais ; les orphelins, une fois Fan. « Comme moi, disait ingénument la directrice de cet orphelinat. »

Encore, dans cette maison, -les orphelines se baignaient-elles une fois l'an, tandis qu'au bon Bon-Pasteur, de Nancy, les pensionnaires ne prenaient jamais de bain.

Par raison d'économie, étaient écartés tous soins

(1) L'Assistance publique dans le département de Sambre-et- Marne.

de propreté. Les pensionnaires, qui ne prenaient jamais de bains, nous le répétons, n'avaient pas même de cuvettes pour se laver la figure et les mains ; elles devaient se servir du vase de nuit !

Des bains de pieds tous les trois mois en hiver, toutes les six semaines en été. Ni savon, ni linge de corps : on s'essuyait avec un torchon, « qui durait quelquefois trois semaines ». On conservait la même chemise dix à douze jours.

Ces faits, nous ne les inventons pas ; ils sont tout au long énumérés, et bien d'autres que nous ne rapportons pas, tellement ils sont répugnants, dans une brochure que nous avons sous les yeux (1), en écrivant ces lignes.

A sa décharge, l'établissement en question aurait pu invoquer les pratiques analogues, observées dans les établissements relevant de l'Assistance publique, dont vient de nous entretenir Napias. Nous pouvons ajouter, d'après le consciencieux et probe enquêteur, que dans certaines maternités, il y a quelques années à peine, et rien ne prouve que les traditions se soient modifiées sur ce point, dans certaines maternités, disons-nous, on ne baigne pas les enfants à la naissance : on se contente de les enduire de graisse et encore plus ou moins légèrement.

(1) Le Procès du Bon-Pasteur; Paris, Société nouvelle de librairie et d'édition, 17, rue Cujas (1903), p. 82 et suiv.

Et si nous explorions nos petites villes et nos villages !...

A vrai dire, il n'y a plus que Claudine, en province, qui ait « une grande cuvette banale, un fougueux coursier et pas de tub: non, à la place du tub qui gèle les pieds, ridicule avec ses bruits de tonnerre de théâtre, un baquet de bois, un cuveau, là ! un bon cuveau de Montigny en sapin cerclé », où selon son expression irrévérencieuse, elle s'accroupit en tailleur et qui lui râpe agréablement le derrière.

Que les prudes femmes se voilent la face, à l'évocation de l'héroïne révoltée de Willy, mais qu'elles lui empruntent son baquet : la propreté et, à sa suite, la santé y trouveront leur compte.

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