BAINS HINDOUS
S'il ne serait pas exact de dire que la religion est toujours à la base des prescriptions d'hygiène, il est juste de reconnaîlre qu'elle a servi souvent à les faire accepter sans trop de résistance. Des peuples naturellenaent propres, par tempérament, pour ainsi parler, comme les Japonais, n'ont nul besoin qu'on leur dore la pilule : chez les Nippons, le bain quotidien est plus qu'une habitude, c'est une nccessilé. Pour les Hindous, au contraire, c'est un dogme.
La « baignade sacrée > s'accomplit selon un rituel déterminé, auquel veille une caste privilégiée, la caste des brahmes. Comme chez les premiers chrétiens, le bain est considéré, par les habitants des bords du Gange, comme un purificateur des souillures de l'àme, plus encore que de celles du corps.
« Les br hmes ont, comme l'a bien dit Matignon (i), sinon le culte, au moins la superstition de la propreté. Le brahme , vit dans les transes perpétuelles d'être souillé par tout ce qui vit autour de lui, hommes, bètes et choses. Un orgueil insensé lui fait considérer quiconque n'est pas de sa caste, comme vil
{}) Souvenirs d'Exlrênie-Orient.
et souillé. Aussi, dans la rue, doit-il faire attention à ne pas frôler un soudra ou un paria ; il doit regarder où il pose les pieds, car si, par hasard, sa sandale heurtait un os, un tesson, une guenille, une feuille sur laquelle on aurait mangé, des cheveux, etc., il serait horriblement souillé. Bref, un brahme vraiment imbu des idées de sa caste n'a pas trop de sa journée pour se purifier le corps et l'esprit : un ou deux bains, plusieurs lavages de la figure et des mains, un certain nombre de rinçages de la bouche, la récitation de nombreuses prières, quelques profondes méditations sur les innombrables mutations de son dieu, selon qu'il est disciple de Vischnou ou de Si va, en voilà assez pour bien occuper notre homme. »
Les brahmes sont convaincus que « la purification doit agir, plutôt moralement que physiquement, par certaines eaux des fleuves ou des étangs, très réputées pour leurs vertus dans rinde entière ». Et la preuve que la propreté physique importe peu en la circonstance, c'est que la plupart de ces étangs sacrés ressemblent à des mares, où grouillent pêle-mêJe les fidèles^ et d'où ceux-ci sortent plus sales généralement qu'ils n'y sont entrés.
« La question des bains hindous, nous écrivait récemment M. Jules Bois (qui a publié de très curieuses Visions de V Inde, « après y être allé voir », contrairement à la plupart des au- • teurs de récits de voyages en chambre), la question des bains hindous n'a pas été examinée en détail, au point de vue sacré. Les ablutions ont cependant toute une ritualité. Non seulement elles sont accomplies chaque matin, mais encore après une faute, un contact avec quelque être impur, elles deviennent nécessaires pour purifier Vâme. »
Dans presque toutes les grandes villes de l'Inde ont été installés, sur le bord de l'eau, des sortes d'abris couverts, de « petites guérites de granit, semblables à des chapelles, où sont reproduits les différents dieux des temples, mais en réduction