I K DES HINDOUS
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et avec des formes très massives, pour résister à l'effort des eaux qui, chaque année, à la saison des pluies, les submergent longuement (1) ».
Ces guérites sont plantées sur des escaliers immenses, qui permettent de descendre en tout temps jusqu'aux eaux saintes. En toutes saisons, pendant la journée, mais principalement le matin, une foule pieuse les encombre. Des brahmanes, installés sous de vastes parasols, accueillent les pèlerins et les guident à travers tout le cérémonial de la grande purification.
Tout d'abord, hommes et femmes se dépouillent de leurs vêtements, celles-ci sans avoir le moindre geste de pudeur offensée. Chacun garde une légère écharpe ou pagne autour des reins, qui dissimule son sexe. La troupe plonge dans l'eau jusqu'à mi-corps. Tous prennent un peu d'eau et la versent sur leur tête ; puis, les mains jointes, ils ânonnent une prière, la face tournée au soleil. Un vieux brahmane accompagne, de ci delà, les pèlerins, qui clament en chœur: « Brahma ! que ta bonté seulement s'accomplisse ! » Puis, chaque baigneur se met à couper avec dévotion des mèches de cheveux, qu'il laisse tomber soigneusement dans l'onde sacrée, car chaque cheveu ainsi offert au fleuve donne droit à la rémission même d'un péché mortel. Cette première opération terminée, le brahmane qui dirige les dévotions se place devant les pèlerins et plonge, sort, replonge, lance de l'eau vers les quatre points cardinaux et est imité dans toutes ces opérations par les fidèles, avec une régularité qui donne à cette scène religieuse un caractère particulier (2).
Mais, à côté de la note grave, il y a la note comique.
Il en est qui ont amené avec eux l'animal de la maison, la vache ou le veau, lequel, lui aussi, doit profiter de la baignade.
(1) P. Loti, l'Inde sans les Anglais.
(2) RoussELET, rinde des Rajahs,
3% MOi:URS INTIMES DU PASSE
La bête rétive s'entête-t-elle à ne pas pénétrer dans l'eau, l'Hindou se gardera de Ty contraindre. Il s'ingéniera, au contraire, comme une mère entraînant le bébé qui lui résiste. 11 le pousse doucement par les cuisses, l'endoctrine, le caresse, finit par l'emporter dans ses bras (1).
Le Gange, c'est toute la vie de l'Inde, c'est l'aboutissant final de toutes les misères, de toutes les joies.
Ainsi que l'écrit Loti, dans ce style enchanteur qui marque toutes ses productions d'une empreinte si personnelle, du fond des palais ou des jungles, de partout on vient pour mourir sur ses bords sacrés; des vieillards, des malades s'y font apporter de loin, accompagnés de leur famille qui, après leur mort, ne s'en va plus.
Pour tous ceux qui sentent approcher leur fin, c'est là Tobjectif, le lieu ardemment rêvé. On retrouve au bord du fleuve des représentants de toutes les tribus brahmaniques de l'Inde, depuis le cap Comorin jusqu'au Cachemire. Ces braves gens voyagent en famille. Quelquefois, la moitié de la population d'un village, peut-être éloigné de cinq ou six cent lieues, se trouve réunie là.
En général, les pèlerins portent un costume uniforme, composé de toile grossière, teinte de couleur d'ocre rouge ou orange, Ce qui ne permet pas de distinguer les riches des pauvres ; mais ces derniers sont de beaucoup les plus nombreux ; car, à l'exemple des Musulmans qui vont à La Mecque par procuralion, les riches Hindous font faire, moyennant argent, le pèlerinage pour leur compte.
11 y a encore une autre classe de pèlerins qui viennent chercher de l'eau du Gange qu'ils colportent dans les villages. Cette eau, placée dans des petites fioles marquées du sceau des
(1) Jules Bois, Visions de i Inde.
brahmanes de Prayâz, sert aux lustrafcions recommandées à certaines époques par les Ecritures.
Ceux qui habitent trop loin du Gange et les femmes mariées de bonne caste auxquelles la religion défend de se faire voir, se baignent dans les petits étangs, si nombreux et si pittoresques, que les Indiens ont creusés partout. Rien qu'à Chandernagor, on en compte plus de 1 .500 et cependant ce territoire n'a que huit cents hectares ; mais^ tous les dix ans, les Indiens doivent se baigner au grand fleuve, un jour spécial, pour avoir la rémission de tous leurs péchés.
Ce jour de fête, les chemins de fer et les bateaux sont bondés de voyageurs. Sur toute la longueur du fleuve, se pressent des milliers d'êtres, vaste fourmilière avide d'aspirer l'eau. Tous se baignent, mangent, dorment et vivent là, sans souci de rien. On les voit prier ou causer, danser en jouant du tambourin, ou, assis à la file sur le rivage, par bandes de cinquante, manger le carri que sert l'un d'entre eux.
Les brahmes seuls mangent à part et sans leurs femmes ; et, pour que leur emplacement ne soit pas souillé, ils jettent de l'eau autour d'eux, en un vaste cercle de deux mètres de rayon. Si l'on touche du pied ce sol réservé, le repas est souillé et le brahme l'abandonne.
M. Lajard, d'Avignon, à qui nous devons ces curieux détails, ajoute qu'il vit un fidèle consulter deux brahmes, par le moyen d'une roupie. Les brahmes la tournèrent et retournèrent dans une assiette, l'arrosant d'eau sacrée, y mettant une fleur et récitant mille formules. Finalement, ils l'empochèrent et le dévot en fut si content qu'il en remit une seconde, à laquelle le même sort échut bientôt.