‹ Moeurs intimes du passé (volume 4)Chapitre 34 sur 48 · LE BAIN DE LA REINE, A MADAGASCAR · texte numérisé non relu

LE BAIN DE LA REINE, A MADAGASCAR

Ce caractère religieux se retrouve chez les Hovas, bien qu'à un moindre degré. Une des plus grandes fêtes oflicielles et nationales, à Madagascar, était, au moins il y a quelques années, avant la conquête, « la fête du bain de la Reine > ou Fandroana !

La Fandroana est le nouvel an malgache, et comme notre premier de l'an, on le célèbre par des réjouissances variées.

L'année malgache se compose de douze lunes, de sorte qu'elle est d'environ onze jours plus courte que la nôtre, et que le pretaier jour de l'année ne tombe pas à époque fixe. Depuis l'avènement de Ranavalo III, la Fandroana a été fixée au 22 novembre, qui est l'anniversaire de naissance de la reine ; mais, depuis que les Français sont maîtres de l'île, il est possible que tout cela soit changé. Quoi qu'il en soii, voici comment les choses se passaient jadis.

Deux ou trois jours avant la Fandroana, la reine adressait une proclamation à son peuple. Elle se rendait, à cet effet, sur la place d'Andohalo, sorte de Champ de Mars du peuple hova, portée dans un grand palanquin rouge, surmonté de la boule d'or, insigne du rang suprême. La proclamation lue, la reine rentrait au palais avec le même cérémonial.

Mais voici le grand jour arrivé, le « Jour de la Reine ». Dès le matin, le canon tonne, chacun a revêtu son plus beau « lamba ». On se fait des visites, où on se congratule mutuellement. En entrant dans chaque maison, le visiteur trempe ses doigts dans un vase plein d'eau placé à la porte, en disant : € Puissions-nous nous visiter pendant mille ans encore ! > C'est ce qu'on appelle les « prémices de l'eau ».

Le soir a lieu la cérémonie du bain.

C'est dans la salle des Ancêtres, contiguë à la salle du Trône, que se célèbre l'acte le plus important de la solennité . La reine est entourée de tous les dignitaires du royaume et des représentants des puissances étrangères. Après les discours d'usage, la souveraine descend de son trône et disparaît derrière une draperie rouge, qui dissimule une baignoire d'argent. Un long cortège a défilé au préalable, formé de gens portant les uns l'eau, les autres le bois destinés au bain royal.

Quand les préparatifs sont terminas, la reine, après s'être déshabillée, entre dans la baignoire, tandis que la musique joue, que le canon gronde, que les acclamations retentissent au loin. Au bout d'une demi-heure environ, le rideau cachant la baignoire s'écarte et la souveraine reparaît, vêtue d'un costume différent de celui qu'elle avait tout à l'heure. La reine porte, dans la main gauche, une corne de bœuf, cerclée d'argent, remplie d'eau prise dans son bain, qu'elle verse à mesure dans la paiime de sa main droite ; puis, précédée d'un de ses officiers et suivie de son premier ministre, elle en asperge l'assistance, en s'écriant par trois fois : Masina aho ! Je suis purifiée ! C'est, alors, à qui se précipitera pour recevoir quelques gouttes de pluie sacrée. Quand le vase est vide, la reine retourne à sa place et les palabres recommencent (1).

(1) Marius Cazeneuve, a la Cour de Madagascar; Paris, Delàgrave. — Annales de la Propagation de la Foi, t. XLl (1869), p. 61. — Mélusine, 5 octobre 1888.

Page 1