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LES BAINS MAURES

Chez les peuples orientaux, le bain perd cette apparence symbolique. C'est bien positivement une mesure de propreté, qu'on accepte d'autant mieux qu'elle s'accompagne de certaines pratiques qui ne sont pas dépourvues de quelque agrément.

Quand on lit la description des bains maures, on ne s'étonne plus de l'abus qu'en font les indigènes. Un de nos confrères (1) va nous initier à toutes les particularités de l'opération et à la description détaillée des lieux.

Le porte de l'établissement s'ouvre dans un vestibule couvert et largement aéré. Sur une estrade en bois, garnie de nattes, s'allongent, à côté les uns des autres, une vingtaine de matelas assez médiocrement garnis. Après avoir remis votre argent et votre montre au propriétaire, vous vous livrez au garçon de bain, jeune Mozabite à forte membrure, ayant, pour tout vêtement, un lambeau de toile bleue autour des reins, et pour chaussure, des patins de bois.

Il « accoutre » de la même manière le baigneur, puis il le

(1) Union médicale, nouvelle série, t. VII {Lettres africaines).

conduit par une galerie, dont la température est graduellement élevée, jusque dans une vaste salle à haute coupole, au milieu de laquelle se dresse une table en pierre.

Le long des murs, sont des niches qui alternent avec des petites fontaines d'eau chaude et d'eau froide ; aux angles, des réduits obscurs servent de cabinets particuliers.

Tout d'abord vous êtes libre de vous promener ou de vous asseoir, soit sur la table, soit dans les niches ; mais dès que le corps entre en transpiration, le jeune Arabe s'empare de votre personne et vous devenez dans ses mains une chose, une matière inerte.

Il vous étend par terre, le dos sur de grandes dalles constamment inondées d'eau chaude ; là, il procède à la distension graduée et méthodique de vos membres ; il appuie ses genoux sur votre poitrine, la secoue, lui imprime des mouvements saccadés. Puis il vous retourne sur le ventre, en continuant son petit manège sur les épaules et sur les hanches.

Après ce massage consciencieux, il se munit d'un gant de crin et vous brosse dans tous les sens, heureux de vous montrer, roulées en cordons simulant des macaroni, les squames, les matières étrangères et autres impuretés répandues sur la surface de votre corps.

Dans une gamelle en bois, qui contient un savon vert des plus actifs, il prend alors une poignée de fil de lin en forme de queue de cheval et vous bouchonne des pieds à la tète avec la mousse savonneuse.

A cette opération succède le lavage à grande eau : le garçon puise l'eau chaude dans la vasque de l'une des petites fontaines, et la jette avec force sur l'infortuné baigneur, qui voit avec plaisir arriver une série de serviettes en coton : on l'essuie avec soin, on lui enveloppe la tête, le cou, puis on le conduit sur le lit de repos.

Il est incontestable que l'on éprouve à ce moment une grande

sensation de bien-être. Dans cette position, il s'établit nécessairement une légère transpiration : assis sur vos jambes, après vous avoir offert la cigarette et le café, votre Mozabite procède, à travers les tissus qui vous enveloppent, à un massage modéré, qui indique la fin de la cérémonie.

Sa durée est, en moyenne, de une heure et demie; quelques indigènes séjournent au hammam une partie de la nuit, rétablissement leur étant ouvert jusqu'au matin. A partir de six heures, et pendant toute la journée, il est consacré aux femmes, qui en font un lieu de rendez-vous et de distraction.

Dans les bains maures, les femmes prennent les bains de six heures du matin à six heures du soir, et les hommes de six heures du soir à six heures du matin.

En Orient, dans les maisons particulières où il y a des bains, les hommes sont constamment éloignés au moment où les femmes y sont : la loi musulmane défend au mari d'entrer au bain avec une ou deux de ses femmes, car, dit-elle, ce ne peut être que dans un but de curiosité libertine. Mais ces asiles, devenus ainsi inviolables, sont très propres pour la galanterie, le service y étant fait par des femmes esclaves déguisées en filles.

Laugier de Tassy (1) cite plusieurs exemples scandaleux des scènes de débauche qui avaient lieu à Alger dans ces en droits privilégiés. En dépit des règlements de police, il est certain que quelquefois, au milieu de la nuit, les filles mauresques suivent aux bains leurs amants. Dans ce cas, le couple se retire dans un de ces cabinets sombres situés ordinairement aux quatre coins de la salle rectangulaire des bains ; le masseur est alors, naturellement, éliminé.

Dans tous les bains maures de Constantinople, de Smyrne, d'Alexandrie, etc., on attache à chaque établissement un jeune

(1) Histoire du royaume d'Alger, in-12 (1725), p. 80,

garçon de douze ans environ, d'agréable figure ; ce jeune garçon est vêtu avec plus de recherche que les autres baigneurs et coiflé d'un tarbouche^ espèce de fichu qui rappelle un peu la coiflure des femmes : c'est un schall roulé en turban, avec un gland en or garni de petites pièces de monnaie.

Lorsque Ton est presque déshabillé et enveloppé seulement de cette bande d'étoffe qui couvre les parties génitales, on passe avec ce jeune garçon dans une première pièce, où il commence un massage léger sur les cuisses, en vous faisant mille agaceries ; enfin il arrive à faire quelques attouchements indiscrets. Si vous ne répondez pas à ces provocations, il vous abandonne aux mains du masseur et vous prenez votre bain tranquillement ; mais pour peu que vous répondiez à ses attaques, il s'offre à satisfaire tous vos désirs (1). Le capitaine d'étatmajor Rozet affirme qu'en 1831, les garçons chargés de masser dans les bains d'étuves d'Alger ont offert leurs honteux services à plusieurs officiers français (2).

(1) DucHESNE, De la Proslltulion à Alger, i>. 147 et suiv.

(2) Rozet, Voyage dans la Régence d'Alger, t. II, p. 113.

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