LES BAINS TURCS
On sait que les Turcs usent fort des bains, tant pour se tenir le corps en état de propreté, que pour conserver et affermir la santé. 11 n'est si petit village qui n'ait au moins un bain, ainsi que le constatait déjà un voyageur au dix-septième siècle (I).
Dans une grande salle carrée se trouvent, tout à l'entour, des bancs de pierre bâtis contre la muraille, lesquels sont couverts de nattes. Sur ces bancs on place ses vêtements. Au milieu de la salle — nous empruntons, en la modernisant, la description de notre voyageur — il y a une grande fontaine, avec un grand bassin de marbre, pour laver les linges qui ont servi, et après qu'on les a lavés, on les dispose sur des perches pour les faire sécher.
Après s'être dépouillé et s'être entouré d'une serviette « ce qu'on ne doit voir », on entre, par une petite porte, dans une salle un peu chaude et de là, par une autre porte, dans la grande salle qui est, celle-là, très chaude.
Cette grande salle est pentagone, chaque face étant soutenue de deux piliers de marbre blanc. De l'eau froide et de l'eau
(1) Thévenot, Voyage du Levant.
riG. 68, — BAINS piBr.irs a i.'i sAr;i; i>i;s i i:mmi;s turques. (D'après une estampe ancienne).
chaude, qui s'échappent par des robinets, sont à la disposition du baigneur, pour faire des ablutions sur le corps.
Après le bain vient le massage.
On s'assied sur le marbre de la grande salle, qui est échauffé par des fourneaux situés au-dessous ; alors s'avance un valet, tout nu, « à la réserve des parties que la bienséance fait cacher », qui vous fait coucher de votre long sur le dos, vous met les genoux sur le ventre et sur l'estomac ; puis, « vous embrassant étroitement, vous fait craquer tous les os du corps et des bras et des jambes, pour accommoder et amollir les nerfs ».
Vous faisant coucher sur le ventre, il vous en fait autant sur le dos. Ensuite, « vous ayant razé au menton et sous les aisselles, il vous donne un razoir pour vous razer aux autres parties, et vous allez dans une des petites chambre ttes... et estant là, vous ostez votre serviette , et la mettez sur la porte, afin que, chacun la voyant, on sache qu'il y a quelqu'un et que personne n'y entre — et vous vous razer à loisir. » Si vous craignez de vous blesser avec le rasoir, on vous donne une sorte de pâte épilatoire {rusma)j poudre minérale mélangée avec de la chaux et qui fait tomber rapidement les poils. Après cette opération, on retourne dans la grande salle, où l'on sue aussi longtemps qu'on le veut, ou qu'on le peut.
Le valet fait de nouvelles frictions avec une « bourse de camelot noir », dans laquelle il met la main, puis avec de l'étoupe de soie, dans laquelle il met un morceau de savon. Après un lavage à grande eau, il termine par une friction avec une serviette sèche. Le baigneur retourne à la salle où il a laissé ses vêtements, où, étant assis, on lui verse de l'eau sur les pieds ; il s'essuie tout le corps avec du linge sec et chaud et enfin se rhabille.
A comparer la description des bains turcs au temps du Grand Roi à celles qu'en ont données des relations modernes, on
constate que nulle modification importante ne s'est produite depuis trois siècles, dans un pays où les vieilles coutumes ont une remarquable pérennité.
Le bain à la mogole, qui se pratique à Dehli, dans l'Inde, ne diffère pas sensiblement du bain turc. On est introduit d'abord dans une série de pièces chauffées à des températures croissantes ; puis le baigneur, après vous avoir arrosé d'un seau d'eau tiède qui paraît glacée, vous couche sur une table de marbre, vous enduit le corps de savon, vous masse et vous pétrit jusqu'à complet épuisement. Vous êtes ensuite enveloppé dans une chaude couverture et placé sur un sofa où, après une heure de sommeil, vous vous retrouvez frais et dispos, mais en apparence seulement, car cette rude opération vous laisse peu apte, pendant le reste de la journée, à une occupation quelconque.