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LES BAINS ÉGYPTIENS

Le religion a prescrit aux Egyptiens, comme un devoir, l'usage des bains chauds, et l'ardeur du climat leur a fait trouver un plaisir dans l'accomplissement des préceptes du Prophète ; aussi les pratiquent-ils volontiers.

Le nombre des bains publics était, il y a quelques années du ' moins, relativement considérable en Egypte. Ayant été construits à peu près tous sur le même plan, il suffira de connaître la disposition d'un seul pour avoir celle des autres (i).

Disons d'abord, avant d'en commencer la description, que certains sont exclusivement consacrés aux hommes, d'autres ' aux femmes et aux enfants en bas âge. la plupart aux personnes des deux sexes : en ce cas, le matin est réservé aux hommes, l'après-midi à leurs compagnes.

Lorsqu'un bain est occupé par des femmes, une étoffe de lin ou de drap est placée sur la porte d'entrée, pour avertir les hommes qu'ils ne peuvent plus pénétrer dans l'intérieur.

La façade des -bains est ornéC', en général, dans le goût de

(1) A.-B. Clot-Bey, Aperçu général sur VEgyple, t. 1 ; Bruxelles, 1840.

celle de beaucoup de mosquées : des combinaisons de couleurs, parmi lesquelles dominent le blanc et le rouge, en décorent l'entrée.

L'édifice est composé d'appartements pavés en marbres diversement coloriés, et couronnés de dômes, ouverts au somm.et, pour laisser libre passage à l'air et à la lumière. Ces dômes sont ordinairement construits en briques et en plâtre.

Le premier appartement dans lequel on entre, nommé meslukh, contient tout à l'en tour une large estrade, couverte d'un tapis et divisée en compartiments : c'est là que Ton dépose ses vêtements. Au milieu de l'édifice, un jet d'eau qui jaillit d'un bassin récrée agréablement la vue (1).

Si l'on a une montre, de l'argent ou un sabre, on les confie, en entrant, au gardien du bain {mallim).

Lorsqu'on est déshabillé, on se ceint les reins d'une serviette, on prend des sandales de bois, et l'on s'engage dans une allée étroite, où la chaleur commence à se faire sentir. La porte se referme ; vingt pas plus loin, on ouvre une seconde porte et l'on suit une allée qui forme un angle droit avec la première.

La chaleur augmente. Ceux qui craignent de s'exposer brusquement à une température plus élevée, s'arrêtent dans une salle de marbre qui précède le bain proprement dit.

Le bain est une salle voûtée, pavée et revêtue de marbre. La vapeur sans cesse renaissante d'une fontaine et d'un bassin d'eau chaude s'y mêle aux parfums qu'on y brûle.

Etendu tout de son long sur un drap, le baigneur, la tête appuyée sur un coussin, peut prendre, à son aise, toutes les postures qui lui plaisent, tandis qu'un nuage de vapeurs odoriférantes l'enveloppe de toutes parts et pénètre dans tous ses pores.

Lorsqu'on a reposé ainsi quelque temps et qu'une douce moi-

(1) Savary, Le//res sur\l'Egypte, t. 1 (lettre xi).

teur s'est répandue sur la peau, un valet de bains vient commencer le massage. D'abord il presse mollement les membres, les plie, puis, lorsqu'il leur a donné la flexibilité nécessaire, il fait craquer les jointures et pétrit la chair avec ses doigts, sans qu'on en éprouve une impression douloureuse. Lorsque toutes lés articulations ont été ainsi assouplies, le serviteur frotte, avec une espèce de râpe en brique cuite, rude et poreuse, les calus des pieds, et la chair avec une pièce de laine ou un gant d'étoffe.

^ Le baigneur passe ensuite dans un cabinet, où le valet de bain verse sur sa tête de l'écume de savon parfumée, et le lave encore avec un paquet de filaments de palmier, semblables à du crin, nommés lijf.

Le cabinet où l'on a été conduit contient un bassin, muni de deux robinets, l'un pour l'eau froide, l'autre pour l'eau chaude: on s'y lave soi-même. Bientôt le serviteur revient, portant des serviettes pour essuyer le baigneur.

Celui-ci retourne dans la première salle ; là, étendu sur un matelas, il est recouvert encore de linge sec, et on l'essuie en exerçant sur son corps un nouveau massage. Après quoi, on vous apporte l'inévitable pipe et le savoureux moka. Enfin, on s'habille, et si vous l'avez demandé, vos vêtements ont été parfumés à la vapeur de bois d'aloès.

On comprend aisément qu'un pareil bain vous communique un sentiment de bien-être tout particulier, et dont peuvent donner une idée les hammams de nos grandes villes européennes.

Au point de vue hygiénique, les bains égyptiens, comme les autres bains orientaux, sont des plus salutaires : d'abord, parce qu'ils assurent l'entretien de la propreté, indispensable dans un pays où la chaleur, les transpirations abondantes et la poussière sont autant de causes de saleté ; de plus, la suppression de la transpiration étant, en Egypte, comme ailleurs, la source de la

plupart des maladies, ces bains produisent un heureux effet, en tenant en éveil les fonctions cutanées. L'expérience a prouvé aux Orientaux l'efficacité des bains sous ce rapport ; aussi, à peine éprouvent-ils la moindre douleur, la plus légère courbature, de la sécheresse de la peau, qu'ils se rendent aux bains et y reviennent plusieurs jours de suite.

Il en est qui vont au bain deux fois par semaine, d'autres, une fois ; quelques-uns moins souvent.,

Certains se contentent de se baigner dans un bassin et de se faire lotionner avec de l'eau savonneuse et parfumée.

Le bain est ordonné aux Musulmans, chaque fois qu'ils ont eu des rapports avec leurs femmes, ou qu'ils ont éprouvé des souillures d'un autre genre.

Le prix des bains est, d'ailleurs, très modique et à la portée de toutes les bourses. Les pauvres ne donnent que 5 à iO paras (de 3 à 6 centimes), mais ils ne sont, à ce prix, ni massés ni savonnés. Un bain complet se paie depuis une piastre jusqu'à cinq (0 fr. 25 à 1 fr. 25). Mais les personnes aisées ont un appartement de bains dans leur maison, ce qui les dispense d'aller à l'établissement public.

Si répandus qu'ils soient dans la Basse-Egypte, les bains d'étuves ne sont pas connus, paraît-il, dans la partie du Saïd située au-dessus de Girgeh. Là, hommes, femmes et enfants, se plongent plusieurs fois par jour dans l'eau du Nil, attiédie par les feux du soleil.

Pour les femmes musulmanes, les bains de vapeur sont des lieux de réunion où elles se racontent les petits incidents de leur vie domestique, où elles causent de tout ce qui les concerne, où elles nouent môme parfois des intrigues et des conspirations politiques, pu plus simplement arrangent des mariages.

Napoléon a rapporté, dans ses Mémoires, qu'une petite conjuration fut ourdie dans les bains de Rosette, sans avoir des conswiucnces autrement graves.

4ir» MOEURS INTIMES DU PASSE

Le général Menou, ayant épousé une femme de cette ville, la traitait à la française : il lui donnait la main pour entrer dans la salle à manger; la meilleure place à table, les meilleurs morceaux lui étaient réservés. Si son mouchoir tombait, le général, toujours galant, s'empressait de le ramasser.

Quand cette femme eut raconté à ses amies les attentions dont elle était comblée, ce fut toute une révolution. Ses compagnes en « conçurent une espérance de changement dans les mœurs et signèrent une demande au sultan Kebir, pour que leurs maris les traitassent de la même manière ».

Nous ignorons si Napoléon fit droit à leur requête; malgré toute Tinfluence dont il disposait, il est probable qu'il n'en eut pas le pouvoir.

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