‹ Moeurs intimes du passé (volume 4)Chapitre 6 sur 48 · ZA · texte numérisé non relu

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FIG. 13. — UN BAIN PUBLIC d'hOMMES, EN GRÈCE.

5iir le lympan du fronton représenté sur Thydrie (vase) de Leyde, reproduite ici, on remarque la prénce de deux serpents. Outre que ces reptiles sont souvent les gardiens de fontaines (le serpent .i gardait la fontaine consacrée à Mars fut tué par Cadmus), les serpents peuvent être considérés mme la représentation d'une sorte de genia^ loci, d'une divinité de l'endroit, ou mieux comme l'emème de la santé, à laquelle les bains passaient et passent encore pour contribuer puissamment. [Quant aux chevaux qui surmontent l'extrémité du fronton, ils sont aussi en rapport avec la destiilion de lédifice : n'est-ce pas le cheval Pégase qui fit jaillir la fontaine Hippocrène au pied du ont Hélicon ; n'est-ce pas au bord d'une fontaine que naquit le célèbre cheval Arion ? Neptune, le eu des eaux, ne passe-t-il pas pour avoir été le créateur du premier cheval, et pour s'être transrmé une fois lui-même en cet animal ?

Les peintures des vases de Vulci (dont notre figure fait partie) reproduisant principalement des lages attiques, il est vraisemblable que l'auteur de la composition qui décore notre hydrie ait placé scène de son tableau dans un des gymnases d'Athènes. Nous avons donc bien là une reproduction

Iî la réalité. Ce qui nous confirme dans celte opinion, ce sont les deux arbres aux brandies dulel les vêtements sont suspendus, le vase d'huile que tient un des éphèbes et qu'il sapprête à îrser sur les épaules de son compagnon, etc.

longues avenues, couvertes ou découvertes (Spo'txo?).

Les xysfes se composaient d'un bas-fond central et de deux avenues latérales un peu surélevées.

Le gymnase grec, tel que Ta décrit Vitruve, est plus compliqué : il comprend une cour carrée ou oblongue, analogue au péristyle des maisons. Tout autour, régnent des portiques à colonnes, dont trois simples et un double, du côté sud, afin de mieux abriter contre les intempéries les compartiments qui s*y rattachent.

Dans de vastes salles {exèdr es), coniigucs aux portiques simples, étaient installés des sièges, pour les philosophes, pour les rhéteurs et toutes les personnes qui venaient y converser ou étudier. g

Au milieu, se trouvait la grande salle d'exercices pour les jeunes gens, qui constituait le centre de tout l'édifice ; à droite, la salle du jeu de balles ; à côté, au tournant du portique, les bains froids. Dans l'autre corps de bâtiment, se succédaient, dans le même ordre, la salle des onctions, celle des bains tièdes, la salle de chauffage et enfin l'étuve.

Les baigneurs prenaient place dans des récipients disposés par terre ou enfoncés dans le sol, puis se faisaient arroser, après le bain, avec de l'eau froide, soit par un de leurs compagnons, soit par un serviteur attaché à l'établissement. On passait ensuite dans la pièce où on se faisait étriller, puis frictionner avec l'huile ; on s'habillait dans la garde-robe.

Quand l'habitude fut devenue générale du bain chaud, on le prit avant le bain froid : Ton se plongeait dans l'eau chaude, ou on se la faisait répandre sur le corps. D'autres fois, on provoquait la sueur en se tenant dans une étuve, sèche ou artificiellement remplie de vapeur, par l'aspersion d'eau sur des cailloux, sur des morceaux de fer incandescents, ou sur le pavé même du bain fortement échauffé : le bain de vapeur était inventé.

Les Grecs avaient-ils un local particulier pour s'étuver ? Nous serions assez disposé à croire que l'étuve et la chambre pour l'onction ne faisaient qu'une seule et unique pièce. Plutarque nous apprend que Damon fut assassiné, tandis qu'on l'oignait dans une étuve. Hérodote parle des étuves comme d'une chose que tout le monde connaissait de son temps.

Les athlètes faisaient un fréquent usage du bain. Un détail qui a son prix : ils étaient tenus à une continence absolue, afin de ne pas compromettre leurs chances.

Sur le chapitre du vin et des femmes, ils observaient la plus grande modération. Les maîtres d'exercice allaient jusqu'à défendre à ceux qui se préparaient aux combats gymniques la vue des jolies personnes. Nous rappellerons, à ce sujet, une anecdote cai*actéri8tique.

Laïs, la courtisane fameuse, ayant aperçu Eubatas, de Gyrène, athlète en renom, en devint éperdument amoureuse, au point de lui proposer le mariage. L'athlète, pour ne pas s'exposer au ressentiment de la Lelle, qui ne lui aurait pas pardonné un refus outrageant, feignit de consentir à son caprice, demandant seulement qu'on ajournât la cérémonie après les jeux. Il évita avec soin jusque-là d'avoir aucun commerce de galanterie avec Laïs.

Après sa victoire, il s'avisa du stratagème suivant, pour ne pas être accusé de trahir ses engagements : il fît faire le portrait de la courtisane, et l'emporta aveclui dans son pays, disant qu'il emmenait Laïs avec lui, suivant ses conventions. La femme — légitime, — qu'il allait rejoindre à Gyrène, fut tellement touchée de ce trait de fidélité, qu'elle le consacra par un monument commémoratif !

La vertu des athlètes ne fut pas toujours soumise à une aussi rude épreuve; ils se contentaient le plus souvent de prendre des bains fréquents d'eau froide, pendant tout le cours de leur noviciat ou préparation aux jeux publics. On leur recommandait encore de porter des plaques de plomb sur les reins ; il serait bien osé de prétendre que le moyen fût d'une efficacité certaine.

Les frictions, en même temps qu'elles donnaient

de la souplesse aux muscles, délassaient les lutteurs de leurs fatigues. On faisait usage, pour les onctions, soit d'huile, soit d'un onguent fait à l'aide de cette huile, mélangée à une certaine quantité de poussière ; on obtenait de la sorte une espèce de cérat : d'où le nom de ceroma^ qu'on donnait au lieu où les athlètes se faisaient oindre.

Les officiers de palestres [alipiœ, unctores)^ pratiquaient les onctions, à moins que les lutteurs ne se rendissent le service de se frictionner mutuellement. Il eu résultait parfois des corps à corps, qui dégénéraient facilement en rixes, où les athlètes se malmenaient fort, quand ils avaient quelque querelle à vider.

C'était un art véritable que celui des allptes, les ancêtres de nos masseurs actuels. Ils mettaient toute leur habileté à faire pénétrer l'huile dans les pores de la peau, en obligeant les athlètes à respirer, pour favoriser cette pénétration.

Si, au début, la profession d'alipte fut abandonnée à des esclaves ou à des serviteurs de basse extraction, plus tard leurs fonctions furent remplies par des personnages plus élevés dans l'échelle sociale, qui dirigeaient et surveillaient l'éducation des athlètes, leur donnaient des avis sur la façon de vivre, les conseillaient sur leur santé, remplissaient en un mot l'office de médecins.

Après s'être convenablement huilés, les lutteurs

s'enduisaient de boue : il s'en trouvait toujours dans le palestre. Ils se contentaient parfois de se couvrir de sable et de poussière, en s'y roulant <3ux-mêmes, ou en s'y faisant saupoudrer, afin, nous apprend Lucien, « que leur adversaire eût plus de prise et que la main ne coulât pas sur l'huile ou sur la sueur. »

C'était un préambule si essentiel de la lutte, que les Grecs disaient d'un athlète qui gagnait le prix sans combattre, qu'il avait vaincu u sans poussière », c'est-à-dire sans travail, sans peine.

Après la lutte, ceux qui y avaient pris part s'empressaient de procéder à un soigneux décapage du corps, à l'aide du strigile, instrument de métal, de jonc ou d'os, creusé en manière de cuiller et pourvu d'un manche (1). Chacun se rendait ensuite au bain, pour achever le nettoyage.

Les Grecs ne poussèrent Jamais aussi loin que les Romainsles raffinements dans Fart de se baigner. 11 n'est pas douteux, toutefois, que les habitudes grecques aient influencé les pratiques des Romains, et que les gymnases grecs aient servi de modèles aux établissements du même genre dont on retrouve

(1) La figure 420 de l'ouvrage de Trawinski (La Vie antique, la Grèce, p. 312), représente un flacon à huile pendu par des cordons, des strigiles de différentes longueurs, et une coupe plate, dont l'original est au Museo Borbonico. La statue d'un athlète du Museo Chiaramonti donne une idée de la façon dont les lutteurs se servaient du strigile (fig. 421, op. cit.).

tous les jours d'imposants débris. Les colonies grecques étaient nombreuses sur les côtes d'Italie et de Sicile, et les Romains durent emprunter à ces immigrés ^de fraîche date leurs coutumes et leurs mœurs.

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