‹ Moeurs intimes du passé (volume 4)Chapitre 8 sur 48 · THERMES ROMAINS · texte numérisé non relu

THERMES ROMAINS

e Jaspar Isaac).

d'autres, indifféremment avant ou après le repas, et jusqu'à six, sept et huit fois dans la même journée. Héliogabale courait de son palais chez ses amis, et de là, aux bains publics, tant il prenait plaisir à rester plongé dans l'eau.

En redoublant le bain, les Romains se figuraient doubler leur vie. « Oui, oui, s'écrie Pétrone (1), d'un jour en faire deux, il n'est rien que je préfère ! »

Les morts subites, les congestions dans le bain étaient fréquentes (2) ; les enragés n'en persistaient pas moins à se baigner aussitôt après le repas, en dépit des nombreux accidents qui se produisaient sous leurs yeux. .

D'aucuns, plus raffinés, ne se contentaient pas du bain ordinaire, tel que nous le prenons aujourd'hui. Ils faisaient usage de baignoires où ils pouvaient s'étendre tout du long, comme dans un lit.

D'autres avaient auprès d'eux des esclaves, qui s'emplissaient la bouche d'eau et devaient souffler, de toute la force de leurs poumons, sur les différentes parties du corps de leur maître. On retrouve là

(1) Il est de Pétrone ce distique souvent r-ilé :

Balnea, vina, Venus, corrumpunt corpora noslra El vitam facAunt balnea, uina, Venus.

Les bains, le vin, l'amour corrompent notre corps; Le bain, le vin, l'amour nous refont de la vie.

(2) C'est ce qu'exprime le vers de Juvénal :

Hinc suhilœ mortes, alque inleslnla seneclux

les pratiques du voluptueux Orient, pratiques qui devaient, si aisément et si rapidement, s'acclimater à Rome, à l'époque où y pénétrèrent les mœurs grecques.

N'est-ce pas aux Grecs, d'ailleurs, que les Romains avaient emprunté leurs pratiques balnéaires et la construction de leurs thermes? La douche, par exemple, était certainement connue des Grecs avant de l'être des Romains. Galien, Pline, Suétone y «font allusion, mais nous en avons vu la représentation figurée, des plus typiques, sur d'anciens vases et d'anciennes monnaies grecques.

Sans doute, les exercices corporels n'ont jamais eu, dans l'éducation romaine, la même importance qu'en Grèce. Dans les gymnases grecs, les exercices viennent en première ligne, les bains rie sont qu'au second plan. C'est l'inverse chez les Romains, où le bain est l'essentiel, et le lieu d'exercices, l'accessoire.

En Grèce, les gymnases comprenaient des bains, mais qui ne servaient qu'à se laver le corps après l'exercice ; à Rome, le gymnase était une dépendance du bain ; même le gymnase destiné aux jeux par Néron communiquait avec les thermes.

Au temps de Cicéron, on ne faisait de la gymnastique que pour avoir le teint frais; de l'avis d'Horace, l'exercice était nécessaire à qui voulait bien dormir, manger de bon appétit et se baigner avec plaisir.

Les Romains commencèrent assez tard à établir des bains publics. Craignaient-ils d'introduire par ce moyen le luxe et la mollesse, et en redoutaient- ils les funestes conséquences ? Ou ne serait-ce pas plutôt qu'ils s'étaient heurtés à des difficultés considérables pour distribuer Teau dans les divers quartiers d'une ville presque entièrement construite sur des collines ? Ce n'est, en effet, que vers l'an liM de la fondation de Rome, qu'on réussit à y faire venir, pour la première fois, l'eau du territoire de Tusculum, au moyen d'un aqueduc, construit par les soins du censeur Appius Claudius. Des fouilles récentes ont fait retrouver, près de la Porta Maggiore, le canal de cet aqueduc taillé dans le roc, haut de 6 pieds, large de 3, et aéré par plusieurs puits verticaux (1). Les aqueducs se multiplièrent dans la suite.

La consommation d'eau devait être considérable pour les trois heures de la journée où l'on prenait les bains. 11 est difficile de s'en rendre compte avec précision, faute de connaître la capacité des vases qui fournissaient les eaux. Mais on peut, par le rapprochement suivant, s'en faire une idée : d'après le

(1) ArchaeoUxjia, de Parker, t. XLII, p. 20, cité par C. Thierry, in Dicl. des Anliquilés, de Daremberg et Saglio, art. Aqiiseduclus.

travail de Piranesi sur les thermes de Garacalla, la capacité de ces récipients était de I.l/i3./i50 pieds cubiques. En attribuant 10 pieds cubiques d'eau chaude pour chaque baigneur, on voit que les thermes de Garacalla pouvaient fournir l'eau chaude à ll/i.3/i5 baigneurs par jour.

Il y avait quatre grands aqueducs au temps d'Auguste, mais l'eau qu'ils amenaient n'étant pas suffisante pour les besoins de Rome, cet empereur fit construire, l'an 3/i av. J.-G., 700 bassins, 105 fontaines jaillissantes, 130 châteaux d'eau, dont plusieurs d'une grande magnificence. Il ouvrit, en outre, 170 bains gratuits à l'usage du peuple. L'an 22, il inaugura Vaqua Virgo (l'eau Vierge), dont l'eau servait surtout pour les bains, tandis que celle, moins propre sans doute, de Vaqua Alsieiina était plus spécialement réservée pour les arrosages.

Les Romains se baignaient de préférence dans le Tibre et dans l'eau Vierge. Ovide regrettait dans son exil

Stagnaqae et Euripiy Virginemque liquor.

On entendait par Euripi les canaux et les aqueducs qui amenaient à Rome Veau Vierge^ ainsi appelée parce que des soldats, sur l'indication d'une jeune fille, suivirent quelques filets d'eau et arrivèrent à une source abondante ; ou, si l'on préfère la version plus poétique de Pline : « Près de cette fon-

taine est le ruisseau d'Hercule, que cette eau semble fuir : de là son nom d'eau Vierge ».

Les thermes furent, aii début, d'une simplicité dont peut donaer une idée le bain de Scipion dont nous avons parlé. Sous les empereurs, les Romains commencèrent à donner à ces bâtiments l'air de magnificence et de grandeur, dont les vestiges qui nous sont restés nous rendent la saisissante expression.

Les thermes les plus célèbres furent ceux d' Agrippa, le gendre d'Auguste, bâtis de briques, peintes en émail (1) ; ceux de Néron, qui y fît conduire non seulement des eaux douces, mais encore l'eau de la mer. J>îéron(2) avait fait construire, près du mont Palatin, un palais superbe, le palais d'or, où se trouvaient des bains alimentés par la mer et les eaux d'Albula.

Il y avait encore les Thermis de Garacalla, ornés de 200 colonnes de marbre et garnis de 1.600 sièges de même matière ; il pouvait s'y baigner 3.000 personnes à lafois. Les thermes de Garacalla mesuraient

(1) Les thermes d'Agrippa furent les premiers qu'on éleva à Rome. L'eau Vierge qu'Agrippa fit conduire à Rome servit à leur usage et à celui des jardins contigus, où se trouvait un vaste réservoir. Cette eau alimente aujourd'hui la fontaine de Trevi (Goury, Recherches historico-nionumentales', Paris, 1833, p. 298).

(2) Suétone, Néron, XXXL

llOO mètres sur 350 de longueur (1). Outre sa destination principale, l'établissement était disposé pour des exercices gymnastiques, des jeux, des académies et autres réunions dans le goût du temps. Le luxe des arts s'y manifestait tant par la beauté des matériaux que par la richesse des ornements. Les marbres, les bronzes, les statues, les peintures et les mosaïques y étaient prodigués (2).

Les thermes de Dioclétien surpassaient tous les autres en grandeur et en somptuosité. Le nombre des baignoires des thermes de Dioclétien était de 3.000. En supposant que chaque baignoire pût contenir 6 personnes, ce qui n'a rien d'exagéré, il en résulte que 18.000 personnes pouvaient se baigner en même temps.

Ces thermes contenaient de beaux portiques et de belles salles, des jardins délicieux, des lieux d'exercice et de divertissements, un musée, diverses écoles pour les armes, les sciences, les arts, etc.

Les thermes de Dioclétien se sont conservés presque dans leur état primitif; ils servaient, au siècle dernier, de couvent aux Chartreux, sous le nom de Sainte-Marie-des-Anges.

Rien ne contribua davantage à la perfection et à

(1) Cf. le Tour du monde, 18f)8, II, 357.

(2) GouRY, loc. cit.

la multiplication de ces édifices, que l'habitude qu'on prit de les unir aux gymnases et aux palestres, et aussi le fréquent usage qu'en firent les médecins pour le traitement de plusieurs maladies (l).

Les gymnases comprenaient différentes pièces, ayant chacune leur destination spéciale. C'étaient d'abord les portiques extérieurs, où philosophes, rhéteurs, mathématiciens, médecins et autres savants venaient faire des leçons publiques, ou se livrer àla controverse. Ces portiques étaient de longues colonnades, très nombreuses à Rome, où la foule la plus bigarrée circulait ou s'asseyait pour être à l'ombre, en été.

Les portiques étaient souvent ornés d'objets d'art. Les poètes venaient y lire leurs productions les plus récentes: Pétrone fait allusion à cet usage dans le Satyricon.

Il y avait, en outre, dans les gymnases, Vephehœiim\ où les jeunes gens se rendaient de grand matin, pour faire une sorte de répétition privée des exercices auxquels ils devaient se livrer en public ; Vapodyterinm, où l'on quittait ses habits : à Rome, tout le monde était obligé, par la loi, de dépouiller ses vêtements dans l'apodyterium, avant de pouvoir entrer dans les pièces où on prenait le bain, cela pour empêcher qu'on ne pût dérober les ustensiles de rétablissement et les cacher sous ses habits ; la salle

(ly r:f. l'ouvrage précité (!<• Mac-Auliffi:, p. 15B et suiv.

destinée aux onctions, qui suivaient les bains ou la lutte ; la conistra^ dans laquelle on se rendait pour sécher l'huile on la sueur, à l'aide de sabh? on de poussière ; le palestre proprement dit, où l'on s'exerçait à la lutte, au pugilat et à divers autres exercices.

Des bains étaient annexés au palestre.

Ils étaient composés de sept pièces : le bain froid; la chambre où Ton se trottait d'huile ; le lieu de rafraîchissement; l'entrée ou le vestibule de Vhypocausie (lieu où était l'appareil de chauffage) ; Tétuve pour suer ; le laconujue (ou étuve sèche) ; enfin, le bain d'eau chaude.

Les thermes qui servaient aux gymnases et dont les Romains avaient trouvé le modèle en Grèce, étaient entourés d'un espace considérable, clos de murs en carré, au dehors, et divisés, au dedans, en trois parties, par deux enceintes circulaires et concentriques.

Dans la troisième enceinte était tout l'édifice des thermes. Sur la façade de l'édifice qui regardait le midi, on voyait le ihealridinm, la partie principale, la plus vaste des thermes, dont elle occupait à peu près le tiers. C'est là que le peuple assistait au spectacle des jeux athlétiques. Le Ihealridium était disposé de telle manière, que l'on pouvait tourner tout à Tentour, pour aller, à volonté, aux palestres ou aux bains.

A droite et à gauche du theatridium se trouvaient

le conisierium, Velœolherium^ etc., dont nous avons parlé plus haut.

Venaient ensuite deux péristyles de forme allongée, où Ton se promenait; et enfin les sphéristères^ de forme ronde, comme leur nom l'indique.

Sur la façade des thermes qui regardait le nord, étaient des pièces réservées à tous ceux qui venaient là discourir ou étudier, loin du bruit, ou déambuler dans les xystes et les platnnomes, où ils retrouvaient l'ombre et la fraîcheur. Les platanomes conduisaient, par des portiques situés à droite et à gauche, aux éphaehées (salles où les jeunes gens s'amusaient à toutes sortes de jeux et d'exercices), et aux diœtées (où l'on faisait la collation dans l'après-midi).

A droite de l'éphœbée était le corliceum ou cory^ ceum, où les jeunes gens s'exerçaient à une espèce de jeu de balle. D'autres l'appellent le choriceum, et prétendent que c'était une salle où l'on chantait et l'on dansait.

Les façades latérales des thermes étaient plus spécialement réservées aux exercices gymnastiques : là se trouvaient des amphithéâtres semi-circulaires pour le peuple, des conistères et des éla;othères pour les athlètes.

Quant aux bains détachés des palestres, aux thermes proprement dits (1), il s'en trouve une dcs-

ly Outre l<'< Ultimes des gymnases et leH tlK•r*rru'^ i>ro[»re-

cription très précise dans les ouvrages de l'architecte Vitruve. Ces bains étaient ordinairement doubles, les uns pour les hommes, les autres pour les femmes, mais ils étaient chauffés par le même fourneau. Le milieu de ces bains était occupé par un grand bassin, qui recevait Teau par divers tuyaux, et dans lequel on descendait par le moyen de quelques marches. Ce bassin était environné d'une balustrade, et, derrière celle-ci, se trouvait un espace assez large, sorte de corridor où se tenaient les baigneurs, attendant que fussent sortis du bain les premiers arrivés.

Ces bains, voûtés, recevaient la lumière par en haut ; ils avaient autant de largeur que de hauteur jusqu'au commencement de la voûte, au milieu de laquelle on laissait une ouverture pour donner du jour. On y suspendait^ avec des chaînes, un bouclier d'airain, grâce auquel on pouvait, en le haussant ou l'abaissant, augmenter ou diminuer la chaleur de la pièce (voir fîg. 18).

Les fornacaîores, focarii ou furnarii devaient entretenir le feu de la fournaise, dont la bouche

ment dits, tout lieu de réunion à poste fixe des Romains, les camps permanents, — castra stativa — comme les grandes bourgades et les villes, qui durent le plus souvent leur origine à des établissements militaires, ont eu leurs temples, leurs théâtres, leurs cirques, leurs bains, leurs gymnases, leur hippodrome ». UHypocauste de Champlieu, par le docteur Peigné-Delacourt, p. 8-9,

était appelée prœfiirnium ou propigneum. Le pili-

l'HYPOCAUSTE de CHAMPLlEir.

A Sol du laconicum. C Corde.

B Fenêtre. D Volet.

E Bout de là corde que tiraient les baigneurs pour

ouvrir la «fenêtre, afin de i-afraîchir l'air.

creps jetait des balles de poix dans le feu, pour augmenter l'activité (1).

en

(1) Pour le chauffage des thermes antiques, v. Mémoires présentés par divers savanls à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, V<^ série, t. VIII, 2» partie, p. 347 et suiv. ; l'Hypocauste de Champlieu, par le docteui* Peigné-Delacourt (mémoire lu à

Le plancher des étuves était creux et construit de façon à recevoir la chaleur d'un grand fourneau maçonné en dessous [hypocausîe), que l'on remplissait de bois ou d'autre matière combustible.

Ce fourneau servait non seulement à chauffer les étuves, mais encore une autre chambre, appelée vasariurriy qui contenait trois grands vases d'airain {milliaria) (1), l'un pour l'eau chaude, l'autre pour la tiède, le troisième pour la froide. Ces vases étaient disposés de telle sorte, que l'eau pouvait passer de l'un dans l'autre par le moyen de syphons ou robinets, dans les bains voisins, suivant le besoin de ceux qui les prenaient.

On brûlait dans Vhypocauste toute espèce de bois, à l'exception de celui de l'olivier. Gn attisait le feu en y projetant des globes de métal enduits d'une couche épaisse de térébenthine.

Certaines forêts publiques furent affectées au chauffage des bains, comme certaines carrières à leur construction et réparation. Mais on respectait les bois, les plantations d'arbres qui servaient d'ornement aux bains, ou de lieu d'exercice aux gymnastes.

Les associations ou corporations avaient chacune

la séance, de la Société académique de l'Oise, du 5 août 1867) : cf. Manuel des frileux, de Fréville, p. 23 et suiv.

(1) Le nom de milliarium était fondé sur la capacité des vases, qu'on appelait encore des ahena (marmites).

des devoirs définis. La plus importante était chargée de l'approvisionnement du sel ; elle en payait l'impôt au fisc et, de plus, était chargée du transport aux bains du bois nécessaire. En cas d'insuffisance des fournitures de bois, les bateliers qui transportaient les marchandises fiscales étaient chargés d'y pourvoir.

Les procédés d'adduction de l'eau dans les thermes variaient suivant la nature du sol à traverser et selon les obstacles à franchir. On utilisait les conduits souterrains, quand il en existait ; ou l'on construisait des aqueducs.

Rome fut dotée, par Agrippa, d'un réseau de quatorze aqueducs, dont certains avaient des voûtes de telles dimensions, qu'un homme y eût passé à cheval. Ces aqueducs déversaient dans la ville une telle quantité d'eau que Strabon les compare à autant de fleuves.

Quelques-uns étaient de véritables travaux d'art. La plupart étaient d'une construction fort simple, en briques ; mais, dans la ville, on les décorait de colonnes, de statuts et de bas-reliefs coloriés, représentant parfois un épisode de la construction. Appius fit construire un aqueduc qui coûta treize millions de sesterces ; encore la main-d'œuvre, qui était celle

des esclaves, ne figurait dans la dépense que pour la nourriture.

L'empereur Claude acheva un aqueduc, commencé par Galigula, qui amenait l'eau d'une distance de /lO milles et la distribuait dans les quartiers les plus élevés de Rome. 11 ne coûta pas moins de 55.500.000 sesterces, près de 15 millions de notre monnaie. « C'est une des merveilles du monde », proclame Pline dans son enthousiasme.

Sous le règne de Justinien, chaque habitant de Rome avait 1.500 litres d'eau à sa disposition tous les jours, et cette quantité ne paraissait pas encore suffisante à certains.

La plupart des aqueducs étant souterrains, les patriciens avaient frauduleusement opéré sur le trajet de nombreuses prises d'eau et appauvri les fontaines publiques au profit de leurs propriétés.

A l'origine, l'eau ne servait qu'aux usages publics et celle même' qui débordait des réservoirs, ou qui s'échappait des fuites, était employée à laver le grand cirque, pendant la période des jeux, ou à nettoyer les latrines. Le surplus était accordé aux établissements de bains. Pour filtrer l'eau réservée à ce dernier usage, on se servait de sacs de toile tendus ^sur Pouverture des tuyaux: l'eau déposait son limon et se clarifiait.

Des patrons d'établissement obtenaient des concessions, qu'ils transmettaient valablement aux ac-

quéreurs de leur fonds, aussi longtemps que la destination des lieux restait la même.

' Deux sortes de magistrats étaient chargés de l'administration de la partie matérielle des bains. Les uns s'occupaient du bain lui-même, des réquisitions, des réparations ; d'autres, du régime des eaux, soit à fournir, soit à évacuer.

Les premiers, tant à Rome que dans les provinces, n'étaient autres que les édiles, qui conservèrent ces fonctions jusqu'au temps des empereurs.

Les balneatores étaient comme des intendants chargés de veiller à ce que les baigneurs ne manquassent de rien. Ils leur fournissaient au besoin les instruments et substances nécessaires.

La discipline était maintenue à l'intérieur des bains par les xyslarques. Ces fonctions furent ensuite confiées aux préfets des villes ou aux préfets du prétoire.

Dans quelques villes, dont les revenus n'étaient pas suffisants, le curateur avait mission de pourvoir à la dépense des bains, au moyen de l'argent fourni par la République .

Il n'est pas d'objet à propos duquel les inscriptions, trouvées dans différentes villes d'Italie, témoignent plus fréquemment de fondations et de legs.

qu'en faveur de la construction, de l'entretien, de rameublement et de l'usage gratuit des bains froids et chauds, tant pour hommes que pour femmes. Le nom du fondateur, ainsi que celui de tous ceux qui avaient contribué de leurs deniers à la construction ou à l'embellissement des thermes, étaient inscrits au fronton de l'édifice, ou sur une pierre placée à l'entrée de rétablissement, indiquant que tel avait bâti ces bains, tel autre avait fourni le bois, tel autre enfin avait payé les gages des serviteurs.

Quand des personnages faisaient don aux établissements d'objets quelconques, de sièges, d'appareils, ceux-ci rappelaient le nom du donateur. On a découvert à Pompéiun brasier et des bancs en bronze, sur lesquels était gravé le nom de celui qui en avait fait présent (fîg. 19).

Le bain constituait une des occupations favorites des Romains. De grand matin, le citoyen de Rome se rendait au temple, aux palais des grands, au forum, chez ses amis, dans tous les endroits, en un mot, où l'appelaient l'ambition^, l'intérêt, les liaisons du sang ou de l'amitié. La seconde moitié de la journée était consacrée à entretenir les forces du corps et à augmenter les ressources de l'esprit (1).

(1) Pour la journée d'un citoyen romain, v. le Magasin pittoresque, 1841, p. 58 et suiv.

Le citoyen se dédoublait ainsi en deux personnages : le premier, rapportant tout au bien public ou à celui de sa famille; le second, plus exclusivement préoccupé de sa guenille et de ses plaisirs. Mais il y avait aussi, en ce temps comme de nos jours, les laborieux, dont certains poussaient le travail au delà des bornes ordinaires.

Chacun réglait sa vie selon ses besoins ou son tempérament.

Les Romains étaient, pour la plupart, passionnés d'exercices physiques et de bains, plus évidemment pour la jouissance qu'ils en retiraient que pour la conservation de leur santé. Nos cercles dans les grandes villes, et nos cafés dans les petites localités, sont les seuls établissements, aujourd'hui, qui peuvent nous donner l'idée de ce qu'étaient les bains chez les Romains.

On se rendait aux bains pour se baigner, mais plus encore pour se réunir, pour connaître les nouvelles du jour, pour parler de ses affaires et de ses plaisirs.

Les Romains usaient du bain comme nous usons de la promenade, dans un but de délassement et de bien-être : « c'était, dit Martial, l'occupation de toute heure et de tout instant. »

On se baignait le matin et on retournait le soir aux bains, à la sortie des palestres.

On se baignait avant le principal repas ; on se

baignait encore, quand il s'agissait de prendre quelque détermination importante.

Les Grecs faisaient, eux aussi, précéder d'un bain toute grande entreprise exigeant du sang-froid et de l'énergie : Alceste va se baigner avant de se livrer à la mort qui doit sauver son époux ; Socrate se fait mettre au bain, avant de boire la ciguë.

Le bain était^ à Rome, une nécessité de propreté, car le linge de corps n'étant pas encore connu, l'amplitude de la toge donnait un accès facile à la poussière. [1 y avait cependant des hommes d'une certaine situation sociale qui ne prenaient pas de bains : Horace était de ceux-là. « La mode ni les bienséances ne me gênent point, écrit-il quelque part, je vais tout seul où il me prend envie d'aller ; je passe quelquefois par la halle, où je m'informe de ce que coûtent le blé et les légumes. Je me promène vers le soir dans le cirque et dans la grande place et je m'arrête à écouter une diseuse de bonne aventure, qui débite ses visions aux curieux de l'avenir. De là, je viens chez moi, je fais un souper frugal, après lequel je me couche et dors sans aucune inquiétude du lendemain. Je demeure au lit jusqu'à la quatrième heure du jour (c'est-à-dire jusqu'à dix heures) »

Le programme de la journée est bien rempli, mais il n'y est pas fait la moindre allusion aux soins de propreté. Horace ne sacrifiait pas à la mode.

Vers trois heures de raprès-midi (1), chacun s'empressait vers les thermes, où le son d'une clochette les appelait ; on savait que les retardataires couraient risque de ne se baigner qu'à l'eau froide et cette appréhension stimulait leur naturelle indolence. On ne s'abstenait du bain que par paresse ou par nonchalance, à moins qu'on ne fût en deuil : le deuil public, comme le deuil privé, entraînait l'abstention des bains.

Au temps de la République, alors que chacun vivait dans ses terres, et n'interrompait les travaux agricoles que lorsqu'une fête ou un marché l'appelait à la ville, les particuliers se contentaient d'un simple lavage des bras et des jambes, le soir, en rentrant de sa besogne. Tous les neuf jours seulement, on prenait un bain entier, quand on venait à la cité, pour assister aux foires, ou pour prendre part aux assemblées où se réglaient les ailaires du gouvernement.

On ne connaissait alors que les bains de fleuve ou de rivière. On se rendait au Tibre (2), quand on

(1) L'heure consacrée pour le bain était la 8« ou la 9* heure. La 8* heure correspondait à 2 h. .31 en été, 1 h. 29 en hiver ; la 9" heure était, d'après des évaluations rigoureuses, 3 h. 46 m. 30 s. en été, 2 h. 13 m. 30 s. en hiver.

(2) Sénèque se vantait de s'être plongé, en plein hiver, le jour du 1" janvier, dans l'eau très froide de lAqua Virgo (l'eau

allait à Rome ; siaon, au ruisseau le plus voisin de la campagne que Ton habitait. Dion rapporte, dans la Vie d'Auguste, que Mécénas fut le premier à établir des bains à Rome. Ce doit être une erreur, car on avait, avant lui, des bains publics : Sénèquele dit positivement, Gicéron le marque avec autant de précision dans son oraison pour Gœlius.

Les premiers bains publics furent alimentés exclusivement d'eau froide; ils étaient en très petit nombre et dépourvus de tout confortable. Lorsque le bain eut pénétré dans les habitudes, les thermes se multiplièrent. Il nous paraît superllu de décrire à nouveau la disposition des salles où s'accomplissaient les divers actes, nous allions dire les divers rites du bain. Les thermes ne différaient pas sur ce point, aux proportions près, des chambres de bains privées. On y retrouve la même ordonnance, la même succession de pièces, le même système de chauffage.

L'installation du chauffage était l'objet de soins tout particuliers, en raison de son importance, et les architectes y épuisaient leur talent.

Quant à Téclairage, il se faisait àTaide de grandes baies, dont la disposition permettait aux rayons du soleil de pénétrer : il y avait une installation spéciale

Vierge); mais à mesure qu'il avança en âge, il dut prendre plus de précautions : il se contenta de l'eau du Tibre, et fînalen^ent prit ses bains dans une baignoire chauffée au soleil.

pour les bains de soleil : les Romains qui ont encore emprunté cette pratique aux Grecs, les prenaient, se tenant assis sur les toits de leurs maisons ; ou bien nus, sur les terrasses, dont celles-ci étaient parfois couvertes, s'exposant au soleil après avoir été oints.

FIG. î9. — BRASERO RETROUVÉ A POMPÉI.

(Musée de Naples.)

Les bains de soleil ou de sable furent très en faveur à Rome.

La nuit, les bains étaient éclairés par des lampes: lors des fouilles de Pompéi, on ne trouva pas moins de 1.3^8 lampes à une seule mèche, et une à sept mèches ; la plupart étaient encore noircies par la fumée. Une vitre épaisse empochait la* lumière

d'être obscurcie par la buée vaporeuse, quand la cbambre en était remplie.

Ce n'était qu'exceptionnellement que les bains restaient ouverts la nuit.

La loi assignait pour le bairi des femmes l'intervalle qui court du lever du soleil à la septième heure et, pour les hommes, celui de l'heure huitième jusqu'à la seconde heure de nuit. Alexandre Sévère institua expressément des fonds pour les dépenses d'éclairage, ce qui permit de prendre le bain la nuit. Les bains étaient le plus souvent fermés à la chute du jour, dans la crainte que l'obscurité n'y favorisât quelque sédition.

Ils s'ouvraient, en général, à une ou deux heures de l'après-midi, afin de permettre aux lutteurs et aux gymnastes de se nettoyer après leurs exercices, et de prendre du repos pour réparer leurs forces.

Au temps du christianisme naissant, les bains du dimanche et des jours fériés n'étaient pas permis dans la matinée, afin de ne pas nuire aux offices sacrés.

Les prisonniers y étaient conduits le matin avec une escorte suffisante. Dans les deuxième et troisième siècles, les chrétiens, qui n'avaient pas de temples, se rassemblaient dans les établissements de bains et y célébraient la Pâque.

L'horloge (4j extérieure prévenait les baigneurs de l'ouverture de rétablissement. On se servait aussi, mais seulement dans les maisons de second ordre, d'une cloche ou disque métallique, sorte de gong, sur lequel on frappait, pour appeler les baigneurs. Ailleurs, une clochette (iiniinnabuliim ou ses thermarum) prévenait les habitants que le bain était prêt.

Les thermes dus à l'industrie privée étaient fréquentés par une clientèle plus aisée que celle des thermes publics ; dans ces derniers, on ne percevait qu'une très légère redevance : le quart d'une obole, une ou deux oboles au maximum ; le droit était un peu plus élevé pour les étrangers et pour les femmes.

Dans l'ancienne Rome, la taxe des baigneurs était perçue de deux façons dilFérentes : ou la ville affermait l'exploitation des établissements, moyennant

(1) Bien que le peuple romain fût déjà parvenu à un certain degré de civilisation, il conserva longtemps le système primitif de la division de la journée en heures, dont la durée variait avec les saisons et ne concordait avec celle de nos heures qu'aux deux équinoxes. Les divisions du jour et de la nuit usitées chez les anciens Romains étaient basées sur le lever, le milieu du jour, le coucher du soleil, le nombre de torches brûlées, le chant du coq. Il y eut cependant une grande variété de cadrans solaires ; un grand nombre se trouvait sur les murs des édifices, sur les colonnes dressées sur des places, ou même supportées par les bras d'une statue. Comme, malgré la justesse des nouveaux cadrans, les nuages les rendaient souvent inutiles, le censeur Scipio Nasica réalisa un véritable progrès, en consacrant un monument sur lequel se trouvait une horloge à eau, la première qui ait indiqué les heures de jour et de nuit de môme durée.

une somme fixe versée par les fermiers à la caisse municipale, avec faculté pour ceux-ci de prélever sur chaque baigneur une somme déterminée par le bail ; ou bien, la ville exploitait elle-même les bains, par l'intermédiaire des esclaves publics, ou d'intendants spéciaux. Le droit ainsi perçu se nommait balneaticum.

Le prix d'entrée au bain était un peu plus élevé pour les femmes que pour les hommes : en Lusitanie, les hommes payaient un demi-as, les femmes, un as. Les bains à cabinets particuliers, dont il sera question plus loin, coûtaient beaucoup plus cher.

Au temps de Dioclétien, le capsarius et le balneator percevaient, par baigneur, deux deniers de l'époque, soit environ 0 fr. 25 de notre monnaie^.

C'est Antonin le Pieux qui, dit-on, créa les premiers bains gratuits pour le peuple. Au temps de Juvénal, seuls, les enfants au-dessous de quatre ans ne payaient pas.

Le bain gratuit était une de ces largesses que l'on faisait au peuple, à l'occasion de réjouissances, et qu'on supprimait, ainsi que le plaisir des spectacles, quand se déclarait une calamité ou un malheur publics.

Chacun portait généralement avec soi les ingrédients qui tenaient lieu de savon ; le plus souvent, un 'esclave accompagnait son maître, et c'était lui qu'on chargeait de tout l'attirail.

Un nécessaire de bain complet comprenait quatre strigiles, une fiole d'huile ou ampulla^ plus une écuelle plate à tige, dont on ignore la destination, le tout réuni par un anneau. Parfois il s'y ajoutait une boite d'onguent, un peigne et une aiguille. Les malades seuls employaient Téponge.

Une poignée s'adaptait au strigile, dont la lame de bronze était canaliculée, afin de permettre le libre écoulement de l'eau ou de la sueur que l'instrument faisait rendre à la peau. On mettait un peu d'huile sur le strigile, avant de s'en servir, pour ne pas écorcher la peau par le contact direct du métal.

Les strigiles f'taient le plus souvent à manche de fer. Chaque baigneur avait son strigile et il fallait qu'un individu fût tout à fait misérable pour ne pas posséder le sien. On conte qu'un empereur romain, qui aimait à se mêler au peuple, aperçut un jour un vieux soldat qui, en guise de strigile, se frottait le dos contre le mur ; non seulement il lui fit cadeau de son instrument en or, mais il tint à l'étriller lui-même. Le lendemain, il fut assailli par une foule de loqueteux, auxquels il se contenta de faire distribuer des étrilles... qui n'étaient pas 'en or.

Les édilsdes princes ne désignent rien de particulier en fait d'ustensiles de bains, sinon le miroir, à

l'usage presque exclusif des femmes : c'était soit une plaque de verre, soit un disque de métal poli.

Les efféminés avaient des balnearia pour les jours ouvrables : le mot balnearia servait pour exprimer collectivement tous les ustensiles, vases et objets qu'on employait dans un bain, tels que Jes strigiles, rhuile, les parfums, les serviettes, etc. (1).

Il existait autrefois à Rome un usage qui consistait à établir, par le vêtement, une distinction entre chaque ordre de personnes. Ainsi les enfants portaient la robe prétexte; les hommes faits, la toge ; les soldats, la saie, etc. Un costume spécial se portait au forum ; un autre, à la ville ; un troisième à la maison, A la campagne, on ne s'habillait pas pour le bain, comme à la ville. Pendant l'été, le vêtement balnéaire était une espèce de manteau. Après le bain, le corps était enveloppé d'une couverture de laine, essuyé avec des draps de lin ou de ilns tissus.

Les convives se rendaient à la salle du festin à la sortie du bain, revêtus d'une robe qui ne servait que dans cette circonstance {vesiis irîclinaria, cœnaioria ou convivialis).

Cette robe était le plus souvent blanche, surtout dans les jours de quelque solennité ; et c'était une

(1) Ricii, Dict. des antiquités romaines et grecques.

infraction punissable, que de se présenter revêtu d'une autre façon dans le tricliniiim ; même quand le repas se donnait à Toccasion d'une cérémonie funéraire, il était de mauvais goût de revêtir un habit noir pour se mettre à table.

Avant de prendre place sur les lits, des esclaves venaient laver ou parfumer les pieds des convives : c'était pour éviter de salir les étoffes, plus ou moins précieuses, qui recouvraient les sièges.

Nous avons dit, plus haut, quelques mots des délits qui se commettaient dans les établissements de bains ou autour d'eux : par exemple, la conduite illégale d'une certaine quantité d'eau. Ceux qui s'en rendaient coupables, qui arrosaient la campagne avec de l'eau publique sans autorisation, ou qui employaient des tuyaux plus larges que ne le comportait la concession, perdaient leur privilège, et, pour chaque quantité prise en trop, encouraient une condamnation.

Plus fréquents que les soustractions d'eau étaient les vols de vêtements. 11 y avait des gardiens [capsaril) spécialement préposés à la surveillance intérieure des thermes. Les capsarii (\) avaient pour juge

(1) De capsa, armoire à conserver les objets précieux. Les gardiens des eaux sont parfois nommés hydrophylaques^ scaphigéruleg ou acrjuigérules.

spécial le préfet des veilleurs, ou chef des gardes de nuit, appelé à régler toutes les difficultés qui surgissaient à propos de la garde des vêtements.

Le même magistrat était chargé de la poursuite des voleurs dans les bains : en sa qualité de veilleur de nuit, tout ce qui se passait dans les ténèbreis était de son ressort ; l'obscurité fut, de tout temps, la complice des filous.

Les voleurs (1) avaient recours à toutes sortes d'artifices ; c'est à grand'peine qu'on déjouait leur habileté, d'autant que les capsarii^ achetés, corrompus par eux, touchaient leur part du butin (2).

Chez les Grecs (3), un vol balnéaire commis par un esclave était puni de mort ; pour toute autre personne, s'il était commis dans une maison particulière, la punition était double que pour un vol ordinaire.

(1) On désignait sous le nom de balnearius, sous-entendu fur (voleur), l'ijidividu qui faisait métier d'aller voler, dans les bains publics, les vêtements des pauvres gens qui n'avaient pas d'esclave à eux pour les garder, pendant qu'ils prenaient le bain.

(2) Cf. Mœurs juridiques et judiciaires de l'ancienne Rome, par Henriot, t. II, p. 131 etsuiv.

(3) Sans remonter aux mendiants dont parle VOdyssée, il se trouva, à toutes les époques, à Athènes même, des nécessiteux n'ayant d'autre moyen d'existence que la mendicité. Ce sont ces mendiants qu'Aristophane nous représente allant se chauffer dans les forges et les hains publics (Aristophane, Acharniens ; Plutus, V. 536: cités par L. Lallemand, Histoire de la Charité, t. I, 76; V. également Ed. Fournier, le Vieux-neuf, t. II, p. 57, d'après Aristophane, trad. Artaud, in-18, pp. 529 et 542).

Les lois romaines adoucirent cette sévérité et ne dépassèrent pas la peine de la relégation. Relativement aux larcins commis dans les bains, la loi romaine établissait trois catégories, à chacune desquelles on appliquait une peine particulière, selon que le vol avait été teommis le jour ou la nuit.

Aux voleurs de jour était réservée la punition ordinairement appliquée aux voleurs quelconques (1).

Le préfet des veilleurs de nuit prenait la cause en main: c'était à lui qiie les plaintes étaient adressées.

On ne disjoignait pas de ses fonctions les vols nocturnes et les vols diurnes, les premiers étant les plus fréquents. La raison qui faisait attribuer à ce fonctionnaire la connaissance et la poursuite de ces différents délits, c'est qu'il avait sous sa surveillance les capsarii, et que ceux-ci étaient fréquemment impliqués dans l'affaire, soit pour avoir fait preuve de négligence, soit à titre de complice.

Les pénalités différaient selon la qualité des personnes : si elles étaient de basse condition, on les condamnait à l'amende pécuniaire ; étaient-elles d'une classe plus élevée, on les condamnait à l'exil par re-

(1) Lorsque le vol était commis de jour, son auteur, s'il se laissait prendre en flagrant délit, et s'il était de condition libre, devait être fustigé et devenait l'esclave du propriétaire lésé. S'il était de condition servile, on pouvait, après la fustigation, le précipiter du haut du Gapitole (Aulu-Gelle, II, 18).

légation ; si c'étaient des militaires, on les renvoyait de l'armée.

Si le vol avait été commis sans violence, par effraction simple, ou par la menace d'une arme qui n'avait pas été effectivement employée et n'avait pas blessé, la punition était soit une amende pécuniaire, soit la relégation, suivant la qualité de la personne.

Si la violence avait été employée, s'il y avait eu coups, blessures, ce n'était plus un simple délit, c'était un crime, dont le jugement était réservé au peuple, d'après les lois Cornelia et Julia.

Dans le principe, les bains servaient aux deux sexes ; d'après Dion Cassius, Agrippa (721 de Rome) aurait introduit le premier à Rome des bains pour hommes et femmes, et c'est de là que ces bains communs se seraient introduits en Grèce, au dire de Plutarque.

11 fut un temps où le mélange des sexes ne passait pas encore pour un attentat à la décence. Un miroir gravé, attribuée un artiste grec, nous représente deux femmes nues, dont l'une répand sur la chevelure de l'autre de l'eau renfermée dans un vase. A leur côté, un jeune homme, également nu, assiste indifférent à la scène, tenant d'une main un flacon à parfums ; tandis qu'il s'apprête, de l'autre main, à

frictionner, avec le strigile, la jeune femme qui reçoit de sa compagne la douche salutaire.

Dans les temps austères de la République romaine, le bain fut entouré de toutes les précautions de pudeur et de mystère : non seulement les sexes, mais encore les âges furent séparés ; un père ne se baignait pas avec son fils pubère, ni un gendre avec son beau-père.

Dans les petites villes, les mêmes chambres servaient aux deux sexes ; mais hommes et femmes se rendaient à rétablissement à des heures différentes.

Le service était fait par des hommes ou par des femmes, selon que le bain recevait exclusivement les uns ou les autres. Gicéron raconte que la femme d'un consul avait manifesté le désir de se baigner dans les bains destinés aux hommes. Le questeur fit aussitôt sortir des bains tous ceux qui s'y trouvaient, et, après quelques moments d'attente, la femme du consul put se baigner.

Plus tard, la licence régna. Autour des bains on vit grouiller une population de prostituées, le visage enduit de fard, laissant après elles un relent de parfums, de boissons et de médicaments, et qui s'obstinaient à poursuivre le passant, en dépit de la chasse que leur faisaient donner les édiles.

Leurs visites coutumières dans les bains leur avaient fait donner le nom spécial de hiistunriœ \

leur apparition était un signal: le baigneur ouvrait les cellules et éteignait les lampes (1).

On n'attendait pas toujours les busluarise pour mener Porgie à ses derniers excès. Souvent chaque convive amenait avec soi une compagne ou s'arrangeait de telle façon qu'il pût la retrouver au bain quand commençait le repas ; c'était le lieu le plus commode pour les rendez- vous galants. On avait la ressource, quand on y venait seul, de recourir aux servantes de l'établissement, toujours disposées à rendre le faible service qu'on réclamait de leur complaisance.

Les garçons de bains {acquarioU) ('2) favorisaient le marchandage ; ils procuraient aux filles les clients qui recouraient à leurs bons offices.

Le patron de l'établissement participait à cet ignoble trafic. Tout ce peuple de souteneurs et de filles se livrait, dans l'intérieur des thermes, à de véritables saturnales.

(1) Fr. Michel et Ed. Fournier, Hist. des hôtelleries, etc., t. I, ( 1854), pp. 79, 80.

(2) Orvappelait aquarii des fontainiers, employés au service des eaux dans les maisons ou les domaines de riches particuliers. OnT désignait encore sous le nom à.' aquarii les hommes qu'on chargeait d'apporter l'eau nécessaire aux soldats. Mais les aquarii ou aquarioli étaient des hommes de condition infime et décriée, la plupart affranchis, qui portaient dans les maisons l'eau nécessaire à la cuisine, aux bains, etc., et qui en profitaient le plus souvent pour faire le métier d'entremetteurs. [DicL des Antiquités, de Daremberg et Saglio, arl. Aquarii.)

Il fut, un temps, de mode d'y venir souper. Galigula, Tun des premiers, avait donné le ton : tout couvert de parfums, le corps ruisselant de liquides odoriférants, il passait du bain à la table, frais et dispos pour la débauche.

L'usage de ces soupers au bain ne fit que se propager : c'est dans un de ces soupers que Garacalla fît massacrer, à table même, Sàmmonicus Serenus et quelques autres partisans de son frère Geta.

A Torigine, les bains étaient si sombres, qu'hommes et femmes pouvaient se laver côte à côte, sans se reconnaître autrement que par la voix ; mais bientôt on laissa la lumière du jour y pénétrer de toutes parts et se jouer sur les colonnes de marbre et les parois de stuc.

Les chambres où l'on étalait sa nudité devinrent ainsi accessibles à la vue des passants et se transformèrent en véritables maisons publiques, meublées avec le dernier luxe ; il était défendu de les ouvrir plus d'une heure avant les autres maisons.

Il en était des bains publics comme des lupanars (1). Leur organisation intérieure variait suivant

(1) Martial parle d'un certain Blattara, qui a intérêt à éviter tous les lieux consacrés à la débauche, parce qu'il serait impuissant à donner les preuves qu'on lui demanderait de sa

l'espèce de public qui les fréquentait. Les lupanars seuls restaieiit ouverts toute la nuit.

Nous avons dit que c'était Tempereur Alexandre Sévère qui avait autorisé l'ouverture des établissements de bains la nuit ; mais déjà, un siècle et demi auparavant, sous Domitien, ces établissements recevaient clandestinement, aux heures nocturnes, de vieux débauchés, qui venaient s'y rencontrer avec des jeunes filles amenées là par des entremetteuses. Ce ne fut que vers l'an 280 que les bains publics furent fermés définitivement la nuit.

Quoique les bains dussent être fermés à la chute du jour, ils restaient ouverts en cachette pour certains privilégiés: alors que tout était sombre au dehors, tout était éclairé à l'intérieur, et les bains, les soupers, s'y succédaient sans trêve. Les établissevirilité. Le poète place, en première ligne, les bains parmi les endroits mal famés :

Omnia feminœis quare dilecta calervis

Balnea deviîat Blattara ? — Ne futiiat.

Car sic femini generis conîagia vitel, Car lingil cunnuni Blattara ? Ne futuat.

(Martial, liv. XI, épig. 47.)

Cet autre passage (I'Ammien Marcellîn nous autorise à comparer les thermes à des maisons de prostitution. Il s'agit des jeunes débauchés de la cour de Domitien.

« Ils envahissent les bains en criant : Où sont-elles ? Et s'ils rencontrent alors quelque vieille prostituée fatiguée par la plèbe des faubourgs, quelque louve d'un lupanar en vogue, ils se précipitent sur elle en lui prodiguant les plus sales caresses, et la traitent comme firent les Parthes avec Sémiramis.

ments étaient disposés de manière que Ton pût y donner des festins, qui duraient presque tout l'aprèsmidi et se prolongeaient fort avant dans la nuit.

Néron recherchait beaucoup ces sortes de plaisirs : à plusieurs reprises, il quittait la table pour prendre des bains chauds en hiver, rafraîchis (1) avec de la neige en été. Malgré sa grande habitude de Teau glacée, intus et extra^ Néron faillit perdre la vie, probablement à la suite des fatigues et des excès d'une orgie, dans cette eau Marcia, que Pline disait si salutaire.

Il y avait, dans les thermes privés, un grand nombre de salles où l'on se faisait servir à boire et à manger; des cellules, où Ton trouvait des lits de repos et où l'on pouvait se livrer à d'autres divertissements moins innocents.

Chose incroyable et qui montre le manque de décence, l'absence complète de sens moral qui se dévoile à chaque pas, au fur et à mesure qu'on pénètre plus avant dans la civilisation romaine, on

(1) Pour avoir plus froide l'eau qu'on lui servait, il avait imaginé (son idée a été depuis exploitée par les glaciers) de faire bouillir de l'eau, de la mettre ensuite dans du verre, et de la rafraîchir dans la neige, se donnant ainsi l'agrément de boire frais, sans redouter les inconvénients de l'eau de neige, alors à la mode. (Pline, Histoire nalurelle, liv. XXI, 23) ; ou bien, il faisait, au dire de Suétone {Néron, ch. XXVII), remplir ses bains d'eau à la neige, par une recherche de cette volupté du froid(uo/ap/a«/r/gror/s) dont parle Pline, et que connaissent bien les amateurs du bain froid.

avait établi, dans les bâtiments qui entouraient les établissements de bains, de vastes salles, appelées nymphœa, dans lesquelles venaient s'ébattre, au sortir du sacrarium, les jeunes époux qui n'avaient pas dans leur demeure de salles assez vastes pour y recevoir leurs parents et amis. Ainsi, c'est tout près d'un lieu réprouvé, dans les salles mêmes qui en dépendent, qu'un époux célébrant son union conduit sa jeune femme ; c'est tout près des lieux où Torgie bat son plein, que l'on va fêter son hymen ; c'est au nymphœum que la chaste épouse va faire son apprentissage conjugal !

Ces nymphœa étaient des « salles fort amples et spacieuses... soutenues de colonnes ou piliers... et accompagnées de cuisines et chambres à mettre les manteaux,les plats, lesassiettes et autres ustensilesde cuisine et de ménage... Elles se nommaient /îf/mptea, d'autant que les Grecs appelaient Tépouse nymphe».

DelaRome païenne les ai [/mpAâ^a devaient être, plus tard, transportés dans la Gonstantinople chrétienne ; la police qui les régissait à Rome et était chargée de veiller à ce qu'il n'y eut pas de rixe, les y avait suivis. Le Gode Théodosien en fera mention et réglera ce qu'il convient de faire, quels officiers publics il faut envoyer, quand il y a trop grande affluence dans les nymphœa, comme dans les bains (1).

(1) Histoire des hôtelleries et cabarets, auct. cit., p. 81.

LA VIE AUX BAINS m

A Rome, l'édile n'avait rien à voir dans l'intérieur des établissements balnéaires, si personne ne se plaignait : les bains étaient des lieux d'asile inviolables.

C'est là, dit Ovide, que se cachaient en sûreté les maris de contrebande. « Tandis que, au dehors, le gardien de la jeune fille veille sur ses habits, les bains cachent sûrement ses amours furtives. »

Pour la plupart des femmes qui y fréquentaient, c'était un abri tutélaire, où elles pouvaient sans danger satisfaire leurs désirs ; pour les autres, c'était un marché perpétuel, où les agents de la prostitution trouvaient toujours à acheter ou à vendre.

Plus tard, on se montrera plus sévère. Si une femme est trouvée aux bains avec des hommes pour cause de libertinage, si un homme est surpris dans les mêmes conditions, c'est, d'après la loi de Justinien et de Théodose, une cause de divorce de part et d'autre.

Celui des deux époux qui était trouvé en faute, perdait sa part des profits faits pendant le mariage : ils étaient dévolus à l'autre conjoint.'

Chez les Grecs, la loi disait : « une femme est coupable si, à l'insu de son mari, elle festine ou se baigne avec des étrangers ». La femme était excusable, si l'époux avait consenti au bain commun.

Juvénal nous fait assister à une scène qui nous dévoile tout un coin de la vie antique.

Une femme se rend aux thermes, la nuit, accompagnée de son cortège d'esclaves, portant les vases et les parfums. Avant de prendre le bain, elle se livre à un exercice qui a pour but de provoquer la sueur : elle soulève des masses pesantes, des boulets de fer réunis par une tige de même métal, analogues à nos haltères (1).

La matrone se montre bientôt lasse de ce jeu ; alors elle s'abandonne aux frotteurs,qui lui font subir divers attouchements, jusqu'à ce que, épuisée, elle demande grâce. Après ces émotions, la dame rentre au logis, où l'attendent ses convives affamés. Elle engloutit du vin en si grande quantité, qu'elle le rejette aussitôt, et son appétit augmente en raison de ces évacuations (2).

(1) Il y en avait de toute taille, de tout poids, suivant l'âge et la force du sujet, et cet instrument, que l'habitude faisait paraître moins lourd, contribuait beaucoup à développer les muscles.

(2) L'usage des vomitifs après le repas n'était pas, au dire de Friedlander, une preuve irrécusable d'intempérance ou d'ivrognerie. De ce que César, qui n'était rien moins qu'intempérant, prit une fois un vomitif, après un repas copieux chez Cicéron,sans que celui-ci, mentionnant le fait, ait l'air d'en avoir été choqué le moins du monde, il ne s'ensuit pas que l'on puisse dire qu'une gloutonnerie bestiale était alors devenue si commune, que personne ne songeait à s'en formaliser ; il faut plutôt en conclure qu'un remède employé de nos jours en cas / de maladie seulement, était, dans ce temps-là, réputé purement diététique et avait passé en usage comme tel.

Bien qu'habitué à ce spectacle, Tépoux ne peut retenir un haut-le-cœur. [l se couvre les yeux, pour ne pas en être plus longtemps le témoin, et se retient de laisser éclater son indignation.

N'est-ce pas là un tableau achevé des mœurs de l'ancienne Rome ? Mais nous n'aurons pas réussi, nous le craignons, à rendre toute la vigueur du texte original.

Du jour où les Romaines vicieuses amenèrent leurs esclaves aux bains, pour se faire servir par eux, les baigneurs réclamèrent à leur tour des femmes pour remplacer les masseurs : celles-ci, très expertes, à ce qu'on assure, « promenaient sur le tronc et les membres leur main agile (1) ».

Aux thermes se rendirent aussi les adeptes de la Lesbienne Sapho (2) ; mais il ne semble pas que ce vice fût encore très répandu.

Les plus raffinées se faisaient épiler, au moyen de petites pinces (volsellaj, les poils malencontreux ou le poil follet des bras, des jambes, de la figure et d'autres parties moins visibles du corps. Aux femmes on épilait surtout les aisselles.

I Percurrit agili corpus arte tracfatrix

Manumque doclam spargit omnibus memhris.

L'épigramme est adressée h un certain Zoïle, dont le nom revient souvent dans le livre de Martial. (2) JuvÉNAL, satire XI.

Les substances les plus employées dans ce but étaient la poix, les résines, et certains onguents épilatoires : la pâte bleue, la pâte de salamandre, le dropax, le psiloihrum, sorte de pierre ponce, qui, en même temps qu'elle enlevait le poil, adoucissait la peau.

Avec les pâtes, on obtenait le même résultat qu'avec la pince, mais leur action était moins brutale que celle de l'instrument (1).

L'avulsion était néanmoins plus employée que l'autre mode d'épilation; cette avulsion devait se faire poil à poil, ou deux ou trois poils ensemble au plus, si l'on voulait éviter une douleur trop vive ; en outre, les mâchoires de la pince employée étaient fort étroites, comme celles qui servent, aujourd'hui encore, au même usage.

L'épilation était la moindre des fantaisies que se permettaient les Romaines, à l'époque impériale (2).

(1) Les instruments épilatoires chez les Romains^ etc., par D.A. Van Bastelaere, président de la Société d'archéologie de Charleroi.

(2) Sur la coutume de s'épiier, chez les Grecs, v. Aristophane, Lysistrata; Athénée, etc. Nous la retrouvons, venant d'Italie en France, sous Louis XII et sous François 1" • hommes ou femmes se faisaient raser tout le poil du corps, ainsi qu'en témoigne un rondeau de Marot (cf. Ed. Fournier, Hist. des Enseignes, p. 156). La mode s'en était probablement perdue au temps de Brantôme, qui en eût certainement parlé dans ses Dames galantes, discours II, art. III. Cette coutume antique avait néanmoins persisté, chez les femmes, dans certaines populations slaves (Serbo-croates, Bosniaques, Polo-

Certaines matrones ne consentaient à se baigner que dans des bassins faits avec les matières les plus précieuses. Elles dédaignaient les baignoires qui n'étaient pas d'argent.

Elles se faisaient préparer des bains de vin (1), qu'on parfumait avec des roses et autres plantes odoriférantes. Poppée, femme de Néron, prenait des bains de lait d'ânesse, afin de conserver la blancheur de sa peau et en effacer les rides. Héliogabale affectionnait un mélange de roses et d'absinthe. D'autres fois, il lui prit fantaisie défaire jeter dans les réser-

naises,etc.), et chez les Musulmanes des Balkans, de la Russie (Intermédiaire des chercheurs, 20 janvier 1904). Elle était encore suivie, il y a quelques années, en Chine et en Amérique {Intermédiaire, 20 février 1904), et peut-être de nos jours encore, par les dames de l'aristocratie sicilienne, à Palerme et à Messine notamment. Ce serait, croit-on, un souvenir de la domination .sarrasine (Intermédiaire, 10 juillet 1890). Nous avons parlé ailleurs du duc d'Orléans, petit-fds du régent, qui se faisait entièrement épiler avant d'entrer dans le lit de Mme de Montespan ; mais c'était là pur caprice d'un voluptueux, bien que les Concourt prétendent que ce fût alors l'habitude « dans le grand, très grand monde » ; et ajoutent-ils, comme peu sûrs du fait, « peut-être seulement chez les princes. «

(1) Bascuet, dans son Elude sur Rubens {Gazelle des Beaux- Arts, t. XX, l'^mai ISfiOi, rapporte que l'artiste emmena en Espagne des chevaux de Mantoue. Leur dépense durant la route fut considérable : on ne leur ménagea ni les bains de vin, ni autres soins non moins coûteux. (Cf. Les Chasses de François /", par le comte Hector de La Ferrièbe, p. 93, n.)

llfi MOEURS INTIMES DU PASSÉ

voirs les parfums et les essences les plus rares.

Lampridius, qui nous révèle ce détail, nous fait connaître des particularités bien autrement suggestives. Héliogabale, qui relève à tant d'égards de la pathologie mentale, prenait plaisir à faire attacher ses parasites à une roue qui, plongeant en partie dans l'eau, les faisait tour à tour monter et descendre : il appelait les martyrs de son caprice ses chers Ixions. Cette sorte de bain intermittent avait le don de mettre en joie ce dément couronné.

On sait que le même Héliogabale eut un jour l'idée, pour le moins fantasque, de faire dresser, par un fonctionnaire à sa solde, une liste, aussi complète qu'il fût possible, de tous ceux de ses sujets qui étaient atteints de hernie, et il leur enjoignit de venir prendre un bain avec lui. C'eût été, dit spirituellement notre confrère Rouyer, une belle occasion de dresser un tableau statistique pour l'histoire des hernies — travail qui ne devait être fait que seize siècles plus tard.

C'est encore Héliogabale qui réunissait dans ses bains toutes les courtisanes d'un quartier de Rome, se baignait avec elles, les épilait, les parfumait, et 'recueillait avec soin, pour son usage particulier, les pâtes cosmétiques qui avaient servi à ces prostituées. Domitien aimait également se baigner avec les courtisanes et à les épiler lui-même.

Quant à Tibère, il avait une préférence pour les

petits garçons : dans sa retraite de Gaprée, il avait imaginé, « pour se distraire », de se baigner avec de jeunes enfants, qui nageaient et plongeaient dans sa baignoire; il les nommait ses petits poissons (1).

De pareils excès portèrent une égale atteinte à la morale et à la santé publiques : les bains, au dire de Pline, amenèrent la décadence de l'empire.

L'empereur Justinien, soucieux de réformer les mœurs, s'était employé, partons les moyens en son pouvoir, à guérir les plaies de la prostitution ; il s'attacha à faire rigoureusement observer l'ancienne législation sur les bains publics, et il y ajoula des prescriptions nouvelles : non seulement la séparation des sexes fut maintenue dans les établissements publics, mais on veilla à ce que la même séparation existât dans les bains particuliers : il fut expressément défendu aux hommes et aux femmes de se baigner de compagnie ; le mari seul était autorisé à prendre le bain avec sa femme, mais celle-ci ne pouvait se baigner avec d'autres hommes, ni même avec des enfants, sous peine de se voir répudiée et privée de son douaire.

Quant aux hommes que l'on trouvait se baignant

(1) « Quos pisciculos vocabat, ut natanti sibi inter femina versarentur, ac luderent, lingua morsusque âensim appétentes. » Suétone, Tibère^ XLIV.

avec des femmes autres que leur légitime épouse, ils étaient punis par la perte de toutes les donations qu'ils pouvaient attendre de leurs femmes (1).

Les Romains eurent toujours de la répugnance à se baigner avec les habitants de l'Afrique, réputés pour la saleté huileuse de leur épiderme.

On écartait avec soin les lépreux, et tous ceux qui étaient atteints de maladies contagieuses, parce que, dans les bains, les maladies se transmettent avec beaucoup plus de facilité, en raison de l'ouverture des pores de la peau, sous l'influence de la température élevée de l'eau.

D'après les édits impériaux, les Juifs étaient exclus des bains ; et le droit canonique défendait aux chrétiens de se baigner avec eux (2) ; faisaient-ils infraction à cette prescription, s'ils étaient laïques, ils étaient excommuniés; s'ils étaient clercs, dégradés.

Les excommuniés n'étaient pas repoussés, parce que le droit de se baigner ne dépend pas seulement du droit de cité, mais du droit de nationalité, qui n'était pas enlevé à un excommunié. Néanmoins, il était sage d'éviter leur société dans les bains : Polycarpe, de Smyrne, ayant aperçu dans un bain d'Ephèse Cérinthe Pexcommunié, sortit sur-le-chanip, et sa

(1) CoD. JusT., De repiid., I, 1, et nov. 22, De niipt.

(2) Encore en 1716, le règlement des bains de Téruel, en Espagne, assigne aux hommes et aux femmes des jours distincts, et réserve un jour de la semaine pour les Juifs et les Sarrasins,

retraite fut le signal de la ruine immédiate de l'établissement.

Les pénitents, pendant le cours de leur pénitence, devaient s'abstenir de bains, de festins, de plaisirs. C'est ce caractère de lieux de plaisir qui obligea les premiers chrétiens à proscrire les bains, au même titre que les théâtres.

Page 1