‹ Moeurs intimes du passéChapitre 10 sur 40 · CHAUFFE-MAINS FIXE. A PII · texte numérisé non relu

CHAUFFE-MAINS FIXE. A PII

CHAUFF£-MA1^S MOBILE.

11 fut un temps où les fidèles apportaient avec eux de faux livres de messe en faïence (1), remplis d'eau chaude, pour se chauffer les doigts pendant Toffice : ce simple détail peut donner une idée du froid qu'il faisait dans les édifices consacrés au culte.

Pour se rendre de nuit à l'église, les religieuses chaussaient de véritables bottes fourrées ; cette chaussure était dépourvue d'élégance, au moins avait-elle l'avantage de maintenir les pieds chauds (2). Le «man-

(1) V. l'article Livres feints^ uans Havard, tome cité, col. 470.

(2) Les semelles de liège pour se garantir du froid aux

teau à relever de nuit » complétait le costume que les nonnes revêtaient en la circonstance, et qui fut d'un usage fréquent aux quatorzième et quinzième siècles (1).

Les personnes frileuses emportaient à l'église des chaufferettes (2) ; celles dont on se servait chez soi consistaient en petites terrines, dans lesquelles on enfermait la braise. Comme elles mettaient souvent le feu aux jupons, on ne tarda pas à les remplacer par une petite cage à claire-voie, doublée de tôle : ainsi naquit le chauffe-pieds {S).

pieds semblent ne remonter qu'au seizième siècle: en 1545, des pelils marchands parcouraient les rues en criant : Semelles à bouter dans les boites Ils sont bonnes pour la froidure.

{Les cent et sept cris ; cité par Franklin, Dict. hisl. dea Arisi Métiers, etc., col. 94.)

(1) Gay, p. 179.

(2) Autres temps, autres mœurs : sous Louis XV, il fut un moment de mode de n'aller au théâtre qu'en petite loge, masquée par des stores et où l'on pouvait se rendre en déshabillé : on y apportait son épagneul, son coussin... et sa chaufferette (Mémoires de la Société des Sciences morales, des Lettres et des Arts de Seine-el-Oise, t. XVII, p. 69).

(3) D'après Maigne {Dictionnaire des origines, inventions et découvertes), on aurait trouvé, dans des tombeaux mérovingiens, un grand nombre de chaufferettes en terre cuite, tout à fait semblables à celles que l'on fabrique encore aujourd'hui dans plusieurs pays, pour l'usage des femmes pauvres. L'invention de ce petit meuble remonterait donc au moins au septième siècle et tout fait présumer qu'il est encore plus ancien. Au moyen âge et même plus tard, il y eut des chaufferettes pour les pieds, en forme de boules de cuivre, mais on se servait plus communément de chaufferettes de fer, que l'on plaçait sur

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On était loin du temps où les rois de France prenaient leur repas en hiver, les pieds enveloppés dans une botte de paille, de feurre ou d* est nain, comme on disait alors (1) ; c'est même de là que serait venue Texpression : eslre dans la paille jusques au ventre, pour désigner une grande fortune, expression qu'on retrouve encore dans le langage courant sous le règne de Louis XIlï (2).

Un peu plus tard, on trouva mieux que la paille pour se tenir les pieds à l'abri de l'humidité, dont on était redevable à l'infecte boue de Paris. Ravau.deuses et marchandes de poisson s'avisèrent de faire enlever la partie antérieure d'un tonneau, jusqu'au tiers environ de sa hauteur, d'y établir un petit

des tabourets de bois. Le premiei'perrectionnemenL de quelque importance que reçurent les chaufferettes, eut pour objet de remplacer la braise par une petite lampe à hude, au-dessus de laquelle se trouvait un bassin de tôle plein de sable : cette innovation parut en 1814. On appela ces chaufferettes nouveau modèle, qui servaient également de réchauds, de chauffetisanes, bouillons, etc., des Auguslines, du nom de celle qui les avait imaginées, Mme Augusline Chambon de Montaux. Ce n'est que beaucoup plus lard qu'on se servit du chauffage à Teau chaude, dans un récipient métallique, recouvert d'une moquette, afin de garder plus longtemps la chaleur.

(1) Baudrillart, Histoire du luxe,l, III.

(2) V. le Tocsin des filles d'amour (1618), cité par Havard, Dictionnaire de l'ameublement, t. IV.

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