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COMMENT ON SE CHAUFFAIT SOUS LE ROI-CITOYEN

(La visite du médecin).

La vue d'un poêle « éteint l'imagination, rend mélancolique ». Le froid le plus vif est préférable « à cette « chaleur fade, tiède, invisible ». Ce que Mercier ne dit pas et qu'il aurait pu ajouter, c'est que les poêles, outre qu'ils chauffaient très mal les pièces où on les plaçait, étaient encore très dangereux : l'asphyxie par l'oxyde de carbone ne date pas d'hier (1).

Certes les inventeurs ont fait delouables efforts pour parer è ces inconvénients ; ils n'ont pas jusqu'ici abouti à une solution pratique. Ils furent plus heureux par ailleurs : dès la fin du dix-huitième siècle, ils réussissaient à construire des poêles économiques, qui donnaient beaucoup de chaleur, tout en consommant peu de bois.

Mais qu'était devenue la vie intime de jadis, les longues veillées autour de Tâtre, sous le vaste manteau des cheminées féodales ?

Désormais, on ne vivait plus chez soi, on passait

le savoureux épisode dans ses Mémoires [Cinquante ans de vie littéraire): « Tandis que Talleyrand me parlait,écrit le narrateur, la princesse de Dino, sa nièce, qui était adossée à la cheminée, releva tout à coup robe et jupon jusqu'au haut des reins et se mit à chauffer tranquillement ce qui est l'ornement de Vénus Callipyge. J'ouvris de grands yeux émerveillés... Voyantma surprise, le prince me dit simplement : « Mode russe ! » Le fait est que la duchesse de Dino semblait ne pas s'apercevoir que nous étions des hommes et nous traitait comme ses moujiks... » Voilà, à coup sûr, un trait qu'aura omis de signaler, dans les Souvenirs de sa grand'mère, la duchesse de Dino, Mme la comtesse Jean de Castellane.

(1) V. Chronique médicale, 1904.

ses journées dans les lieux publics ou dans les cafés, d'origine récente. La vie de famille avait fait place à la vie en commun.

Le groupement autour de Pâtre flamboyant n'étaitil pas cependant préférable à Tentassement dans les estaminets enfumés ?

Hygiénistes et médecins ont déjà répondu pour nous.

(D'après une eau-forte de Callot.)

Nous venons de voir quelles difficultés on éprouvait à se chaulFer chez soi : ou Ton gelait, ou Ton s'enfumait. On n'avait d'autre alternative que de mourir de froid ou d'asphyxie. Aussi, que de procédés, que de stratagèmes, plus ou moins ingénieux, nos pères n'imaginèrent-ils pas pour se préserver du froid ! Il semble qu'ils se soient appliqués à se chauffer en détail, ne réussissant pas à se procurer la chaleur par les moyens artificiels qui étaient à leur portée.

Commençons par le haut du corps.

Ce fut une mode, pendant un temps, pour les femmes, de s'entortiller le chef avec une touaille (1). On nommait ainsi une sorte de serviette, dont elles s'entouraient la tête, pour la garantir du froid, pendant les voyages ; comme le pratiquait cette béguine de la reine dont parle Joinville qui, ayant mis par mégarde sa « touaille » sur une chandelle, communiqua le feu au lit où la reine était couchée.

Quant aux hommes, ils eurent lés coiffures les plus diverses : des huques^ sortes de pèlerines avec ou

(1) Voyez la curieuse gravure de Durer, dans Ha va rd, D/c/Zo/i naire, IV, f° 1383.

COMMENT NOS AÏEUX SE GARANTISSAIENT DU FROID Cd

sans capuchon ; des coules ; des camailsy capuces en poils de chameau ; des scapalaires, destinés à couvrir la tête et les épaules (1).

Au onzième siècle apparaît le chaperon, que décrit en ces termes un vieil auteur : « un habillement de teste des vieux François, façonné de drap, à la lisière serrée, à guise de capuchon, terminée en bourrelet vers le milieu de la teste, duquel bourrelet pendoit une longue et estroite manche qui s'entortilloit au col ; il y avait, au milieu de la testière, une longue creste de drap, qui se couchait sur Tune des oreilles, contre le chaud et le vent. »

Tous les deux ans, à la Nativité, chaque frère de Cluny recevait deux frocs, deux cucules ou coules (vêtements à capuchon), deux caleçons {femoralia^ sorte de culottes), deux paires de souliers à courroies, dont une paire doublée de feutre pour les nuits d'hiver, deux paires de bottes, trois pelisses (espèce de manteau doublé), un chapel fourré, etc. Les guêtres de peau de brebis étaient permises à ceux qui avaient lesjambes infirmes ; dans les temps rigoureux, ils revêtaient des pelisses fourrées de peau d'agneau ou de brebis. Une courroie de peau de cerf, un couteau dans sa gaine complétaient l'habillement monacal de Cluny. La literie se composait : d'un oreiller, d'une couverture de coite et d'une paire de caleçons

n) Mœuru et Vie privée des Français, par E. de la Bédolliêre, l. ill.

Pour les couvertures on employait aussi les peaux de brebis, de chat ou de lièvre (1).

Au quinzième siècle, le vilain porte une cotte de drap ou de peau, serrée à la taille par un ceinturon de cuir, une surcotte ou manteau de gros bureau, qui tombe sur ses épaules jusqu'à mi-jambes, des souliers et des houseaux ferrés, montant à peine aux mollets, des chausses de laine de couleur bise. Il marche fréquemment pieds nus. Il a, le plus souvent, la tête découverte, mais il la protège, dans la saison froide ou pluvieuse, à l'aide d'un chaperon d'étoiYe tenant à la surcotte, et d un chapeau de feiitre à larges bords, ou d*un chapeau clabaud garni d'une Notre-Dame de plomb. A sa ceinture pendent une escarcelle de peau de chèvre, le poil en dehors, et un coutelas. Quand il est obligé d'entourer d'épines le domaine seigneurial, il se couvre les mains avec ses mou/les, gros gants rembourrés (2).

Tous les ajustements étaient garnis de fourrures ; aussi trouve-t-on de bonne heure établis à Paris quantité de peaussiers ou pelletiers, occupés à préparer les peaux de lapin, de loutre, de belette, de petit-gris, de martre, de fouine, d'écureuil, etc. Il y avait même des raccommodeurs de pelisses, qui allaient criant par les rues qu'ils remettaient à neuf les fourrures des surcots et des manteaux. Ils en profi-

(1) Vaublano, La France au ienips des Crohade<i, t. I, p. 361.

(2) P. DucÉRÉ, La Bourgeoisie bayonnaise, p. 29.

talent le plus souvent pour dérober une bonne partie d'étoffe au vêtement qu'on avait eu l'imprudence de leur confier.

Plus tard apparaîtront les chapeliers de feutre, les chapeliers de coton, qui employaient de la laine d'agneau ou du coton ; enfin, les fabricants de casiorSy faits avec le poil de cet animal.

La peau de mouton ou d'agneau servait, de même que le cuir de veau ou de bœuf, à fabriquer des gants, qu'on fourrait de peau de lapin^ de peau de renard ou de petit-gris.

Pour garder les mains de l'onglée, les gants, si fourrés qu'ils fussent, ne suffisaient pas toujours. On imaginsi alors des chaufferettes j chaaff elles ou escaafailes, sortes de pommes d'argent doré (1) ou autre métal précieux, percées de trous, et qu'on remplissait de charbons ardents. Ces pommes étaient réservées aux reines et aux grands personnages (2) ; on les trouve mentionnées dans l'inventaire du roi Charles V et celui du duc d'Anjou. On en vint bientôt à substituer

(1) Les petites gens en avaient en cuivre ouen laiton (Ducéré, op. cit.^ p. 43).

(2) Les inventaires des trésors mentionnent, à plusieurs reprises, la chaufTerette à mains, dont on trouvera une description détaillée dans Viollet-le-duc, Dictionnaire du mobilier, édition de 1872, t. II, p. 68. V. notre gravure de la p. 9.

C* MŒURS INTIMES DU PASSé

aux charbons ardents, qui n'étaient pas sans inconvénient, un morceau de fer préalablement rougi.

La chaufferette à main a joué son rôle dans la vie ecclésiastique pendant plus de cinq siècles : d.ins un inventaire de l72/i figure « une boule d'argent, pour servir à Tautel, en hiver, marquée aux armes du chapitre (1) ». Il y a quelques années, on en faisait encore usage en Italie (2).

Le chauffe-mains, dont le prêtre se servait, au moyen âge, pendant la célébration de la messe, en hiver, afin de prévenir Tengourdissement des doigts, était constitué par une « boule de métal formée de deux coquilles, dans Tune desquelles un certain nombre de cercles, munis de tourbillons opposés, pivotaient autour d'une capsule centrale, que le jeu de ces cercles maintenait constamment, comme les boussoles marines, dans une position horizontale (3) ».

Les deux calottes extérieures étaient ajourées ou closes. Les premières offraient souvent des sujets ciselés en relief sur leur face convexe. L'absence d'emblèmes religieux sur quelques-unes d'entre elles permet de supposer qu'on s'en servait en dehors de l'église.

Tous les chauffe-mains n'avaient pas la forme de sphères roulantes, munis d'un appareil de suspension.

(1) Havard, Dictionnaire de V ameublement, i. I.

(2) Havard, t. IV.

(3) Gay, Glossaire archéologique, art. Chauffe-mains.

LA CilAUlKERKTTE.

Tableau de a. kbausk, peint par c. le vasseuk. iJaprès J. gkand-cartebet, Le Décolleté et le lielroiussé.)

On en a retrouvé de fixes, présentant la disposition architecturale d'une tour à base triangulaire, que l on plaçait sur l'autel.

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