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DIEU VOUS BÉNISSE I (origine d'un dicton)
Avez- vous jamais songé à rembarras que devaient éprouver nos arrière-grands-pères, quand ils étaient affligés de cette pituite nasale, qu'on n'a pas trouvé d'autre moyen de combattre — les méchantes langues, du moins, l'assurent — qu'en la baptisant coryza ? Était-il rien de plus incommode, de plus malpropre, que de se moucher dans le pan de son vêtement, ou plus prosaïquement dans ses doigts, quand Thumeur descendait du cerveau, ainsi qu'on le croyait jadis?
12n MOEURS INTIiMES DU PASSE
Le « rhume de cerveau » est loin d'être, en effet, une maladie nouvelle ; si ce n'est pas pour nous consoler, ce n'est pas non plus pour faire honneur à notre art. Nous avons combattu des fléaux autrement. pernicieux, et nous restons désarmés devant un vulgaire enchifrènement : c'est donner beau jeu à ceux qui clament à tous les carrefours la faillite de la science.
Il est surtout un symptôme de cette affection — le mot est peut-être, bien gros — qui nous cause souvent du souci : ce symptôme, c'est l'éternuement. Que n'a-t-on proposé pour faire disparaître ce réflexe disgracieux autant que pénible ! Que de moyens, empiriques ou autres, n'a-t-on pas essayés ?
Nous n'en ferons connaître qu'un, au passage, d'abord parce qu'il est d'une simplicité extrême ; puis parce qu'il n'est pas dans notre dessein d'écrire un chapitre de thérapeutique.
Pour supprimer l'éternuement, il suffirait — notre confrère le docteur Etterlen, de Gontrexéville, s'en porte garant — il suffirait, au moment où l'on commence à percevoir le chatouillement caractéristique et prémonitoire, d'appuyer longuement la phalangette de l'index sur un des côtés de la racine du nez, de manière à comprimer l'os propre et la caroncule. On laisse le doigt en place quelques secondes, temps suffisant pour amener la disparition du chatouillement. C'est un essai à tenter ; mais que de méfaits
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attribués à l'éternuement et que la manœuvre dont il vient d'être question sera impuissante à éviter !
Ces méfaits sont aussi nombreux que les étoiles du ciel; nous ferons un choix dans la masse.
Godefroy Schubart nous a conservé l'histoire d'une jeune fdle de dix-sept ans, qui, pendant plusieurs nuits, éprouva une sternutation qui se répétait jusqu'à trois cents fois et plus à chaque accès; et J.-P. Albrecht, celle d'un enfant, chez lequel le même accident avait lieu plus de cent fois par heure, et qui finit par causer la mort (1).
On a vu la fréquence des éternuements produire la cécité (2), un changement de direction dans le globe de l'œil (3), une violente épistaxis (4). Il est certain qu'un brusque éternuement peut, chez une personne atteinte d'artério-sclérose, ou de tumeur anévrysmale, déterminer la mort subite par rupture vasculaire.
Alibert a rapporté, dans un de ses ouvrages, robservatioû d'un militaire adonné aux boissons alcooliques, sujet à une sternutation si violente, que
(1) Ephémérides des curieux de la nature (1672 et 1687), citéc;^ par Cloquet, Ouphrésiologie ; Paris, 1821.
(2) Faurice de Hilden, cent. I, obs. 24, et Plater, Praxeoa^ lib 1, p. 299.
(3) Hallep, Elem> Phyuiol.. t, IH, p. 304.
(4) Kerkring, 06s. anatomic.j cap. 2.
sa figure s'empourprait et que sa respiration devenait stertoreuse au moment des accès ; ce brave soldat mourut suffoqué dans une crise. Un autre sujet, cité par Cloquet, après avoir éternué vingt-quatre fois, succomba au vingt-cinquième éternuement.
La plupart des auteurs qui nous ont laissé des relations d'épidémies de typhus contagieux, disent que l'éternuement était un signe de mort pour les malades chez lesquels il se produisait.
Une des plus anciennes de ces épidémies sévit dans la ville de Rome à la fin du sixième siècle ; elle fit de nombreuses victimes ; les malades mouraient presque tous aussitôt après un éternuement. L'imagination populaire s'en était montrée très frappée : de là serait venue, dit-on, la coutume de souhaiter un heureux destin à celui qui éternue, afin d'éloigner de lui le mauvais sort qui le menace.
Ceux qui tiennent pour cette origine nous paraissent être dans l'erreur; pour en retrouver le point de départ, il ne faut pas moins remonter qu'aux époques fabuleuses.
pROMÉTHÉE, le sculpteur fameux dont la mythologie nous a légué les exploits, modela, comme on sait, avec deTargile, une statue merveilleuse. Restait à l'animer, — ce qui était un jeu pour un artiste de
DIEU VOUS BENISSE
cette envergure. Or, le premier signe de vie que manifesta l'homme de Prométhée fut un retentissant éternuement ; n'est-ce pas, d'ailleurs, de la même façon, — les accoucheurs ne nous démentiront pas —