‹ Moeurs intimes du passéChapitre 18 sur 40 · TROUSSE DE TOILETTE : CURE-DENTS, CURE-OREILLES, CURE-ONGLES · texte numérisé non relu

TROUSSE DE TOILETTE : CURE-DENTS, CURE-OREILLES, CURE-ONGLES

(Musée de Cluny.)

taigne, avait un râtelier de dents de loup marin ; elle le maniait si adroitement qu'elle l'enlevait et le remettait à volonté, qu'elle mangeât ou qu'elle prît part à la conversation, et nul ne s'apercevait du manège (1).

(1) Tallemant des Réaux, Ilistorielies, t. II, p. 346.

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A la cour de Henri 111, la plupart des mignons avaient des fausses dents, qu'ils enlevaient avant de se mettre à table ; le râtelier servait donc plutôt à

CUnB-ORElI.I.ES.

(Musée de Cluuy.)

conserver la régularité de la physionomie et à faciliter l'articulation des mots, qu'à mastiquer les aliments. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'on

s'avisa qu'il était surtout propre à ce dernier office. L'auteur du Tableau de Paris, voulant vanter un dentiste de son temps, dit qu'il fait des râteliers complets, avec lesquels on peut « broyer tous les aliments sans gêne et sans effort » •

L'hygiène buccale tient une assez large place dans les écrits des dentistes d'autrefois, mais si presque tous en parlent, en reconnaissent la nécessité, la plupart la pratiquent assez mal.

Dans la société gallo-romaine, on se servait pourtant de cure-dents (l),en plume, en bois ou en argent, que les tricliniarques distribuaient à la fin du repas (2). Plus tard, on emploiera ce que les inventaires dési-

(1) E. DE LA BÉDOLLIÈRE, Mœurs et vie privée des Français, t. I, p. 92 et note.

(2) Voici ce que nous écrivait, à ce sujet, le docteur Bougon: « Au lieu de tuyaux de plumes d'oie, taillés aux deux bouts

comme les nôtres, les Gallo-Romains se servaient de cure-dents en bois, épointés d'un seul bout. Nous en avons la preuve dans les miracles de Sainte-Crescence, dans le Parisis.

« Un Parisien ayant mal aux dents, avec une grosse fluxion, avait bien de la peine à avaler ses aliments. Il déposa un curedents sur le tombeau de la sainte, dont voici la description précise.: Fw.iaque hastula, una de parte acula^ ut in liumanis usibus ad purgandos dénies fieri solei. « Il tailla un petit bâton, «pointu d'un côté seulement, comme on s'en servait alors dans « la vie privée pour se nettoyer les dents. »

« En revanche, les grandes dames gallo-romaines avaient des cure-dents et des cure-oreilles en or, appendus chacun par une chaînette à la broche de leur corsage. Sur une de ces broches,

gnent sous le nom de coulelets-furgeoirs et qui ne sont autres que des cure-dent» en bronze ou en or; on en usait parfois pour curer les oreilles ou nettoyer les ongles (1).

Ces petits objets de toilette, faits ou montés par des orfèvres, présentaient les dispositions les plus variées. Tantôt l'extrémité du cure-dents est taillée en lame de petit couteau, en acier, tantôt recourbée à la manière d'un ongle d'oiseau ; c'est quelquefois l'ongle lui-même, emmanché d'argent ou d'or émaillé, ou agrémenté de figurines en relief. L'un et l'autre se suspendaient à l'aide d'anneaux, ou s'enfermaient dans des gaines ou étuis.

A l'époque de Henri IV, on substitua généralement aux cure-dents de métal des cure-dents en bois de lentisque. Cure-dents, cure-oreilles, cure-ongles et autres, réunis en manière de trousse, se portaient

à écusson carré, était écrite en abrégé la formule suivante, qui a été mal comprise:

In Di Nom Genio Lamé <« In Dei nomine, gemolaïmè » (mot grec à sens très expressif). « C'est dans le nom de Dieu que le gouffre insondable de vos « désirs sera coijiblé avec surabondance. «Joli précepte à méditer pend.'.nl la digestion, alors qu'étendu sur le triclinium après » ' repas, on se livrait aux douceurs du cure-dents.

« L- cure-oreilles n'avait pas, comme les nôtres, la forme d'une ' uillère à moutarde, mais celle d'un petit anneau, au bout u un manche de 4 centimètres de long, curieusement ciselé. Ce ceicle présentait une foule d'avantages, qui se devinent assez par eux-mêmes » Docteur Bougon.

(1) Gay, Glossaire archéoloijUjue, p. 480.

pendus à la ceinture (V. p. 192). On désîsrnaît sous le nom d'esgailleites les cordons de soie que Ton passait dans ses dents pour les nettoyer (1). Le duc et la duchesse d'Orléans, en 4455, avaient recours à ce procédé. Plus tard, en 1576, Henri IV se servira de cure-dents : ses comptes sont là pour établir que la dépense royale montait, de ce chef, à vingt sols par mois ; la somme est relativement importante, pour une cour qui était loin de mener grand train (2). Le Vert-Galant se lavait-il la bouche ? Aucun texte ne nous permet de répondre à la question de façon sûre, mais nous pouvons, du moins, vous apprendre ce qui se pratiquait de son temps, sur ce chapitre d*hygiène spéciale.

(1) L. IK Laborde, Glossaire français du mogen âge^ p. 273.

(2) Le core-deats a en les honaeiirs de la poésie. En 1706. le Meremre gtimwi mmmxWmà iiilli fM^mi à ses lecteurs, doot le mot était cmrc-dads :

On troore pea ^^easestes sens, SUS se soat t«-*iJ«» ••■• le poids de leurs «M,

A ^ je M mde aarriee.

Ils — t MfCTdwt rhjertiee DesKfHresMflirimeétrailepnsMi: ^

QMiqM aoa corps aoit léiMe ei aUnce.

Je SOS «tfl» M ftas graiid pfteee.

Jf es dcu kovts ont Aacmm \tmr dURreat evptoy,

Xai sowrort. FoRille de Boy.

Sus que SCS fBTorisee pacuMSt de roBbnse-

Ouvrons les catéchismes da savoir-vivre, c'est-àdire les manuels de civilité, en ne perdant pas de vue que ces manuels étaient destinés à l'enfance: civilitas morum pueriliam, comme le dit expressément Erasme, qui dédie son livre à Henri de Bourgogne, « enfant de grande espérance », l'engageant à « en offrir un exemplaire à tous ses petits camarades. 3

Entre autres recommandations, Erasme prescrit, « dès le matin, et avant toute chose, de se laver à grande eau le visage, les mains et la bouche ». 11 ajoute, il est vrai : • Le faire souvent est déraisonnable ! »

Voici quelques autres préceptes que nous trouvons dans la petite Encyclopédie de Grapaldi, De partibus œdium (1516) : « Dès qu'on s'est levé, il faut se soulager le ventre, si on peut ; expectorer la salive et les mucosités pituiteuses, si on en a produit pendant la nuit ; se peigner les cheveux en remontant vers le haut de la tête ; se débarrasser l'oreille avec le cure-oreilles des malpropretés qui démangent ; se moucher. // faut bassiner la bouche avec de Veau^ surtout en été ; se laver les mains et le visage, les essuyer avec un linge de toile, et les oindre avec une poudre, un corps gras ou les baigner

avec de Teau parfumée... Après dîner, pendant les longs jours, faire la sieste, puis entrer dans sa bibliothèque pour y faire la lecture ; de là, sortir de la maison pour la chasse ou pour les affaires ; rentrer, manger frugalement, enfin se reposer dans un lit délicat. Voilà ce qui convient le mieux pour la santé. Mais surtout ne passerciilos nec gallos galllnaceos imilelur, quibus voilas est frequentioî' ».

Quant aux dents, Erasme veut « qu'on les tienne nettes avec grand soin ; les blanchir avec des poudres est efféminé ; les frotter de sels ou d'alun est nuisible aux gencives ».

Olivier de Serres, dont le livre est surtout destiné à l'éducation du gentilhomme campagnard, tient à peu près le même langage, mais entre cependant dans plus de détails : « Dès le réveil, à la première ouverture de la bouche, avant que de parler, les dents seront frottées avec du linge net, un peu rude, aussi tout l'intérieur de la bouche... En lavant les mains et à Feutrée de table, de mesme les dents seront lavées d'eau fraîche, non froide... A l'issue du repas, les dents seront lavées fort curieusement (c'est-à-dire fort soigneusement) avec de Teau et un peu de vinaigre ou avec du vin pur. Puis on se frottera les dents avec cette poudre. » (Suit la recette de plusieurs poudres dentifrices.)

La plupart des auteurs des traités de civilité, au seizième siècle^ n*oublient pas la prescription rela-

tive au lavage des dents, en même temps que du visage et des yeux, mais principalement le matin. Ils blâment Thabitude qu'ont certains, quand ils sortent de table, « de porter en la bouche leur curedents, à guise de Toiseau qui fait son nid, ou bien sur l'oreille, comme les barbiers ». L'amiral Coligny avait, paraît-il, cette manie (1 ). Cela valait mieux que de curer ses dents avec une épingle ou avec un canif (2) , avec lesquels on risquait, pour le moins, de faire une incision aux gencives.

Dans sa Civile honneslelé pour les en fans, publiée en 1560, Calviac engage ceux à qui son livre s'adresse

(1) L'amiral avait toujours son cure-dents aux lèvres et, par un raffinement abominable, ses assassins, en profanant son cadavre, ne manquèrent pas de l'exposer avec un cure-dents à la bouche.

Les premiers cure-dents auraient été importés en France par Antonio Ferez, et la fureur s'en était répandue à ce point dans la bonne compagnie, qu'on n'©ùt osé paraître sans son curedents, en quelque lieu qu'on se trouvât (Feuillet de Conçues, Causeries dCun curieux^ t. II, 1862, p. 316).

(2) « L'homme du moyen âge se retrouvait à la façon déboire les santés debout ou à genoux, mais toujours le chapeau bas et l'épée nue à la main ; souvent au bruit des timbales et des trompettes qui sonnaient toutes ensemble dans la salle, et auxquelles d'autres trompettes répondaient du dehors. Il se retrouvait encore dans ce mélange de raffinement et de rusticité, par lequel des gens qui se lavaient soigneusement avant et après les repas, qui frottaient leur cuillère avec cérémonie plutôt qu& (le loucher les premiers au potage, rf fais^iient pas difficulté

de recourir au cure-dents de bois (1), ou à « un des petits os de ceux qu'on tire des ergots des chapons » ; il leur recommande surtout de ne point se servir du couteau (2); ou des ongles, « comme les chiens », ni de la serviette.

Ouvrons ici une pareilthèse : les inflammations de la bouche, ou stomatites, d'origine hydrargyrique, étaient connues dès le seizième siècle : le chirurgien du cardinal Charles d'Armagnac, Urbain IIémard, a écrit tout un chapitre « sur Tébranlement qui advient es dents à rayson de l'argent vif (mercure) ».

Comment Hémard, chirurgien du cardinal d'Armagnac, en arriva-t-il à écrire sur les dents tout un traité ? C'est que le cardinal en souffrait beaucoup et ni les barbiers, ni les charlatans ambulants n'étaient parvenus à le soulager, ni à lui donner une explication satisfaisante de ses maux. Hémard s'em-

de se curer les dents à table avec leur couteau, ainsi que le chancelier Séguier en usait chez le cardinal. »> Vicomte D'Ave- NEL, la Noblesse française sous Richelieu, i^. 198.

(1) François II avait deux cure-dents d'argent, enfermés dans un étui de même métal. Il avait, en outre, dans un étui en or, un cure-dents et un cure-oreilles {Dictionnaire critique de Jal. 1867, p. 462).

(2) Le couteau est le plus ancien des instruments de table. L'un des premiers besoins de l'homme fut de fabriquer un outil avec lequel il pût découper les produits de sa chasse. Avant la découverte du bronze et du fer, on eut recours au silex et dan-s certains pays, à une production volcanique connue sous le nom (ïobsidienne. Suivant Ammiea Marcellin, les Gaulois se servaient de couteaux de bronze, « pour séparer les plus gros morceaux de viande ».

ploya à guérir son noble client et il y réussit. Puis il se mit à Tétude, compulsa les livres anciens et modernes, fit des observations sur des mâchoires d'hommes et d'animaux, en un mot, chercha à s'ins-

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