CUME-DEMS BN FORME DE CORNE; CURE-DENTS EN FOUME DE CANIF
(Musée de Cliiny).
truire à fond sur la question des dents. 11 consigna le fruit de ses travaux dans un ouvrage qu'il apporta au cardinal. Cet ouvrage, introuvable aujourd'hui, est intitulé : Recherches de la vraie anaiomie des
denls^ nature et propriétés (Ticelles^ avec les maladies qui en adviennent (1). Il y est parlé longuement de la stomatite mercurielle, non pas due, comme on pourrait le croire, à l'usage de ce médicament pour la cure de Vavarie, mais à Temploi qu'on faisait du sublimé pour composer les fards dont les dames de ce temps usaient et abusaient, « au grand dommage et interest de leurs dents ».
Si tenace était la coquetterie des femmes, qu'elles ne voulaient pas y renoncer, malgré les dangers que cette pratique leur faisait courir. Aussi, l'auteur que nous venons de citer, « afin de ne pas laisser sans remèdes les dents des damoyselles qui ne pensent ou ne veulent croire que le fard de l'argent vif ni du sublimé son fils puisse gaster et ronger leurs dents », conseille-t-il à celles-ci de se frotter les gencives, avant d'appliquer leur fard, avec de la bonne thériaque détrempée dans du vin blanc, dont il assure qu'on retirera les meilleurs effets (2).
Pour en revenir au lavage de la bouche après les repas, l'habitude en était devenue générale à partir de la seconde moitié du dix-septième siècle ; seulement, cette opération, peu ragoûtante, avait lieu,
(1) Lemerjle, Notice sur P histoire de Vart dentaire, p. 47-48.
(2) Docteur M. Roy, Élude hist. sur la thérapeutique dentaire^ n. 15.
LA PROPIŒTÉ DE LA POUCÎTE 203
non à table, mais dans une pièce voisine de la salle où Ton mancreait.
\Jn traité de civilité, qui eut un immense succès vers la fin du dix-septième siècle, résume ainsi les recommandations faites aux personnes de la Cour : « Il faut avoir soin de se tenir la tête nette, les yeux et les dents, les mains aussi, particulièrement Testé, pour ne pas faire mal au cœur à ceux avec qui nous conversons. »
On allait se rincer la bouche « au bufTet » ; car, ainsi que l'indique le Nouveau Traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnestes gens (1673), il n'est pas convenable de « se rincer la bouche après le repas devant les personnes que nous devons respecter ».
Dans le récit de la scène fameuse où la princesse de Conti et la duchesse de Chartres se traitèrent récipro({uementde « sac à vin » et de « sac à guenilles », Saint-Simon a soin de préciser que cet échange de propos amènes eut lieu après la sortie de table, « dans le moment de chaos où chacun se lavait la bouche ».
Mme de Genlis assure qu'au temps de sa jeunesse, « les femmes, après le dîner ou le souper, se levoient et sortoient de table, pour se rincer la bouche » ; et elle ajoute que les hommes et même les princes du sang, par respect pour elles, ne se permettoient pas, pour faire la même chose, de rester dans la salle à
manger (1). Depuis lors, on a transporté sur la table l'objet qu'on laissait jadis dans une ombre discrète. Sur ce point, nous serions presque tenté de regretter le bon vieux temps.
Ne croyez pas, du reste, qu'en certaines régions et dans certains milieux, on soit plus avancé, en matière de propreté et d'hygiène, qu'au temps des Romains. Nous avons parlé, au début de ce chapitre, d'une coutume, passablement dégoûtante, des Geltibériens, les ancêtres des Espagnols. Eh bien, il n'y a pas si longtemps qu'on l'observait encore dans le même pays.
Les auteurs de l'article Urine^ du Dictionnaire des Sciences médicales, qui date de la première moitié du dix-neuvième siècle, consignent cette attestation : « Nous avons été curieux (écrivent-ils),
(1) « L'usage actuel, à la fin des repas, de se laver les dents et les mains à table, nous vient des Anglais. Avant la Révolution, les personnes se lavaient la bouche hors de table ; un domestique présentait pour cela une assiette, un verre d'eau et une serviette. Les hommes et même les princes du sang, par égard pour les femmes, sortaient de la salle à manger et allaient faire la même chose dans l'antichambre.
« Lorsque, hors de table, on avait soif et qu'on demandait à boire, il fallait boire dans l'antichambre. Il était tout à fait im poli de boire dans le salon. Boire et manger dans des loges au spectacle était de très mauvais ton. » De Vespril des étiqueiles de l'ancienne cour et des usages du monde de ce lemps^ par M™® de Genlis, publié par Ed. Quesnet ; Rennes, 1885, p. 111-112.
étant en Espagne, de savoir si les Espagnols, héritiers et fidèles observateurs de la plupart des coutumes de leurs ancêtres, avaient conservé celle de se rincer la bouche tous les matins avec leur urine On sait qu'en général ils ont de belles dents, et il est très probable qu'en cela ils n'ont point dégénéré de leurs pères ; mais ils n'usent qu'en secret de Vantique gargarisme^ et nous n'en avons pas trouvé ^jn seul qui nous ait fait un aveu à cet égard. Nous connaissons beaucoup de Français qui soignent leur bouche à Tespagnole et qui ne s'en vantent pas. » L'usage de l'urine, en tant que médicament, n'est pas, d'ailleurs, tombé complètement en désuétude (1). Après tout, la propreté est affaire de convention, suivant les temps et suivant les lieux. La propreté, et nous pouvons dire aussi la coquetterie : les Péruviens et les habitants de plusieurs contrées du continent océanique se font arracher, dit-on, une incisive par coquetterie. On a cru trouver la raison de cet usage dans un fait rapporté par Henri Salmuth, commentateur de Guido Panciroli, qui conte que certairres peuplades du Pérou sacrifiaient leurs dents aux dieux du pays, prétendant que l'homme ne pouvait rien offrir de plus précieux. Cette extraction ne serait, dès lors, qu'un souvenir de la superstition antique et non un acte de coquetterie.
(1) Cf. Remèdes d'autrefois, par le docteur CAnANÈs,et Remèdes de bonne femme, par les docteurs Cabanes et Barraud.
De même, les Annamites ont les dents noires, non pas qu'ils les négligent — ils en ont, an contraire, un très grand soin — mais parce qu'ils ont une horreur profonde des dents blanches, des dents nues. C'est pourquoi, après les avoir préalablement lavées, frottées avec de la poudre de corail, puis frictionnées avec du vinaigre de riz, à l'aide de petits pinceaux spéciaux, ils badigeonnent légèrement chaque dent avec un enduit fait de miel, dans la pâte duquel ont été pétris du noir animal et de la poudre de bois d'aigle. Plusieurs couches sont, de la sorte, successivement appliquées et finissent par constituer une sorte de vernis, d'émail protecteur qui a, du moins, l'avantage de préserver des douleurs de dents ceux qui se sont soumis à cette délicate opération.
La fin, pourrait-on dire, justifie le moyen. Il ne nous semble pas, à tout prendre, plus déraisonnable de se teindre les dents (1), que d'enchâsser — comme
(1) Tous les Birmans des deux sexes se teignent les dents en noir. A Madagascar, les femmes se servent d'une plante colorante pour arriver au même but. Les Sénégambiennes, qui ont de fort belles dents, remarquables surtout par leur blancheur, se piquent continuellement les gencives, pour les entretenir saignantes et bleuâtres (Bertherand, Médecine et Hygiène des Arabes, p. 327), Les dents nacrées de l'Indien, qui font l'envie des Européennes, et que les femmes hindoues prennent plaisir, au contraire, à noircir à l'aide du bétel, sont frottées et nettoyées avec du sable fin, du charbon de bois, ou mieux encore avec de la cendre : la meilleure est celle obtenue avec de la bouse de vache calcinée au four, laquelle conlient un excès de sels de potasse. C'est à cette excellente poudre dentifrice ({ue
le font les milliardaires américaines — dans des cavités ciselées et limées au plus creux de leurs dents, des rubis, des perles, des diamants, dont le scintillement souligne le sourire de celles qui ont les mâchoires ainsi constellées.
Malgré tout, à ces pratiques d'une civilisation ultra-raffinée, nous avouons, ne vous en déplaise, préférer les coutumes des sauvages. *
les Indiens devraient de ne jamais souffrir des dents. D'autres attribuent l'immunité, presque native, de ce peuple à l'égard de ces affections, à son habitude de marcher pieds nus. Quoiqu'il en soit, le nettoyage des dents e&t presque une cérémonie religieuse, dans l'Inde, qui a son rituel décrit dans le Vichnoupouranama : « On doit commencer par un acte d'adoration à l'Être suprême, avant de saisir la branche de l'arbre qui doit fournir la brosse à dents, puis cueillir un rameau long de 12 travers de doigt pour les Védiars ou religieux, 9 pour le roi, 6 pour les brahmes et 4 pour les autres castes, le laver trois fois dans de l'eau pure et le porter ensuite à la bouche avec la main droite et se tenant la face au nord, à l'est ou l'ouest et jamais au sud. Il ne faut point se promener en faisant cette toilette, qu'il faut avoir terminée avant le lever du soleil. 11 est interdit de procéder à cette cérémonie les jours de nouvelle lune, de pleine lune, d'éclipsé solaire, le premier jour du mois, le jour du coït, la date anniversaire de sa naissance ou de celle de sa femme et les jours déjeune. Après s'être énergiquement frotté les dents, on doit se rincer la bouche douze fois avec de l'eau fraîchement puisée. Cette toilette matinale est toujours suivie d'un rapide lavage du corps entier. » Mœurs médicales de l'Inde, par le docteur Pabamananda Mariadassou, p. 65.
LA PROPRETÉ DES MAINS ET l'aNTIQUITÉ DE LA FOURCHETTE.
Nous aimons à railler les Germains dont la lourde plaisanterie se ressent des nombreux hanaps de'cervoise qu'ils ingurgitent. Eh bien, il existe au moins deux Allemands — dont une Allemande — qui ont conquis leur brevet d*esprit, de Taveu même d'un juge compétent entre tous, celui que les autres nations proclament « le peuple le plus spirituel de la terre ».
Qui ne connaît les boutades légendaires de la Palatine ? Qui ne prise la verve âpre et Tesprit caustique de Heine, dont le seul regret était de ne pas être né sur les bords de la Seine, au lieu d'avoir vu le jour aux environs de la Sprée ? Ce n'est ni de l'un ni de l'autre de ces coryphées que nous entendons parler, mais bien d'un humble comparse, nommé Frédéric Dedekind, qui fut, — c'est tout ce que nous en savons, — inspecteur des églises réformées du diocèse de Lubeck ; « un origi-
nal qui ne manquait ni d'humour ni de finesse », assure l'homme docte (i) qui nous en a révélé Texistencc.
Dedckind est Tauteur d'un poème latin qui ne comprend pas moins de 3.000 vers, dans lequel il a édicté toutes les règles du savoir-vivre à rebours : ce qu'on pourrait appeler le code de l'homme mal élevé, du rustre mal appris, qui se fait un jeu de donner une entorse à tous les usages, à tout ce qui est reçu dans la bonne compagnie.
Notre réformateur recommande, par exemple, au jeune homme à qui s'adressent ses remontrances, de ne pas se peigner; de marcher dans la rue les yeux égarés, « de l'air d'un jeune taureau échappé )> ; de bousculer tout le monde ; d'éternuer dans la figure de son voisin ; de ne jamais saluer, etc. ; à la jeune fille, « de se décolleter hardiment, car on aime les belles choses que l'on voit et personne ne se soucie de celles qu'il ignore et qui restent cachées ; de chercher ses puces (sz'c) devant tout le monde, etc. » C'est encore dans ce manuel de civilité à l'envers que se trouve cette phrase, formulée en manière de précepte : « Se laver les mains et la figure est une vraie honte et V hygiène s'y oppose ;on a vu des gens en mourir; que les autres se lavent si bon leur semble : tu n'en prendras pas d'humeur ».
(1) Edmond Bonnaffé, Etudes sur la vie privée de la Renaisscincç.
Le pis est que, pour la plupart, ces règles furent suivies et qu'à Tépoque où ce singulier ouvrage fut mis en circulation, on ne s'inquiétait guère de la propreté des mains, pas plus que de celle du reste du corps. I
Un auteur, d'à peu près pareille époque, a tracé un tableau « assez vivement enluminé », selon l'expression de celui qui Ta exhumé, de la rusticité des paysans alsaciens à la fin du quinzième siècle, et s'indigne du spectacle de ceux qui se mettent à t-^ble sans se laveries mains et qui prennent sans gêne les places réservées à d'autres ; de ceux qui s'avisent de mettre les premiers la main aux plats et de se remplir le museau avant que les autres aient commencé.
Voyez celui-ci : il est tellement pressé de manger qu'en soufflant sa soupe il enfle ses joues, comme s'il se préparait à enfoncer la grange de son voisin; celui-là remet au plat ce qu'il a laissé choir ; un autre porte le nez à tous les mets ; cet autre s'engoue à force de boire rapidement ; celui-ci a si goulûment entonné que son nez est transformé en fontaine à vin.
« En voici qui ont la bouche tellement remplie qu'on la croirait bourrée de paille et ils roulent les yeux en tous les sens, comme des singes. Je n^approuve point qu'on fasse du bruit en buvant, ni qu'on tire le vin à travers les dents, ces bruits sont fâcheux. 11 en est qui font autant de vacarme en buvant que les vaches en rentrant du pâturage. S'essuyer les doigts à la
212 MOnilRS INTIMES OU PASSÉ
nappe, s'accouder, se balancer, remuer la table, mettre les quatre quartiers sur la table, comme la fiancée de Geispolsheim, maculer son pain avec les sauces, prendre du sel avec son couteau qui a servi on ne sait à quoi, au lieu de le prendre avec les doigts, sont des actions messéantes ; je pourrais faire une légende complète, une véritable Bible de ces vilains usages (1). »
Ceci se passait à la veille de la Renaissance, au temps du roi chevalier et de sa Cour galante. Nous aimons à croire que ceux qui donnaient le ton ne méritaient pas tous les reproches que nous venons de voir adresser aux campagnards : à la ville, sans doute observait-on mieux les usages? Force nous est de répondre par la négative, après avoir lu les recommandations que fait à ses contemporains un autre éducateur ; les eùt-il faites, s'il n'y avait pas eu matière ?
« Dès qu'on s'est levé, écrit Grapaldi, dont nous reproduisons le texte en le résumant, il faut se débarrasser l'oreille, avec le cure-oreilles, des malpropretés qui démangent (nous avons vu que la phliriase exerçait ses ravages sur les têtes les plus illustres). Il faut bassiner la bouche avec de l'eau, surtout en été ; se laver les mains et le visage, les essuyer avec un linge de toile, et les oindre avec une poudre,
(1) Ch. GiÉ'RARD, V Ancienne Alsace à table, p. 297-298.
un corps gras ou les baigner avec deFeau parfumée. » Dans les repas donnés par des personnages riches ou des seigneurs, on employait, à cet usage, de Teau de roses (1), ou de l'eau de fleurs d'oranger. On se passait le bassin plein du liquide odoriférant de main en main avec force politesses.
Une ordonnance autrichienne (2) de 1624, ayant force et vigueur dans le landgravat de la Haute-Alsace, contient les règles de conduite à l'usage des cadets ou jeunes officiers qui étaient invités à diner chez un archiduc d'Autriche. Qu'on juge quelles ont dû être les belles manières de la noblesse de Tempire des Habsbourg en ce temps-là, pour avoir rendu nécessaires les prescriptions suivantes :
« Son Altesse Impériale et Royale, ayant daigné inviter plusieurs officiers à sa table, comme j'ai eu maintes fois l'occasion de remarquer que les officiers observent entre eux la plus grande courtoisie et bienséance et se conduisent en véritables et dignes cavaliers, ce néanmoins je dois signaler à l'attention des cadets qui ne soiat pas encore suffisamment rabotés (sic) la mesure régulaire suivante:
(1) A la ctthédr.ilc de ïroyci, dans le saint temps de pénitence, treize femmes venaient tous les jours veiser un flacon deou rot?e «ur les mains des chanoines. (Monteil, Histoire des Français des divers ituts, t. I, p. 405.)
(2) Kappottée par M. Ch. Géhard, op. cil., p. 2'J8-2'J3.
214 MŒURS INTIiMES DU PASSÉ
« l** Présenter ses civilités à Son Altesse en tenue propre, habits et bottes, et ne point arriver à moitié ivre ; 2° à table, ne point se balancer sur sa chaise ou étendre ses jambes tout du long ; S** ne pas boire après chaque morceau, sans cela on se soûle trop vite; ne vider, après chaque plat, le hanap qu'à moitié, et avant de boire, s'essuyer proprement les moustaches et la bouche ; 4** ne pas mettre la main dans le plat ; ne point jeter dès os derrière soi, ou sous la table ; 5* ne point se lécher les doigts, ne point cracher sur l'assiette, ni moucher dans la nappe ; 6** ne point hanaper trop bestialement au point de tomber de sa chaise et de ne pouvoir marcher droit devant soi. »
Quand les soldats de Gustave-Adolphe et du cardinal de Richelieu n'auraient servi qu'à dégrossir de pareils malotrus, la guerre de Trente Ans se trouverait amplement justifiée.
Étant donné ces habitudes de malpropreté, on ne s'explique guère l'utilité de ces meubles que Ton voyait dans les salles à manger, jadis, nous entendons parler de ces lavabos, tantôt de grande dimension et établis à demeure, en plomb, en pierre, en marbre ou en bronze ; tantôt mobiles et placés dans de petites niches pratiquées dans la
muraille, soutenus par une console ou posés sui un pied de fer.
Les premiers, consistant en un long bassin ou une auge, munis de robinets ou gargouilles, se voyaient plutôt dans les abbayes, où un grand nombre de personnes à la fois venaient « laver >> avant et après le repas. Dans les châteaux et logis, une aiguière et un bassin suffisaient aux besoins ordinaires ; on les présentait aux maîtres de la maison et a leurs convives quand ils allaient se mettre à table et au moment d'en sortir; toutefois, les niches qui existent encore dans beaucoup de salles d'anciens châteaux témoignent que les lavoirs étaient quelqueibis des meubles de dimensions assez considérables et auxquels une place particulière était assignée (1).
11 y avait tout un cérémonial à observer pour ce lavage des mains avant le repas. D'Assouçy écrit que la cérémonie de laver les mains et de prendre ses places est plus longue d'un tiers que le dîner.
On n'aurait point lavé les mains avec quelqu'un d'une condition sociale inférieure. «M. d'Estrée ne voulut jamais laver avec Mme la Séneschalle ma grand'mère, conte Brantôme, et ne lavait jamais qu'avec ses deux filles » ; et, plus loin, le biographe des Dames galantes parle d'un gentilhomme qui ne
I / Maijanin pittoresque (1866), p. 110.
voulut jamais « laver » avec son père, « tant il lui portait honneur et respect (1)».
La mère de ce jeune prince en agissait de même, qui, avant la mort de son époux, donnait le fouet à son enfant, le mettait en pénitence, et aussitôt veuve, fit prendre partout le premier rang à son fils, lui donnant à laver et ne se permettant pas de laver avec lui (2).
Quand on y met tant de façon, c'est que l'usage n'est pas courant. De fait, à s'en référer aux Loix de la galanterie française^ qui est comme le code de l'élégance au temps de Mazarin, nous verrons qu'en ce siècle prétendu policé, «l'on peut aller quelquefois chez les baigneurs pour avoir le corps net, et tous les trois jours Von prendra la peine de se laver les mains avec le pain d'amande ».
L'hydrophobie, depuis un demi siècle, était poussée à un tel point que, dans un dialogue amoureux, composé par Marguerite de Navarre, la dame avoue, sans honte, qu'elle ne s'est pas décrassé les mains depuis huit jours. En 16/i/i, le pain d'amande faisait son office tous les matins ; il y avait progrès (3).
En réalité, le lavage des mains n'a jamais cessé d'être en usage depuis l'antiquité grecque et romaine jusqu'à la Renaissance. Nous verrons tout à l'heure
(1) Brantôme, t. XIII, pp. 28, 29.
(2) Alex. Monter, Hist. des Français, t. II, p. 354.
(3) QUICHEEU.T, Histoire du Coslume en France, p. 492-493.
pour quelle raison od a renoncé à cette pratique d'hygiène autant que de propreté.
Ouvrez les Guêpes d'Aristophane et vous y lirez :
« Mets-toi sur ce lit, afin d'apprendre ce qu'il faut
faire pour être bon convive et avoir de belles ma-