‹ Moeurs intimes du passéChapitre 26 sur 40 · CO · texte numérisé non relu

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de nous dire, dans son boniment, quel prix il vendait ses herbos.

Croirait-on que, dans certains pays du Nord, — notre confrère Meige s'en porte garant — il existe, aujourd'hui encore, des spécialistes qui font métier de diagnostiquer les maladies par le seul examen des urines, à la façon de leurs confrères d'antan ? Un, entre autres, qui jouit d'une grande réputation, dans une capitale voisine de la frontière française, fait l'admiration des clients naïfs par la perspicacité de sa divination. Un simple coup d'œil sur le flacon d'urine, et il vous révèle, avec une merveilleuse assurance, que celui qui a émis ces urines vient de tomber dans un escalier, ou a fait une chute de voiture. Bien plus, il précise le nombre des marches ou celui des roues du véhicule ! A peine est-il besoin de dire que ces renseignements lui ont été fournis, quelques minutes auparavant, par un compère, chargé d'interroger adroitement les consultants. Mais tant est fort le prestige du merveilleux que nul ne s'avise de cette grossière supercherie.

(D'après une miniature du manuscrit de Cambrai, xiii" siècle, reproduite par L. Maeterlinck.)

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LKMIMnirjUe BRETON, OU LA CONSULTATION AUX URINES (XIX* SIIXLE).

(En Basse-Brelagne, quand un malade est en danf^^er, il est transporté dans une écurie).

Mais c'est assez parler de Turinal, des uromantes et des urologues. Un dernier mot, toutefois, sur ce chapitre, avant d'en aborder un autre.

Nous avons dit le scrupule qu'éprouvaient les Latins à prononcer le mot qu'ils n'avaient aucune vergogne d'écrire. Nos pères furent longtemps avant de l'adopter. Il est exceptionnel de rencontrer le terme qui a cours aujourd'hui sous la plume d'un écrivain de l'ancien temps. Ainsi, dans le Journal d'un sire de Gouberville (1), gentilhomme campagnard du Gotentin, journal écrit de 1553 à 4562, on ne voit pas écrit une seule fois le mot urine. La langue avait déjà ses délicatesses. Notre gentilhomme recourt à deux expressions, dont l'une explique l'autre : en maints endroits, il se sert du mot eau. Le 23 avril 1555, il écrit : « J'envoyeTh. Drouet et Jacques à Vallongnes, porter Veau de Symonnet, qui estoit fort malade, au médecin. ». Le 19 octobre de la même année, c'est la sienne propre qu'il « envoyé à Vallongnes porter au médecin ». Partout ailleurs, il emploie une expression encore plus adoucie, par le vague même qu'elle présente : létal.

En 1557, il y eut dans sa paroisse une sorte d'épi-

(I) Opp:^|èrpp é4itjpB, par Vs^]iM Jollem^p (Rpnne^, 1SS9)-

demie, qui frappa surtout les gens de sa maison, et lui comme les autres. « Le 2!i mai, dit-il, je fus fort malade ; au matin, Arnould fut prins de mal : au soyr. Maillard laisse la charrue et s'en vinstmalade. Le lendemain, de grand matin, j'envoie Lajoye à Vallongnes, porter mon estât et celui de Arnould et Maillard à maistre Raoul Dager, et rapporta qu'il nous falloyt seigner demain de grand matin. Le 26, je fus seigné, dont je me repenty bien, et Girot et Arnould aussy furent seignés ; » Topération coûta « 18 solds, donnés au barbier ». Aux trois malades, avait été administré le même remède. Il va sans dire que les « états » des patients étaient contenus dans trois fioles différentes et dûment étiquetées.

Tant les femmes que les hommes, tous envoyaient leur « état » à l'urologue : c'était l'usage ; et de quelque maladie qu'il s'agît, rhumes, chutes, indigestions, etc.

Le sire de Gouberville est-il enrhumé, aussitôt il dépêche quelqu'un à Valognes, porter son état à maître Raoul, avec une « missive ». Si l'état signifiait une note indiquant la situation du malade, pourquoi y aurait-on joint une << missive » ? Voilà une acception du mot état, dont les lexicographes n'ont pas parlé, du moins à notre connaissance.

320 Mor.un.s intimes du passé

Il y a, dans Brantôme, une anecdote fort réjouissante, qui donne une idée de la galanterie chevaleresque de celui qu'on a coutume de nommer le Père de la Renaissance. Nous la reproduisons dans son texte plein de saveur.

J'ay ouy conter que le roy François, ayant en main une fort belle dame, qui luy a longtemps duré, allant un jour inopiné à laditte dame et en heure inopinée coucher avec elle, vint à frapper à la porte rudement, ainsi qu'il devoit et avoit pouvoir, car il estoit maître. Elle qui estoit pour lors accompagnée du sire de Bonnivet (l'amiral Bonnivet), n'osa pas dire le mot des courtisanes de Rome : Non si parla, la signora è accompagnala. Ce fut à s'adviser là où son galand se cacheroit pour plus de grande seureté.

Par cas, c'estoit en été, où Ton avoit mis des branches et feuilles dans la cheminée, ainsi qu'est la coustume en France. Pourquoy elle lui conseilla et l'advisa aussitost de se jetter dans la cheminée, que bien lui seroit de quoy ce n'estoiten hyver.

Après que le roy eut fait sa besogne avec la dame, il voulut faire de l'eau ; et, se levant, la vint faire dans la cheminée, par faute d'une autre commodité ; dont il en eut si grande envie, qu'il en arrosa le pauvre amoureux plus que si l'on luy eust jette un seau d'eau. Je vous laisse à penser en quelle peine estoit ce gentilhomme car il n'osoit se remuer, et quelle patience et constance tout

KMMi; MM.ADK, J»;!!' S. VAN ll()0«.S TU ATKN.

(Musée royal «rAinsterdom).

LURINAL 323

ensemble. Le roy, ayant fait, prit congé de la dame et sortit de la chambre. La dame fit fermer par derrière et appela son serviteur dans son lit, l'eschauffa de son feu, et lui fit prendre chemise blanche (4).

François l""" ne faisait, en se conduisant do la sorte, que se conformer aux habitudes de son temps. S*il faut en croire Béroalde de Verville (2), c'était, encore au commencement du dix-septième siècle, la coutume générale, lorsqu'on voyageait, de « s'évacuer en la cheminée » des hôtelleries.

Tallemant (3) rapporte une impertinence du comte de Lude, qui ne pouvait lui venir à l'idée, si elle n'avait eu ses précédents dans les habitudes. Un jour, il heurte assez fort au cabinet de M. Schomberg, surintendant des finances : c'étoit son neveu. Un nouveau suivant, qui ne le connàissoit point, dit : Qui heurte 2omme cela ? — Ouvre. — Monsieur, on ne heurte pas ainsi céans. 11 entre et va pisser dans la cheminée.— «Ne pisse-t-onpas ainsi céans? » M. de Schomberg ne fit qu'en rire.

Le même Tallemant relate une aventure semblable, dont un abbé fut le héros L'abbé Testu, l'aîné, menait Mme de Gavoye chez Mme de Chavigny. « Mon pauvre abbé, lui dit-elle en passant dans une

a, Brani6me, t. vu, édition de 1822, p. 893.

(2) Moyen de parvenir, p. 127.

(3) Tallemant des Beaux, Jlistorielies, X, p. 73.

324 MflEURS INTIMES Dl' PASSÉ

grande salle, tourne la tête; et après, elle se met à pisser dans une cuvette (1). »

Nous verrons, en traitant de la propreté de la rue, que ces singulières pratiques persistèrent jusqu'à une époque relativement rapprochée de nous. Elles étaient dans leur plein sous le règne du grand Roi. Lisez plutôt ce passage, tiré du Fiireleriana. C'est un tableau d'après nature et d'un réalisme qu'excuse seule l'inconscience de ceux qui y figurent.

« Ce n'est pas, dit notre auteur, une chose fort extraordinaire de voir pisser un homme contre une maison, dans les rues; il ne l'est pas aussi qu'un cavalier donne la main à une dame d'un quartier de Paris à l'autre : toute femme de qualité ne peut avoir un équipage, mais elle peut avoir des escuyers qui ne coûtent rien, principalement quand elle est bien faite. Une de celles-là, ayant à passer du faubourg Saint-Germain au quartier Saint-Eustache, pria un gentilhomme de ses amis de luy donner la main ; comme ils étaient dans la rue Dauphine, Tenvie de pisser prit au cavalier; il s'approche d'un mur, il pisse sans songer qu'il tenait la main d'une dame et tout cela par absence comme faisoit M. de Brancas ; encore celuy-cy quitta la main de la Reine pour pisser contre la tapisserie, mais celui-là tint toujours ferme; la dame qui n'avait pas de masque, étoit rouge

'1) Ilislorieites, Yll, 18.

comme de Técarlate; tout le monde la regardoit, tout le monde rioit, et son escuyer pissoit toujours ; quand il eut fait et qu'il fut revenu de son absence : « Excusez, dit-il, madame, si je vous ay fait un peu attendre, c'est que j'ai une rétention d'urine qui m'incommode beaucoup (1) ».

Nous vous entendons pousser des exclamations et criera l'exagération. Nous avons nos répondants; ils sont des plus sérieux. Mais nous n'en avons pas fini avec le savoir-vivre tel que le comprenaient nos aïeux; nous vous ménageons encore quelques surprises.

(1) Fureîeriana, p. 263 de l'édition in-12 de 1696 : cité par de La BORDE, le Palais Mazarin, p. 292.

(Vignette de Henry Monnier)

Sur la question du savoir-vivre, il est curieux de constater combien les avis ont divergé suivant les pays et à différentes époques. Ainsi, aujourd'hui nous considérons comme des incongruités telles manifestations plus ou moins bruyantes que nos arricre-grandspères non seulement excusaient, mais qu'ils encourageaient presque par leur tolérance. ♦

Les Romains, qui étaient de gros mangeurs, loin de considérer comme un malappris celui qui témoignait par un certain bruit, « sortant par en haut, » que sa panse était trop pleine, enviaient le sort de ce convive fortuné. A leurs yeux, il y avait des éructations de bon augure. Quelle condition devait remplir le raclas pour être d'heureux présage, nous ne le saurions dire; tout ce que nous savons, c'est que, dans aucun cas, on n'aurait songé à imposer contrainte à l'estomac en révolte, dùt-il provoquer les plus fâcheux éclats. A Rome, tout le monde pensait là-dessus comme les stoïciens, qui prétendaient que les plaintes du ventre et de l'estomac ne doivent pas être étouffées.

Dans les repas nocturnes, c'était une véritable cacophonie, nous n'osons dire un concert, où chaque raclalor faisait sa partie, tandis qu'un esclave, placé à ses côtés, notait les présages. « Il y a là sans cesse,

écrit Juvénal, un complaisant prct.à crier merveille si l'amphytrion bene ruclavlt; si rectum minxit; si le bassin d'or a résonné en recevant son offrande. »

On attachait bien d'autres présages, généralement propices, à l'émission des fîaius qui se révélaient à l'ouïe ou à l'odorat; on s'applaudissait mutuellement de n'avoir pas mis d'obstacles aux exigences du dieu Grepitus ; car on avait divinisé ces vapeurs intérieures qui s'échappaient avpc bruit par les orifices naturels. Le dieu Grepitus figurait dans tous les banquets des Romains sous la figure d'un enfant accroupi, qui se presse les flancs dans l'exercice de ses fonctions diverses. Ce dieu là avait été imaginé par les Egyptiens : /Egyplos crépitas ventri pro numinibus habent, écrit Glément, d'Alexandrie. D'autres textes de saint Jérôme, ^aint Césaire, Minutius Félix, rapportés par Paul Lacroix (Pierre Dufour) (1), ne laissent aucun doute sur le caractère divin attribué par les Egyptiens aux flatuosités.

Ghaque fois que Grepitus élevait la voix, les assistants se tournaient vers le Midi ou Vauster^ patrie des vents, gonflaient leurs joues et faisaient mine de souffler, en serrant les lèvres. Ge n'était que dans les assemblées religieuses qu'il était prescrit de tenir closes les outres d'Eole. Partout ailleurs, et surtout à table, la liberté du ventre était considérée comme la plus essentielle et la plus respectable des libertés.

(1) P. Dufour, Hisl. de la proslilulion, loc. cit.

Les femmes cependant, n'usaient pas de la permission, et la raison en est curieuse à connaître. Quand, à leur insu, elles laissaient échapper, dans les convulsions du plaisir, ce que nous appelons des borborygmes vaginaux, c'était un présage significatif : le bruit promettait un enfant mâle ; l'odeur sans le bruit, provenant d'un autre orifice, une fille. Les Romains tenaient vraisemblablement ces pratiques des Grecs ; nos ancêtres les Gaulois les héritèrent à leur tour des Romains.

Comme l'a é/erit le professeur Brissaud (1), nos arrière-grands-pères usaient peu de la circonlocution. Même à la cour des rois de France, on s'exprimait aussi librement que certains grossiers personnages des romans naturalistes modernes. Tel grand seigneur au seizième siècle se permettait des onomatopées qui n'étaient pas toujours des paroles ».

En voulez-vous des exemples ? Ouvrez le journal d'Héroard, qui a noté au jour le jour les moindres gestes du jeune prince sur l'éducation duquel il veillait. A la date du 10 mars 1601, vous lirez :

Le 10, mardi. — A souper il fait un rot ; M. de Souvré

(1) HisIoCi •. des expressions populaires relatives à l'anaiomie, à la physiologie et à la médecine. Paris, 1888.

L URI.NAF. 329

l'en reprend ; il lui répond froidement : Mousseii de Soii^ vré, c'e^l un rol^ ce n'est pas un peî (1).

Peut-être allez- vous en induire que si les bruits d'en haut avaient toute licence de se produire, ceux d'en bas étaient sévèrement réprimés ? Ouvrez alors cet autre livre que vous connaissez bien, mais où il reste toujours à glaner, même pour qui le croit posséder dans son entier, j'entends les Mémoires de Saint-Simon. Au chapitre H du tome 1"% ces lignes retiendront votre attention :

« Le duc de Montfort, fds aîné du duc de Ghevreuse, épousa la fille unique de Dangeau et de sa première femme, fille deMorin dit le Juif, Ellepasse pour très riche, mais aussi pour ne pas retenir ses vents, dont on fit force de plaisanteries ».

i\e serait-ce pas là l'origine d'une chanson que nous a transmise la chronique des derniers règnes de la monarchie française et dont nous reproduisons, à titre d'intermède, quelques couplets (2) ?

Or, je m'en vais vous conter

L'histoire amoureuse D'une agréable beauté.

D'une précieuse.

(1) Journal de Jean Héroard, sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1028), par MM. Eud. Soulié et Ed. di: Barthélémy, t. I, p. 386.

(2) Nous les empruntons à V Intermédiaire^ 1867, n" 77, col. lao.

330 MŒURS INTIMKS DU PASSF

En dansant le menuet,

A la révérence, Sous sa jupe un petit p...

Partit en cadence.

L'amant qu'avait le nez fin Sentit bien la honte.

Et galamment prit soudain Le p... sur son compte.

La demoiselle, à l'instant, Lui dit, d'un air tendre :

« D'un procédé si touchant.

L'on peut tout attendre I »

Or, il résulta du fait Un doux mariage.

Combien voudroient pour un p.

Entrer en ménage I

Donc, écoutez cet avis,

Gentille fillette :

Si vous voulez des maris,

Sonnez la trompette.

D'aucuns ont voulu voir dans ces couplets légers

L URINAI. :U]

une allusion au mariacre de Lauzun avec la grande Mademoiselle ; d^autres, à l'union de Henri Chabot avec Marguerite, duchesse de Rohan, princesse de Laon (1). 11 n'importe ; tout ce qu'il nous plaît de retenir, c'est que, même à la Cour du plus grand de nos Rois, ces habitudes... carminatives étaient admises, nous allions dire consacrées. Il y eut, cependant, comme un scandale, au palais du Luxembourg, le jour où le jeune Lulli s'avisa de reproduire sur son violon les flatulences que la grande Mademoiselle ne savait pas dissimuler à son entourage.

Le plus souvent, on en riait. II y en avait, parmi les grands seigneurs de la Cour, qui se vantaient de détenir une sorte de record que, sans doute, on avait cherché à leur disputer. Ainsi le marquis de Rouillac, qui fut pendant un temps ambassadeur de France en Espagne, le baron du Moulin, le duc de Chevreuse (si nous devons nous en rapporter à cette méchante langue de Tallemant des Réaux), se montraient fiers d'emprunter, au gré de leur fantaisie, les foudres de Jupiter tonnant.

Le duc de Chevreuse avait, du moins, une circonstance atténuante, c'est qu'il était sourd; mais si

(1) Inlermédiaire des Chercheurg et Curieux, 1867, n"* 77 et 87 ; 187r.. n» 188.

c'était une. excuse à ses yeux, en était-ce une aux yeux d'autrui ?

Il fallut les susceptibilités des Précieuses, leur déchaînement contre toutes les inconvenances, naturelles ou autres, sinon pour faire cesser complètement ces accidents d'une familiarité exagérée, du moins pour leur infliger une sourdine (1).

Les auteurs de traités de civilité ont, sur ce point, varié quelque peu de sentiment. Jean Sulpice, qui écrivait au seizième siècle, trouve inconvenant de laisser une libre issue à ces bruits intempestifs. Un peu plus tard, Calviac se déclare, lui aussi, partisan de l'abstention. Quant à Erasme, il se montre plus accommodant. A ceux qui recommandent « que l'enfant retienne la ventuosité du ventre (en) serrant les fesses », il réplique que « ce n'est pas chose civile de se causer une maladie, pour avoir la réputation d'estre bien apprins (appris). S'il luy est loisible de s'esloigner de la compagnie, qu'il lasche son vent estant ainsi à Tescart, sinon qu'il desguise, selon Tancien proverbe, le son du ventre par un toussement (2) ».

Un temps fut que sans grand respect

On laschoit à table le pet

Et qu'on se mouchoit à la nappe (3).

(l) Le Bon vieux temps, par H. Havard, p. 99.

{% Civilité d'ERASME, traduction de Claude Hardy (1613).

13 Mellin de Saint-Gelais (cité par Brissaud, op. cit.).

A la môme époque, il n'était point malséant de demander à un malade s'il avait « des rots aigres et puants (1))). Aujourd'hui, nous avons remplacé ce mot, devenu hors d'usage, par celui de renvoi, qui n'est guère plus propre, s'il est plus imagé ; ou par le terme plus scientifique d'éructation (2), quia de la peine à s'acclimater. Et cependant, à tout prendre, cette dernière expression serait la plus acceptable, puisqu'elle peut se réclamer d'une origine quasi sacrée ; ne lit-on pas en effet, dans l'Écriture sainte : « Et cor meum ERUCTAviT verbiim bonum » ?

Passe encore pour le mot ; mais la chose qu'il représente noua inspire heureusement plus de répugnance qu'à nos aïeux (3) ; sur ce point, du moins,

(1) Ambroise Paré, Introduction, p. 14.

(2) Eructation vient de eructare (roter) ; de même que eluctari, faire effort, a engendré l'expression (ïéluîer, employée dans le Morvan comme synonyme d'éructer.

(3j La bienséance occidentale exige que les éructations ne se fassent pas en public; il en est autrenient en Chine, d'après ce que rapporte un médecin anglais: non seulement il n'est pas inélégant de roter, dans l'empire du Milieu, mais cet exercice est devenu un usage et une cérémonie nationaux. Au lieu de faire un speech après le repas, l'hôte s'excuse d'avoir convié les invités à un si maigre repas, et n'a qu'une crainte, c'est de voir partir ses amis avec une faim et une soif non apaisées. Là-des.su«, les invités protestent et louent, en un style fleuri, les plats exquis, puis placent les deux mains sur le ventre et défilent devant l'amphytrion, en lui rotant au nez aussi fort et aussi souvent qu'ils peuvent le faire. Ils tirent du fond de leur estomac la preuve irréfutable et concluante qu'ils sont pleinement satisfaits. Le rot équivaut à un remerciement dont Ibùle ne peut (|ue se nionlicr flatté. H en est de même dans

nous serons le dernier à demander un retour au passé.

l'Inde : aussitôt après son repas, l'Indien aime à s'étendre surson payai, dans une pose nonchalante, tout en faisant éclater de temps en temps de bruyantes éructations, félicitations à l'adresse de sa femme, pour l'excellence du repas qu'elle lui a servi. (Cf. Mœurs médicales de rinde, auct. cit., p. 88.)

Vous êtes- VOUS parfois demandé, je m'adresse aux lecteurs médecins, à quand remonte le plus ancien traité sur les maladies des femmes ?

Posez la question autour de vous, aux gynécologues les plus renseignés, et nous gageons fort que vous ne recueillerez que l'écho du silence. S'il s'en trouve pour vous répondre que le Père de la Médecine est l'auteur d'un pareil traité, détrompez-les sans plus tarder ; rien n'est moins prouvé, en effet, que cette œuvre, attribuée à Hippocrate, lui appartienne réellement.

Les écrits publiés sous le nom du vieillard de Cos où il est question de maladies des femmes, n'ont été probablement composés que deux générations après lui, et vraisemblablement sur les indications des matrones qui, les premières, ont soigné les affections propres à leur sexe (1). Plus tard, on retrouve

(1; Il y a tel passage d'AusoNE, impossible à reproduire ici, {Idylles^ traduction Corpet, édition Panckoucke, 1843, t. II,

quelques fragments s'y rapportant dans Gelse ; mais Gelse est un compilateur dont est contestable l'autorité. Quant à Archïgène et à Soranus, deux contemporains de Tempereur Trajan, ils ne se sont qu'incidemment occupés de la menstruation, de l'ulcération de la matrice, et du relâchement de cet oi-gane.

C'est à un médecin du nom de MoscHiON,qui vivait au troisième siècle selon les uns (1), au cinquième suivant d'autres, que nous serions redevables du premier ouvrage où sont indiqués les moyens de remédier aux maladies précitées ; et il s'écoulera plusieurs centaines d'années avant que paraisse le livre de Paul d'Egine, bien connu des spécialistes.

Il est remarquable qu'on n'ait songé que beaucoup plus tard à se préoccuper de l'hygiène intime de la femme. On trouve toutefois, dans Ovide (2), un passage d'où semble résulter que les Romaines se livraient à des ablutions secrètes. Après avoir exprimé son chagrin et sa honte d'être roi une nuit entière sans user de son sceptre {quo regno sine usu), malgré ses efforts pour régner [sollicitare manu), Ovide nous apprend que sa belle, avant de s'enfuir, demanda

p. 117), qui témoigne que la propreté des organes intimes était chose inconnue encore au quatrième siècle.

(1) V. le discours prononcé à l'ouverture de son cours annuel de maladies des femmes, le 29 novembre 1837, par le professeur CnnF.sTTEN, de Montpellier.

(2) Cité par F. Lir.i.n, op. cil., p. 34.

beaucoup d^eau^ afin que ses femmes ne se doutassent point qu'elle sortait intacte du combat (1).

A part cette vague allusion, on ne découvre les premières traces de prescriptions relatives à Thygiène sexuelle que dans un manuscrit publié au treizième siècle, et qui serait dû à une sage-femme, du nom de Trotula ; encore que d'autres l'aient revendiqué pour un certain Eros, médecin de l'Ecole de Salerne (2).

Le livre de Trotula, dont nous devonsla connaissance au docteur P. Pansier (3), d'Avignon, contient d'excellents préceptes d'hygiène et de propreté à Tusage de la femme, des détails très précis sur les soins que réclament ses organes sexuels : « Quando mulier cum

(1) Née mora ; desiluil iunica velala recîncta Et decuit nudos proripuisse pedes Neve suas passent inlactam scire minislrœ Dedecus hoc sampta dissimulavit aqua.

(Ovide, Amorum, lib. III, eleg. VII.)

(2) A la vérité, une épigrarame de Martial contre Lesbio laisserait supposer que la courtisane grecque était atteinte d'une de ces affections sexuelles qui nécessitent un traitemenl spécial, pour ne pas dire spécifique. Un ancien commentateur du satirique dit, d'autre part, que les femmes de Rome, matrones ou courtisanes, à l'époque du luxe et de la mollesse asiatiques, auraient tout refusé à leurs amants ou à leurs maris, si on ne leur eut pas permis de se laver (abluere). Ces ablutions durent devpLu <J autant plus fréquentes que les femmes étaient moins -saines et que la santé des hommes était plus exposée ; mai.^ ce ne sont \k que présomptions.

(3^ hi&ioire des Lunelles (1901), p. 21, n.

aliquo ii dormit am abluat pudenda interiiisjmmissis digitis involatis lana siccida... deinde diligenter absiergat, cum panno aliquo mundissimo, inius et exterius ; débet et tanc stringere crura, ut tota humiditas ab interioribus defluat, deinde panno intromisso fortiter comprimenda dessiccet ; tune pulverem {quam diximus) in ore accipiat et masticet et manus et pectus fricet et mamillas ; pectinem^ pudibunda et omnia assinia et faciem aqua rosarum, aspergat et sic bene ornata ad virum accédât. »

Les femmes, au moyen âge, prenaient donc plus de souci qu'on ne l'a prétendu de la propreté de leur corps ; ce que nous établirons, du reste, à grand renfort de vieux textes, dans une publication ultérieure (1).

Nous rappellerons seulement, à cette place, que, dans les fabliaux et les contes de ce temps, il est fréquemment fait mention de bains ou d'étuves et nous dirons, à ce propos, que certain meuble, qu'on admet comme ayant été inventé seulement au dixhuitième siècle, se trouve déjà indiqué dans les comptes royaux quatre siècles auparavant, dès 13/i9.

Peut-être nous fera-t-on observer que Viollet-le- Duc, dont nous nous autorisons, a fait une fausse interprétation du texte qu'il a eu sourf le.« yeux. 11 s'agit, en l'espèce, d'une chaière de fust (c'est-à-dire

(I) Mœurs inlimes du passé (Deuxième série).

une chaise de bois) à laver dames, qu'on avait payée un bon prix à son fabricant, nommé Hue d'Yverny. L'érudit architecte a vu là Torigine... du bidet. Mais est venu un autre érudit (1), pour nous dire que les Comptes royaux de 1353 mentionnent des chaises peintes, par Girard d'Orléans, et destinées à la reine et à diverses princesses, « pour cause de leur atour et de laver leurs chiefs (leurs tètes). » Les chaises à laver dames auraient donc été simplement des sièges sur lesquels les dames s'asseyaient, pendant qu'on faisait la toilette de leur tête ; or, le bidet n'a pas, que nous sachions, été inventé à cette fin.

Mais alors de quand date l'invention de ce meuble dont l'utilité ne saurait être contestée ?

D'après ce que nous venons de dire, on peut déjà inférer que cet instrument n'a été connu ni à la Renaissance (2), ni sous le Grand Roi. Puisque Louis XIV ne prenait un bain que lorsqu'il lui était prescrit comme remède — et encore n'exécutait-il pas

(1) Voir farticle de M. Adrien Marcel, dans V Intermédiaire, du 10 novembre 1892.

(2) Nous devons dire, toutefois, que dans Vlnslruclion pour tes jeunes dames, de Marie de Romieu, parue en 1573, il est recommandé à toute « belle damoiselle »,de « toujours prendre garde à se tenir bien nettement, quand ce ne serait que pour la satisfaction de soy-méme ou d'un mary ». Toute la page qui se rapporte à ces ablutions est à lire ; mais il n'y est aucunement question d'un instrument approprié à cette fin. (Cf. le Recueil curieux de pièces originales, rares ou inédiles, en prose ou en vers, etc., par le bibliophile Jacob (P. Lacroix) ; Paris, s. d., p. MU.)

toujours la prescription — il est à supposer que les dames de la Cour, à son noble exemple, ne se tenaient pas plus propres. Mme de Maintenon, qui était la pruderie incarnée, se fut bien gardée de se livrer à un pareil exercice d'équitation ; pas davantage Mme de Montespan, dont son royal amant ne s'était, du reste, séparé, que parce qu'elle ne sentait pas tous les jours — ou toutes les nuits — la rose.

Un autre argument qui a sa valeur, c'est que ni dans Tallemant, qui ne recule pas devant l'expression osée ; ni dans Brantôme, qui se délectait de gauloiseries ; ni dans Saint-Simon, qui a chanté les fastes de la chaise percée ; ni dans Mme de Sévigné, qui ragote un peu de tout et sur tout, vous n'arrivez à découvrir la moindre allusion à l'objet de toilette intime, universellement connu aujourd'hui, à l'exception, peut-être, de certains coins reculés de nos provinces.

(( En province, écrivait, encore il y a peu de temps, un correspondant ou une correspondante (?) d'un journal de curiosité (1), le bidet est peu connu dans la petite bourgeoisie. Il y a certainement plus de cent sous-préfectures où on ne trouverait pas à en acheter un seul; et en disant cent, je suis certainement au-dessous de la vérité. Pas mal de préfectures

(1) Inlermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 27 janvier

L HYGIENE SEXUKIXE AU TKMPS JADIS SU

sont dans le même cas ;je l'ai appris à mes dépens. En certaines provinces reculées, les seuls que j'ai vus, à dossier et rembourrés de cuir, dataient de la fin du siècle dernier... »

C'est en effet, au siècle des élégances et de la frivolité — qui fut aussi celui de la propreté — qu'on vit naître le bidet.

Le marquis d'ARGENSON conte, dans ses Mémoires (1), que Mme de Prie lui donna audience sur ce meuble, qui ne devait pas être des plus répandus, car c'est la première mention que nous en ayons rencontrée. Cependant, en 1739, un maître tourneur, du nom de Peverie, demeurant rue aux Ours, a l'enseigne de la Belle Teste, fabriquait, ainsi que nous le révèle sa carte d'adresse, des « bidets, doubles bidets et chaises à deux dos (2) ».

Dans l'inventaire de Mlle Desmares, une « belle impure » dont la vente eut lieu en 17Zi6, figuraient « une cuvette de garde-robe de fayence sur son pied de bois », et « une cuvette d'étain de garde-robe, montée sur un pied de bois », que les scribes d'une époque pourtant peu bégueule, n'ont pas osé désigner

(1; Tome I, p. 205.

(2) Havahd, DicL du Mobilier, t. I, f- 313.

SOUS leur véritable nom. Ce sont, sans doute, les descendants de ces tabellions vertueux qui ont baptisé la même cuvette « guitare », ou « violon de faïence »; ce qui est, reconnaissons-le, moins irrévérencieux que la définition qu'en a donnée un de nos spirituels confrères, qui a baptisé le bidet : la pièce d'eau des Cuisses I

Le bidet n'aurait, a-t-on dit (1), adopté sa forme définitive et revêtu son nom qu'à partir de 1750 ; cette question d'état civil ne mérite pas, au surplus, qu'on s'y arrête.

Au début, la cuvette du bidet était revêtue de garnitures plus ou moins riches : en 17^9, Lazare DuvAUX, le fournisseur à la mode, chez qui la Cour et la Ville allaient s'approvisionner, vendait au prince d'Enrichemont « un bidet garni en maroquin », pour la somme de 21 livres; et, Tannée suivante, à la princesse de Rohan, un « bidet en vernis bleu poil, garni de maroquin bleu et de sa cuvette, » moyennant 32 livres.

En 1750, un inventaire du garde-meuble signale « un bidet couvert de toile blanche, avec doubles housses de bazin, garnies de mousseline brodée en falbana {sic), pour servir à Madame Adélaïde ».

(1) Deville, Dict. du Tapissier, p. 36.

l'hygiène si:xuelle au tk.mps jadis 343

Outre les bidets à falbalas, on fabriqua, dès ce moment, des bidets à dossier, des « bidets à seringue », dont une curieuse estampe de Dunker nous donne la très exacte reproduction (1).

Un ébéniste, plus pudique que ses collègues, aA^ait mis en vente, à cette môme époque, dans ses magasins de la rue Saint-Honoré, des bidets qui, comme on avait fait pour les chaises percées, se dissimulaient dans des meubles sérieux, tels que des chiffonniers, des secrétaires, etc. (2). En 1783, ce même ébéniste, nommé Gochois, confectionnait un chiffonnier qui se transformait à volonté en table de nuit, chaise d'aisance ou bidet (3).

Mme de Pompadour s'en tint, pour son propre usage, aux bidets à dossier; mais il les lui fallait luxueusement ornés. Le premier qui lui fut fourni (ainsi que Lazare Duvaux le consigne sur son Livre- Journal^ à la date du 25 août 1751), était « plaqué en bois de rose et fleurs, garni de moulures, pieds et ornements de bronze doré d*or moulu, avec sa seringue et la cuvette du fond en étain plané ».

Quant au second, il était beaucoup moins compliqué : la description de la chambre de la marquise, au château de Saint-Hubert, en fait foi.

(1) V. la gravure dans le très curieux ouvrage de Grand- Carteret, Galanteries au dix-huitième siècle ; Albin MicLel, éditeur.

(2) Havard, op. cit., t. II, f° lOCô.

(3) Almanach sous verre, 1783, col. 226.

314 MOEURS IN'IJMÎ.5 DU PASSP:

Cette chambre communiquait avec un cabinet, son complément indispensable. Ce cabinet, tendu de la même étoffe que la chambre à coucher, renfermait deux commodes de bois de rose, avec mosaïque en placage ; une table à écrire de même bois, — celle sans doute qui est représentée dans le portrait de la marquise, par Boucher ; une table de nuit « de bois violet et rose » ; un siège en encoignure avec coussin ; une « chaise d'affaires », garnie de basin et couverte de mousseline ; enfin, un bidet (1).

Comme le précédent, c'était un bidet à seringue — nous disons aujourd'hui un bidet siphoïde — « de bois de noyer, avec couvercle et dossier de maroquin rouge, cloué de clous dorés, ayant dans le dossier deux flacons de cristal (!) ». Il était garni d'une cuvette de faïence, et(( long de 18 pouces, sur 10 pouces de large, 30 pouces de haut, du dossier à terre ».

C'est également un bidet à seringue dont se servit Marie-Antoinette, pendant sa détention. Dans le Mémoire des dépenses de la veuve Capet à la Conciergerie^ on lit : « Pour un bidet en bazane rouge, garni de seringue, le tout neuf pour servira la veuve Capet, cy... 60 1. (2).

Ces bidets à seringue ou à dossier furent, pendant plusieurs années, d'un usage assez répandu, si nous nous en rapportons aux délicieuses peintures

{!) Havard, Dictionnaire, t. I, f» 693 ; t. II, f° 1065.

(2) Marie-Antoinetle à la Conciergerie^ par Campardon.

de Boucher et de Lancret, qui nous renseignent si bien sur les mœurs du temps.

Plus tard, le dossier fut supprimé, et le bidet, en forme de tabouret, détrôna le bidet à dossier. Mais la façon continuait à en être très soignée. La Deschamps, une actrice qui eut son heure de vogue, possédait deux cabinets ouvrant sur la chambre à coucher (1): l'un de toilette, l'autre de lieux à l'anglaise, tous les deux embellis de glace ; on y admirait « une petite baignoire tout à fait intime (lisez un bidet), d'argent massif, avec garnitures de points d'Angleterre ».

C'était, nous devons en convenir, une exception. Il fallait être Mme du B arry, pour s'offrir « un bidet de marqueterie, avec la boîte à éponge d'argent, duquel bidet la cuvette (était) aussi d'argent... » Quant aux invitées de la favorite, elles devaient se contenter d'un « bidet avec sa cuvette garni en maroquin rouge (2). »

Au dix-huitième siècle, la garniture extérieure de l'instrument était parfois d'un bois rare, tel que du bois de rose ou de merisier, plus ou moins incrusté ou sculpté ; mais on se contentait, pour la cuvette, d'étain ou de faïence. De nos jours, on a vu reparaître des cuvettes de porcelaine de Chinci (3) ou de

(1) G. Capon et Yves-Plessis, La Deschamps, p. 140.

(2) Histoire de Mme du Darry, par Ch. Vatel.

(3) Cf. Intermédiaire, 30 mars lO^X), col. 535.

vieux Rouen, voire même des cuvettes en argent massif. A la vente d'objets ayant appartenu à une de nos modernes vestales, lé marteau du commissaire-priseur adjugea un superbe bidet en argent ciselé, au fond duquel, sur une banderolle, étaient gravés ces mots qui sont tout un programme : « Laissez venir à moi les petits enfants ! »

En général, cependant, nos aïeules préféraient la commodité au luxe : le menuisier Dulin, établi porte du Pont-aux-Choux, fabriquait des bidets de voyage (1), dont les pieds se dévissaient et pouvaient se loger dans la cuvette. Le même Dulin informait le public qu'on trouvait chez lui cette sorte de meubles, « à l'usage de l'armée et à l'épreuve des plus fortes secousses (?) »

En dépit de toutes ces références, le bidet n'avait pas encore sa place dans tous les intérieurs à la iin de l'avant-dernier siècle (2) ; car, en 1790, le rédacteur de VAlmanach des honnêtes femmes, au paragraphe de la « Fête du bidet », fait des vœux pour

(1) Mercure de France, février 1762.

(2) Il y en avait cependant dans certaines prisons : dans r *< état des effets laissés à Miolans » par le marquis de Sade, qui venait de s'évader de cette citadelle, se trouvait... un bidet, un pot de chambre et une chaise percée. (Manuscrit de la vente G. BoiJD, du 30 mai 1906, faite par Noël Charavay.)

que son usage se propage « dans les couvents et les provinces (1) ».

Ces vœux furent-ils exaucés? Nous n'oserions en jurer. Une anecdote, qui trouvera bien sa place ici, nous confirme dans nos doutes.

Vers 1855, une dame habitant le département du Gers, se faisait envoyer, par un fournisseur de la capitale, un bidet, qui arriva le jour même où elle donnait un grand dîner.

En bonne maîtresse de maison, elle alla, avant l'arrivée des convives, inspecter les préparatifs du repas ; et sur la grande table, que vit-elle, trônant au milieu des plats pour les différents services, le... bidet, expédié de Paris !

Aussitôt elle fait appeler le maître d'hôtel et lui demande, d'un ton sévère, ce que signifie cette plaisanterie. L'autre, tout interloqué, ne comprenait rien à ce mouvement d'indignation. — « C'est, lui répondit-il avec ingénuité, la nouvelle soupière que madame a reçue ce matin... »

(1) Inltrmédiaire, 22 janv. 1900, col. 106.

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