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LA PROPRETE DE LA MAISON LLS « PRIVÉS » OU (( COMMODITÉS

Homo sum ; humani nihil a me alieniim puto. (TÉRENCE, Heaut., act. I, se. 1.)

De minîmh non curai prœt or ^ et cependant, ceux qui avaient charge de veiller à l'hygiène et à la santé publiques dans la ville des Césars, s'étaient, de bonne heure, préoccupés d'un point que nos modernes édiles perdent trop souvent de vue : ils avaient fait établir, pourquoi ne pas dire le mot, aussi ancien que la chose qu'il désigne, des latrines publiques.

Le vocable est de mauvaise compagnie, mais essayez de le remplacer, vous n'aurez qu'un terme approximatif. Lieux est trop général et demande une circonlocution. Privés a le même inconvénient. Water-closei est un mot que nous avons emprunté à une autre langue et d'autant plus superflu que la notre abonde en dénominations propres à

cet objet. Garde-robe donne l'idée d'une autre destination. Aisances^ malgré sa couleur locale, pris isolément, n'a pas une signification assez précise. Cabinet d'aisances est un mot composé, long par conséquent, et qm, avec fosses d'aisance, auquel il est souvent lié et dont il est en partie synonyme, oblige à des répétitions. Cabinet inodore est eokGore une dénomination fausse, puisqu'il s'applique à des Ke«x malodorants, au moins temporairement (1).

Latrines ! le mot donne la nausée, par le fait seul et ridée qu'on y attache. Il évoque la besogne la plus répugnante, toute physiologique qu'elle puisse être. Et cependant, ce mot si honni est par lui-même plaisant à l'oreille et on ne s'explique pas sa disgrâce. Au reste, ne dérive-t-il pas de lavatrina, terme latin qui signifie... bain ? Cessons donc de mettre à l'index le réprouvé à qui l'usage a depuis longtemps conféré ses lettres de grande naturalisation.

Les Grecs avaient dans leurs habitation^ des lieux destinés à recevoir les sécrétions : ils les appelaient acpsBpov — aphedron (a seorsim sedendo) (2), ce qui correspond à notre expression française latrines (3).

(1) LiGER, op. cil., p. 4.

(2) Vossii, Etym., verbo Latrina.

(3) LuDOLPH. CusTER, în EcclesiasL, v. 303 et suiv. — Apulée, \\\). I ; Plaute, Curculio^ acte IV, scène IV.

Ils appelaient Taction d'excréter cc-koizoliu^ ^ se retirer à l'écart (-1).

A Rome, existait-il déjà de pareils établissements gratuits? C'est une opinion vraisemblable, bien que la preuve manque pour Tétayer.

Il y avait, en tout cas, des latrines payantes, affermées aux foricarii ; ceux-ci acquittaient au fisc le prix de leur bail et percevaient, en échange, un droit sur ceux qui pénétraient dans ces « lieux ». (2).

Ces latrines, on trouve la trace de leur existence dans un texte vénérable de vétusté, puisqu'il remonte au deuxième siècle avant J.-C. (3). il existait, au ForumouauComitium, non loin du tribunal, un de ces établissements, qu'on peut bien dire d'utilité publique.

A la fin du troisième siècle, sous Dioctétien, on ne comptait pas moins de \îxk réceptacles de cette nature (4). Les palais et les édifices publics en étaient

(1) Pendant longtemps, toutefois, les Athéniens et les Lacédémoniens n'eurent, de même que les Hébreux et les Égyptiens, d'autres ressources que de se... soulager dans la rue. (Cf. la très facétieuse mais très érudite dissertation de Grosley, dans les Mémoires de V Académie des sciences, etc., nouvellement établie à Troyes (1756), t I, p. 11 et suiv.)

(2) Fiscus- et suis conlractibus usurus non dut : sed ipse accipity ut solet, a foricariis qui tardius pecuniam inferunt (Digeste, 1. XVII, lib. xïi, t. II) « Le fisc ne prêle pas à intérêt, il attend luimême l'argent des fermiers de latrines publiques, qui l'apportent tardivement ».

(3) C. TiTius, ap. Macrode, Sat. II, 12 (cité dans Darrmberg et Saglio, Dicl. des Anliq. grecq. et rom., art. Lalrinœ).

(4) PuBLius Victor, De liegionibus urbis fiomœ.

pourvus. Les historiens rapportent que l'empereur Héliogabale fut massacré par ses soldats dans les latrines où il s'était réfugié. Les assassins traînèrent ensuite le cadavre dans les rues, et finalement le jetèrent dans un cloaque (égout), par hasard trop étroit pour recevoir le corps (1).

Sous Tibère, aller aux latrines avec un anneau ou une pièce de monnaie à l'effigie de l'empereur constituait un crime de lèse-majesté (2).

Au temps de Néron, le poète Lucain, encore jeune, lança à l'adresse de l'empereur une insulte si grossière (3), que tous les Romains se trouvant dans le lieu où elle fut proférée se sauvèrent en toute hâte, pour ne pas être compromis et poursuivis sous l'inculpation que nous venons de désigner.

Ces latrines avaient non pas seulement des dalles percées, mais des sièges; elles devaient être d'assez vastes dimensions, pour que Néron pût y faire jeter, en signe de mépris, les statues de tous les athlètes vainqueurs dont la gloire lui portait ombrage (4).

Mais il n'y avait pas que des latrines publiques à Rome; les palais des empereurs, certaines maisons de riches particuliers en étaient pourvus. On a trouvé remplacement de celles de la maison dorée de Néron;

(1) Lampride, Héliogabale, ch. XVII.

(2) SuETON., Tiber., cap. lvii.

(3) SuETON., Lacan.

(4) SuETON., Nero, xxiv.

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des fouilles ultérieures ont mis à jour, dans un état de conservation parfaite, les latrines du palais d'Auguste, au Palatin (1).

Il y avait également, dans les rues de Rome, des urinoirs, disposés dans des ruelles étroites et peu fréquentées: c'étaient des amphores (2 j, ou des vases en terre, que l'on coupait de façon à les ramener à une hauteur pratique. On ignore si cet usage était l'objet d'une prescription administrative, en vue de la salubrité plutôt qu'en vue de l'agriculture; toujours est-il qu'au temps de la république romaine, Turine n'était employée qu'exceptionnellement à fertiliser les terres, car ni Gaton, ni Varron, dans leurs ouvrages spéciaux, ne font allusion à ce liquide humain employé comme engrais ; il faut arriver à Pline et à Golumelle pourvoir les déjections utilisées dans ce but.

A la lin de la décadence de l'Empire, l'emploi des matières fécales pour la fécondation des terres était déjà, paraît-il, abandonné; seule, l'urine conserva la faveur dont elle avait jusqu'alors joui. Elle était,

(1) Gazette archéologique, 1888.

(2) Le discours de Titius en faveur de la loi Fannia (de l'an de Rome 593, correspondant à l'an 161 avant Jésus-Christ) fait déjà mention d'amphores pour certains besoins, dans les ruelles de Rome {amphorœ in angiporfis).CL Macrobe, Salurn., III, cap. 16 ; Lucrèce, IV, 1026 ; Martial, XII, 48 ; 77,9 [Sellœ Patroclianœ) ; le Scoliaste de Juvénal, III, 38; Gujas, 06s., xxii, 34; enfin, VEnrijrlopédie de Siutlgard, aux mots Dolium, Latrina, Lavalio IFrildlander, iViceurs romaines du siècle d'Augii sic, l. IIl. p. 154),

en outre, utilisée dans les arts industriels : les dégraisseurs s*en servaient pour nettoyer et blanchir les tissus. On avait même fait cette remarque que les foulons romains, au métier desquels l'urine était nécessaire, et sans doute aussi les tanneurs, qui en faisaient usage, était exempts de la goutte (1).

FOULONS l'BESSAMT DES ÉTOFFES DANS DES CUVES DEAU MELANGEE DUKKNb

(D'après une peinture de Pompéi.)

Ces foulons avaient Fautorisation de mettre dans les rues des récipients, qu'ils vidaient quand les passants les avaient remplis (2). Ils achetaient ce privilège, en payant le célèbre impôt sur les urines, établi par Vespasien (3).

On connaît Tanecdote souvent citée : son fils Titus, rayant blâmé d'avoir établi un impôt sur Turine, Vespasien lui mit sous le nez le premier argent de l'impôt, en lui demandant s'il sentait mauvais ; Titus lui

(1) LiGER, op. cit., p. 45.

(2) Martial, VI, 93, 1.

(3) SuET., Vespas., XXIII.

ayant répondu que non : « Il vient pourtant de Turine, » lui répliqua son père.

Après Vespasien et à son exemple, l'empereur Constantin étenditl'impôt aux excréments des hommes et des animaux, sous le nom de chrysagyre. Constantin soumit à rimpôt du chrysagyre tous les trafiquants, marchands et débitants quelconques, urbains et forains, sans en excepter les plus misérables ; de sorte que, tous les quatre ans, à l'époque de la levée de l'impôt, c'était un concert de plaintes et d'imprécations. Cet impôt se nommait aussi or lustral, ou d'expiation, parce qu'il était prélevé sur les commerçants et les gens de mauvaise vie, qui ne faisaient souvent qu'un. Hommes, femmes, garçons, filles, mendiants, affranchis, tous devaient apporter au trésor public une pièce d'argent, à laquelle étaient taxées leurs matières excrémentielles et l'urine. Les bêtes de somme, bœufs, mulets, chevaux, n'en étaient pas exempts ; les chiens et les ânes payaient tant par tête . Le maître d'une bête de somme n'acquittait pas moins de six sacs de monnaie (sex follis) (1). Devant la réprobation unanime, cet impôt finit par être supprimé (2).

En dépit de toutes les ordonnances, les édifices publics de la capitale du monde romain étaient sou-

(1) BuLENGERUS, de Tribulis ac vecligalibus populi romani^ cap. XXVI (Toulouse, 1712, in 12).

(2) EvAGRius, lib. III, cap. xxxi (Liger, cil.).

MŒUns INTIMES DU PaSSÉ

vont souillés de déjections stercorales ou d'aspersions impures. Une inscription, qu'on pouvait lire dans les thermes de Titus, et dont le texte nous a été conservé (1), atteste le sans-gêne des Latins à cet égard; jusqu'aux monuments funéraires, qui étaient salis par les déjections stercoraires ! (2)

Notre « défense de déposer des ordures » était faite à Rome sous la forme de deux serpents se fai-

sant face, séparés par un autel consistant en un haut trépied soutenant un vase, avec une inscription au-dessous (3).

C'était pour préserver la poésie des atteintes des méchants poètes, comme un mur d'une souillure,

(1) Voici ce texte : Duodecim Dios et Dianam et Jovem opium maximum habeal iratos, quisquis hic mixerit aut cacaril (Quiconque aura uriné ou c... ici encourra la colère des douze dieux, de Diane et du très bon et très puissant Jupiter).

(2) PÉTRONE, Satires.

(3) Anthony Rien (Dicl. des Antiq. gr. et rom., v° Anguis) en donne un dessin qu'il a relevé dans un couloir des Thermes de Trajan.

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que Perse voulait qu'on peignît deux serpents avec cette inscription :

Pinge duos angues. Paeri^ sacer est locas^ extra merjite (1).

Ceux qui se livraient à de pareilles incongruités étaient d'autant moins excusables, qu'en général, il y avait dans l'intérieur des maisons des chaises percées, fixes ou mobiles (2); sans compter des latrines pour les serviteurs ou esclaves.

Les ruines de Pompéi ont permis de se rendre un compte très exact de la disposition de 3 latrines privées. C'était généralement dans l'intérieur des habitations, près de la cuisine, qu'on les plaçait, et non dans les cours ou les jardins. Voici la maison de Marco Lucrezio, un riche patricien de Pompéi. Avant d'entrer dans Vatrium, se trouve une petite pièce, donnant accès à trois autres pièces, qui paraissent être la cuisine, ses dépendances et les latrines. Ces pièces sont grossières et sans décoration; celle qui contient les latrines n'a pas d'autre particularité que d'avoir un sol plus élevé et d'être carrelée en grandes tuiles. Sur les murs sont des figures obscènes, gravées à la pointe (3).

(1) Sat. /, V. 13.

(2) PoLL., X, 44, 45 {Dicl. de Daremberg, art. cit.).

(3) Le Case e i monumenli di Napoli, articles Cucina, Cessi, etc. (LiCER, p. 29).

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La latrine de la cuisine était généralement dissimulée dans un renfoncement, isolée par une cloison ou par un petit mur, quelquefois semi-circulaire et simplement à la hauteur d'appui, souvent aussi sans aucune séparation. Installée dans une pièce voisine de la cuisine, cette latrine avait une canalisation commune, à travers le mur mitoyen ; mais souvent on lui réservait une pièce isolée et écartée au fond de la maison, on bien ouvrant au contraire sur le vestibule; très souvent encore on utilisait l'espace libre dans Tescalier.

Dans certaines maisons, il existait, outre les latrines attenant à la cuisine, des latrines au premier étage, se déversant, par un conduit, dans celles du rez-dechaussée, ou pourvues d'une canalisation spéciale. Il y avait aussi des latrines à deux places, avec un urinoir à côté du siège ; parfois le siège est remplacé par un socle bas, percé d'un trou, avec un urinoir à côté du siège; d'autres fois, le siège est remplacé par un socle bas, percé d'un trou, avec, en avant, la place des pieds marquée. L'inclinaison du sol ramenait l'urine dans le tuyau de décharge, grâce à un trou ménagé sous le socle. Une niche était disposée pour recevoir une lampe, le soir (1).

Quand les latrines privées étaient pourvues de sièges, ceux-ci étaient en marbre dans les demeures

(1) Dictionnaire des Antiquités, de Daremberg et Saglio, art. cit.

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opulentes; en bois, chez les particuliers moins fortunés.

Nous sommes peu renseignés sur le mobilier des latrinœ; tout ce qu'on en sait, c'est qu'il s'y trouvait une éponge, fixée à l'extrémité d'un bâton, qui remplissait, très probablement (1), l'olfice de notre balayette.

Comme de nos jours, les murs des latrines publiques se couvraient d'inscriptions gravées à la pointe, écrites au charbon ou à la craie (2).

(1) D'après Montaigne, il servait d'aniiergium, mais cette opinion n'est pas soutenable (Cf. Liger, p. 30, note 2). Sur les anitergia, chez les Romains, v. Grosley, Diss. cit., pp. 21 n. 30, 35, etc.

(2) Martial, XII, 61, 9-10 et Corp. inscr. lai., IV, 3146. Les latrines publiques de nos jours sont souvent couvertes d'inscriptions gravées à la pointe ou simplement écrites au fusain, qui ne le cèdent en rien comme obscénité à celles des latrines antiques ; en voici quelques échantillons :

Si cacare velis, charlam porlare mémento Ne maneat digilis pendula merda tais.

In nomine omnium culorum ne merdis tuis sellam inquina ; in nomine omnium nasorum vas opercula.

Lambe digilos civitalis fœx, ne parieles merda macules.

Viator, quanlacumque sil pudor, ibi le oporlel culum tuuni oslendere.

Sella sil manda sicut quadta.

Voici l'inscription qui, d'après Ménage (édition de 1693, p. 181), existait dans les latrines que Pie V avait fait construire : Papa Piux quinlus ventres miseralux onuslos Hocce cacalorium nobilt fecit opus.

\\ est une autre inscription ^ue l'on voit souvent sur la face

Pompéi avait, comme Rome, des latrines publiques en assez grand nombre : au Forum, aux petits et aux grands Thermes, au Théâtre et dans divers endroits de la ville. A Timgad, en Afrique, il y avait de ces mêmes établissement, calqués sur le modèle de ceux de Pompéi. On en a retrouvé qui avaient jusqu'à 28 places. Les latrines des Thermes de Timgad étaient établies sur un canal courant le long d'un mur, auquel étaient adossés vingt-huit sièges limités par des séparations. Autant de caniveaux qu'il y avait de places facilitaient l'écoulement des liquides (1).

Les sièges en pierre étaient artistement moulurés. Le sol était couvert d'une belle mosaïque, représentant des animaux entourés de rinceaux variés (2).

Les latrines publiques de Lambèse étaient organisées d'après le même système, également semicirculaires, avec canal et courant d'eau poussant tout à Tégout — car les Romains, comme nous

extérieure des portes des latrines construites sur le bord des chemins, en Provence et en Italie :

Passant

Ibi caces.

Cette dernière inscription, bien qu'analogue par la forme aux précédentes, a un caractère plus sérieux, puisqu'elle est faite en vue de recueillir les excréments pour la fumure des terres.

(1") Les anciennes latrines flamandes, nous écrit un obligeant correspondant (de Ledighem-lez-Coutrai), « telles qu'on les trouvait partout, mais surtout dans les estaminets, comportaient deux, trois, quatre ouvertures, qui permettaient à plusieurs personnes de se satisfaire Tune à côté de l'autre ».

(2) Dicl. de DAREMnEPr. et Saglio, art. Latrinse.

Texposerons en détail un peu plus tard, semblent avoir connu et pratiqué le tout à Végoul. Au lieu de sièges, il n'y avait, à Lambèse (1), que de simples

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