‹ Moeurs intimes du passéChapitre 32 sur 40 · COURTISANS SE RENDANT AU LOUVRE, A CHEVAL, POUR EVITER LA BOUE · texte numérisé non relu

COURTISANS SE RENDANT AU LOUVRE, A CHEVAL, POUR EVITER LA BOUE

(D'après les Costumes, de Montfaucon.)

à deux entrepreneurs, Rémond Vedel, dit Lafleur,et son associé P. de Sorbet, le droit de percevoir la taxe accoutumée pour

conditions hygiéniques de Paris au commciicemeDt du dixseptième siècle.

La boue de Paris était célèbre : c Vérole de Rouen et boue de Paris ne s'en vont qu'avec la pièce », disait un proverbe. Et ce n'était pas seulement Teau du ciel qui faisait celte boue. Bien au contraire, si l'on en croit un contemporain (1), « Tétat du ciel le plus agréable est encore la pluie ; au moins elle lave les rues ; car, par les autres temps, la bouillie et la moutarde nous baisent les mains. Et il y a là une diable de boue aussi / inévitable, aussi tenace qu'une maladie de mauvais lieu. »

On ne pouvait guère marcher dans les rues qu'en bottes, ou bien encore en se servant d'un cheval ou d'un mulet ; les courtisans les plus raffinés se rendaient ainsi au Louvre, ayant souvent leur femme en croupe; le président de Thou (2) nous dit, dans ses Mémoires, que sa femme ne sortait jamais par la ville « qu'en croupe derrière un domestique ».

Malgré l'ordonnance du mois de septembre 1608, qui insis-

l'enlèvementdes boues et immondices. Mais ils abusèrent tellement de leur privilège, en augmentant cette taxe eten'la faisant lever de force, que la concession leur fut retirée et cédée à un nouveau « soumissionnaire », le sieur Duthiel, qui ne fit pas mieux ses affaires que ses prédécesseurs et dut résilier son contrat. Le 31 décembre 1609, le roi prenait à sa charge le nettoiement de la voie publique, tandis qu'on augmentait les droits d'entrée de quinze sous sur chaque muid de vin. Une nouvelle société qui avait pris l'entreprise à sa charge parut réussir ; mais deux autres qui la remplacèrent successivement réussirent moins bien ; en 1621, le monopole du nettoiement des rues était concédé au célèbre ingénieur Salomon de Caus, qui s'engageait « à prendre.dans la Seine quarante pouces d'eau età les conduire dans plusieurs fontaines publiques, dont l'emplacement fut désigné ».

(1) Aventures d'un seigneur italien au temps d'Henri IV, éditées par E. RoDOCANACHi, p. 289.

(2) De Thou, Mémoires, édition Michnud, t. xi.p. 331.

tait sur la défense « de jeter ou faire vider par les fenêtres des maisons, tant de jour que de nuit, urines, excréments ni autres eaux quelconques >, on n'était à peu .près en sûreté dans les voies les plus larges qu'à la condition de ne pas quitter le milieu de la chaussée, où coulait un ruisseau fangeux ; car à chaque instant une fenêtre s'ouvrait, et une inondation nauséabonde menaçait le distrait qui n'avait pas entendu les mots sacramentels : gare l'eau I

La province n'était pas plus avancée que Paris, sous le rapport de la propreté de la rue. Tandis qu'à Toulouse, il était interdit de jeter autre chose dans les rues que les balayures, en Provence les édiles se montraient plus tolérants : il était permis de vider les vases de nuit par la fenêtre, mais seulement après dix heures du soir.

A Avallon, il suffisait de crier : gare Veau, pour n'être pas inquiété par la police municipale. A toute heure, on pouvai\ verser les immondices à la rue.

Ailleurs, à Issoudun et Bourg, par exemple, les bourgeois n'étaient tenus de nettoyer le devant de leur maison que le dimanche. Les autres jours, ils avaient la faculté de laisser du fumier sur le passage, pourvu que les tas ne fussent pas trop élevés pour l'obstruer.

Les habitants de la plupart des villes, à l'époque dont nous parlons, étaient cependant priés de « faire leurs aisances de nature » ailleurs que sur les voies publiques ; et tout propriétaire était tenu « d'avoir des privés et chambres aisées » dans sa maison (1), « afin que, à défaut de ce, les rues ne soient empuanties. »

(1) A Agen, le Bureau de la Santé, dès septembre 1G05, avait ordonné que « sera fait des privés et commungs en lieux et

Les récalcitrants pouvaient se voir saisir leur immeuble. Ce qui n empochait pas que, dans le Midi, à Aix, au dire d'un voyageur, « l'usage des fosses de privés n'y étant pas reçu, il faut allerlaire ses affaires surles toits des maisons, ce qui empeste fort les logis et même toute la ville, principalement lorsqu'il pleut, l'eau entraînant dans les rues toute cette ordure, de sorte qu'il fait fort mauvais à cheminr^r en ce temps-là. » Aussi le proverbe court : à Aix, il pleut comme m...

Arles et Marseille n'avaient rien à envier à Aix sous ce rapport. La description que nous donne un de nos confrères (I) de la ville de Nîmes, n'est pas moins suggestive. € Quant aux rues, écrit le docteur Alb. Puech, au dédain de la ligne droite elles joignaient un amour excessil !». l'étroitesse ; elles étaient pour la plupart inaccessibles auxca;Tosses. Ce n'étaient pas malheureusement leurs seuls inconvénients : leur propreté laissait sérieusement à désirer, et par suite de l'absence de pavage et de tout service de voirie, les, tas de fumier et de détritus de toute sorte alternaient avec des mares exhalant une odeur méphitique. En vain les conduis cherchaient à remédier à cet état de choses : leurs arrêtés restaient trop souvent à létat de lettre morte et ne pouvaient prévaloir contre les habitudes enracinées. Les pluies torrentielles nettoyaient seules les rues, et c'est seulement en 1633 que la ville afferme l'enlèvement des fumiers. Ajoutez à cela la destruction des égouts et la transformation de leurs restes en fosses d'aisance, d'où les matières étaient irrégulièrement expulsées par les pluies, la proximité et la multiplicité des cimetières....

endroits de lad. ville cy devant destinés et ordonnés pour la commodité des habitants qui n'ont moien fere des privés en leurs maisons. » La Peste en Agenais au dix-septième siècle, par le docteur L. Couyba (Villeneuve-sur-Lot, 1905), p. 233.

(1) Les médecins à Nîmes au dix-septième siècle, par le docteur A. PlIFCH, p. 13.

les sépultures faites dans les églises, etc., etc., et vous comprendrez que, par le concours de toutes ces circonstances, notre cité ne devait pas être un séjour parfaitement sain. »

Il faut arriver à la seconde moitié du dix-septième siècle, pour voir s'améliorer les pratiques d'assainissement. A Paris, celles-ci prirent un nouvel essor, lors de la nomination de La Reynie comme lieutenant de police.

Le 24 septembre 1668, La Reynie enjoint aux propriétaires de construire des latrines dans leurs maisons, cela dans le délai d'un mois, « à peine de 200 livres d'amende ». Une ordonnance du 40 juin 4644 avait déjà réglementé l'enlèvement des vidanges, (lui devait être terminé à 6 heures en été et 7 heures en hiver, sous peine de prison et de confiscation du matériel (4).

Ces ordonnances furent-elles obéies. on a tout lieu d'en douter, après lecture de la lettre que, le 29 octobre 4702, le comte de Pontchartrain écrivait à d'Argenson :

< Je ne puis m'empêcher de vous dire que les rues de Paris m'ont paru bien sales. Je vous prie de ne point souffrir de négligence à cet égard. En vérité, le peuple qui paie de grosses contributions pour le nettoyement des boues, a tout lieu de se plaindre du peu d'exactitude de ceux à qui ce soin est commis (2). »

L'enlèvement des boues pouvait cependant devenir un bénéfice pour l'échevinage (3) et s'affermer à son profit : à

(1) FiLLASSIER, op. cit., p. 121.

(2) Correspondance administrative sous Louis XlVy par Depping, t. II, p. 545.

(3) En 1702, la taxe des boues et lanternes était fixée à 300.000 livres, y

Reims, le produit de la ferme des boues était affecté, de 1747 à 1777, à payer des cours de dessin et de mathématiques à rHôtel de Ville (1) !

Les efforts de l'échevinage et de la police échouaient contre l'apathie des bourgeois. Souvent l'autorité était obligée, la veille des processions ou des cérémonies, de faire procéder à ses frais au nettoiement des rues.

Dans beaucoup de villes de province, les magistrats essayaient vainement de faire régner la propreté. « Aucune ville n'est plus malpropre », dit un maire du Puy, parlant de la cité qu'il administre. « Le nettoiement des rues n'est fait que par simagrées, écrit-on de Marseille, en 1768. On y dépense 700 livres. De trois mois en trois mois, l'adjudicataire se rend, avec quatre ou cinq paysans et autant de bourriques, le long de quelquesunes des rues qui sont aux environs de l'hôtel de villp, et de quelques-unes de celles où passent communément les échevins, pour faire enlever quelques pierres ou quelque peu de gravier qui peuvent se trouver dans les ruisseaux et les rues (2). »

Certaines rues de Clermont-Ferrand sont tellement sales qu'un voyageur anglais (3), traversant la France, les compare à des tranchées dans un tas de fumier.

A Lyon, on avait pris des dispositions pour empêcher les romagers, les chandeliers, les marchands de poisson, les vidangeurs et les tanneurs, d'incommoder le public par l'exercice de leur profession ou de leur commerce (4).

A maintes reprises, on dut renouveler les règlements et ordonnances de police, pour faire « expresses défenses aux

(1) Varin, Archives de Reims, I, Introduction, p. XCX.

(2) Archives nationales, H. 1314 (citées par A. Babeau, la Ville sous Vancien régime, t. I, p. 339).

(3) Voyage en France, par Arthur Young, I, 280.

(4) Arrêté de 1779, visant un arrêté de 1640 (Cf. Babeau, I, 337).

vidangeurs de laisser couler aucunes matières, ni eaux claires provenant des fosses et puisards dans les ruisseaux des rues,

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