LES LATRINES A CANTON
côté, en une installation des plus répugnantes, une longue rangée de sièges bas, fermés par des portes.
« Dans chaque stalle sont aménagées deux planches étroites ; en avant, une petite rigole creusée pour l'écoulement de l'urine... »
En Chine, la loi défend de jeter les excréments humains. Lors des épidémies, les proclamations et les conseils hygiéniques sont répandus à profusion dans tout Tempire du Milieu. La police recommande de veiller à la propreté des maisons et des rues, de nettoyer avec soin les ruisseaux, de surveiller l'écoulement des eaux ménagères, de désinfecter les maisons pour en chasser les mauvaises odeurs, de ne pas laisser traîner les ordures, etc. Malgré ces sages précautions, l'hygiène urbaine laisse encore beaucoup à désirer en Chine. Les égouts, déforme carrée, construits en pierres sèches, larges comme les rues, sont trop superficiels, de pente trop faible, avec une chasse d'eau insuffisante ; aussi s'obstruent-ils facilement et, lors des orages, débordent-ils dans les rues, ramenant à la surface ce qu'ils devraient emporter au loin.
Dans les quartiers riches des grandes villes, oii les rues sont larges, propres et bien entretenues, elles sont pavées de dalles en granit, de 1 à 2 mètres de long sur 0 m. 50 à 1 mètre de large. Quant aux quartiers pauvres, composés d'impasses, de cours boueuses, de rues ayant 4 à 5 mètres au plus de large, les eaux sales, jetées à même la voirie, y répandent l'été des odeurs nauséabondes, quoique les chiens se chargent en partie du nettoyage (1).
Pas un paysan chinois, dit Eckeberg, ne va à la ville sans rapporter aux extrémités de son bambou deux seaux d'immondices. Ils mêlent les excréments à une terre argileuse et en composent ainsi, en pétrissant le tout, des sortes de briquettes ou taffos, librement desséchées à l'air et pulvérisées ensuite
(1) A. Le Tellieh, la Chine ; essai ethnographique^ médical et hygiénique. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1899.
pour être répandues sur la terre : les Chinois ont dû, bien avant nous, appliquer les matières fécales à la fumure des terres (1).
Môme dans la haute société chinoise, l'acte de la défécation se fait sans la moindre gêne. Un témoin de la scène a conté que, peu de temps avant sa mort, Li-Hung-Ghang, d'éolienne mémoire, recevant le ministre d'une puissance européenne, accompagné de ses attachés, qui venait chez lui pour la signature dune convention, s'était, au cours de la conversation, retourné pour se soulager contre les parois en bambou du salon de réception. Il est vrai que Li-Hung- Chang, dans son dernier voyage en Europe, avait laissé après lui la réputation d'un «causeur» plutôt bruyant et peu retenu (2).
Au dire de certains voyageurs qui ont parcouru l'empire du Milieu, les gens du peuple se servent, comme anilergia, de morceaux de bois qui passent de père en fils, comme des objets inhérents à la succession (3).
En Coi'ée, on retrouve à peu près les mêmes pratiques qu'en Chine. Carles, dans Life in Korea, rapporte avoir vu, près de Séoul, des femmes lavant du linge dans un courant, et bien que Teau fût basse et que le fond semblât un amas d'ordures, on venait y chercher l'eau pour les besoins du ménage, de sorte que, d'après les principes sanitaires, la population eût dû bientôt cesser d'exister.
(1) Les Chinois ont un autre moyen d'utiliser l'engrais humain: ils déposent les matières dans des fosses ou de grands vases de terre; ils y ajoutent de l'eau en quantité suffisante et pendant la fermentation en opèrent le mélange. Cet engrais liquide est utilisé principalement pour l'horticulture.
(2) Intermédiaire des Chercheurs, ,30 mai 190:}, col. 820.
(3) LiGER, op. cit., p. 21?).
L IIYGIliNi: PUBLIQUE \ \. KTRVNGEH 473
Le Japon présente, au point de vue un peu spécial que nous envisageons, le plus frappant contraste avec la Chine et la Corée : non seulement chaque maison a ses communs, mais il y a aussi des latrines publiques. Dans toute maison, sauf dans les plus pauvres classes, on trouve, à proximité des cabinets, un récipient pour l'eau et un torchon pour se laver les mains.
Un célèbre dessin de Hokusaï montre qu'il n'est pas audessous de la dignité d'un seigneur d'user de ces humbles commodités. A cet effet, on trouve aussi des jarres et des seaux dans les rizières.
Le soin scrupuleux avec lequel on recueille cet important engrais est en flagrante opposition avec la façon dont nous nous en débarrassons, en viciant l'air et l'eau.
Un vaste tonneau est déposé dans un réduit attenant à l'apparlement occupé par la famille. Une fois par semaine passent des hommes de peine, qui enlèvent le contenu et le transportent à la campagne, pour servir d'engrais.
Ce service est réiçulièrement fait; les règlements de police urbaine sont des plus sévères à ce sujet; mais, outre que l'opération s'accomplit souvent de jour, sans qu'aucun moyen de désinfection soit mis en usage, ce système de fosses ouvertes donne lieu à un dégagement continu d'émanations pernicieuses (i).
Au Jjipon, le sol des cabinets na qu'une simple ouverture rectangulaire.
Le récipient <le dessous consiste en une jarre en poterie, ou en un demi -baril à huile. Il est enfoncé dans le aol et vidé
(1.) Godet, Us Jaiwiiais chez eux. Paris, 1881.
périodiquement, au moyen d'un seau muni d'une longue poignée. Les personnes qui s'occupent de ce travail ont un service régulier et paient pour leur privilège. Il semble incroyable qu'une grande ville comme Tokio, qui a plus d'un million d'habitants, ait un service fonctionnant d'une manière aussi singulière. Mais, en fait, la « matière » est si appréciée, qu'on