LATRINES RECTANGULAIRES, AU JAPON
prétend qu'à Hiroshima, le loyer des plus pauvres maisons, si trois personnes occupent une pièce, se trouve remboursé pour l'une d'elles ; si la chambre est occupée par cinq, aucun loyer n'est perçu.
En transportant la matière dans les champs, on évite que la ville soit infectée. On ne trouve aucun local malsain ni aucune
l'hygiène publique a l'étranger
odeur nauséabonde pour venir du littoral inquiéter les habitants. Il arrive bien que, dans les auberges très fréquentées, une gêne soit éprouvée du fait des odeurs des latrines et que,
LATRINES JAPONAISES (avcc placcs pour les pieds).
dans les maisons de premier ordre, les communs se trouvant au bout de la vérandah soient souvent remarqués ; mais, par contre, beaucoup de ces endroits peuvent être proprement appelés « cabinets >, tant les boiseries intérieures et extérieures sont propres et jolies.
D'ordinaire, les urinoirs, au Japon, sont en bois, bien qu'on en rencontre en porcelaine. Ceux de bois ont la forme d'un entonnoir fixé contre le mur des cabinets. Quelquefois, de menues branches d'arbrisseaux odorants sont mis dans les communs et souvent rem[>lacés.
Les Japonais apportent beaucoup de raffinement (1) dans la matière, ainsi qu'en témoignent les noms appliqués aux com* médités, tels que : se/5u-m, cache-neige; chidziiba, lavabo; benjo et ijô ba, lieu de travail ; kôka, cadre d'arrière, etc. (2).
Au Japon, certaines superstitions s'attachent aux latrines ; une, entre autres, se rapporte à la situation qu'elles doivent occuper par rapport à la maison, indépendamment des vents favorables dont il faut également faire cas. Un arbre appelé nanlen^ donnant des baies rouges, est souvent planté aux abords. On croyait autrefois qu'un animal imaginaire, appelé baiik, venait manger ces fruits et qu'en môme temps, il avait le pouvoir d'enlever les mauvais songes ; ainsi ceux qui faisaient usage du cabinet avaient leurs cauchemars dissipés (3).
En Indo-Chine^ le service de la vidange se fait, en général, au moyen de tinettes.
Dans les grandes villes telles que Saigon, Hanoï, Haïphong, les urinoirs à l'européenne sont installés sur les places ; toutefois, pour Haïphong, quoique cette ville soit à peu près bâtie à
(1) Les Japonais sont si raffinés dans leur toilette que, dans les actes les plus intimes, le papier de soie vient remplacer la serviette, afin d'éviter la maculation du linge ou des draps.
(2) Sur les urinoirs au Japon, cf. la Cilé d amour au Japon^ par le docteur Tresmin-Trémolières (Librairie Universelle, 1905) pp. lOîj et 110.
{'à) American architecte 18 mars 1893, loc. cit.
l'européenne, il n'y a que peu de temps que des édicules ad hoc y sont installés; bien que l'on comptât les inaugurer le 14 juillet 1905, les urinoirs n'ont été livrés que le !«' janvier 1906 pour le théâtre, le square Paul-Bert et la caserne. Antérieurement, il était impossible à l'étranger de passage de satisfaire un besoin pressant, si ce n'est dans les hôtels ou à la gare {iy; il n'avait pas, en effet, la ressource de se soulager sur la voie publique, comme les indigènes, qui n'ont qu'à retrousser une jambe de leur, large cai-quan (pantalon), quand ils veulent se livrer à cette opération.
Les Annamites n'ont pas attendu nos décrets pour installer leurs commodités. Pendant que les Européens attendaient que leur vinssent de France les pièces nécessaires à l'édification des urinoirs, les indigènes avaient, soit au miarché, soit dans les villages de l'agglomération, des latrines publiques, constructions en briques recouvertes de chaux, avec gradins, mais sans porte. Ce même genre de construction existe dans toute Tlndo- Chine, surtout au Tonkin (2) ; on en rencontre près des marchés pour les besoins légers ; pour les femmes surtout, il y a dans un coin de la place du marché, à l'abri des grands arbres, une petite plate-forme en bois, sous laquelle se trouve un baquet, dont le contenu, qui sert à fertiliser les rizières, est enlevé à domicile au moyen de paniers plats.
Les matières plus solides, fort appréciées des indigènes pour la pèche, sont portées dans des corbeilles à la lisière d'un bois ; exposées au soleil et aux mouches, elles servent plus tard d amorce ou d'engrais.
(1) Les wagons de chemins de fer des lignes de l'Indo-Chine sont pourvus de W.-C, comme les nouveaux wagons français.
(2) Nous devons les renseignements relatifs à l'Indo-Chine à notre ami Alex. Jourdain, qui a pu faire toutes ces constatations de visu.
Dans les villes, le service des vidanges, par adjudication, se fait au moyen de tinettes. Le noctambule rencontre sur son chemin de pesants fourgons, traînés par des bœufs, allant desservir telle ou telle rue. Les coolies-linelles s'en vont, avec un long bambou, chercher le récipient, qu'ils remplacent par un autre, vide. Tandis que les constructions européennes ont, sur la rue ou sur une ruelle, une basse porte extérieure permettant l'accè» dans les maisons, dites compartiment (annamites ou chinois), le locataire qui demeure au premier doit se lever la nuit, pour ouvrir aux coolies qui viennent chercher les tinettes.
Il est à prévoir que ce système d'enlèvement se modifiera ; la facilité avec laquelle on voit de jeunes Annamites se servir des tinettes pour pénétrer dans les immeubles et les cambrioler fait souhaiter une réforme dont les coloniaux ne seront pas les derniers à reconnaître l'utilité.
Si, quittant l'Indo-Chine, nous pénétrons dans la péninsule