‹ Moeurs intimes du passéChapitre 7 sur 40 · CHARIOT ROULANT, SERVANT A CHAUFFER LES ÉGUSES · texte numérisé non relu

CHARIOT ROULANT, SERVANT A CHAUFFER LES ÉGUSES

près de Corbeil (3). On remplissait ce chariot de braise

(1) Enlart, Manuel d'archéologie française^ t. II.

(2) MiLLiN, Antiquilés nationales^ t. III; cf. Magasin pittoresque, 1849, p. 404.

(3) Le cloître de Saint-Gédéon, à Cologne, du commencement du treizième siècle, était déjà pourvu de plusieurs cheminées (BoissERÉE, Monuments d architecture du Rhin inférieur, cité par Vaublanc, op. cit.f t. IV, p. 139).

et de cendres chaudes et il portait la chaleur partout où il passait. Dans le Compte des dépenses de la reine Isabeaii de Bavière^ on trouve, mentionné à deux reprises, « un chariot de fer pour mener le long des galeries de l'ostel Saint-Pol, à Paris, pour salles eschaulTer )>.0n se servait également de ceschau/Jedoux (1) dans les buanderies pour sécher le linge. En 1/298, les écrivains d'Orléans firent construire un chaulï'oir public, pour abriter pendant les hiois d'hiver les malheureux qui ne savaient où loger (2).i\e pourrait-on voir là l'origine de nos asiles de nuit?

Les brasiers ou 6raseros étaient en usage aux seizième et dix-septième siècles (3), mais ils étaient considérés comme des objets de luxe, autant que de nécessité. Un grand seigneur moderne, doublé d'un collectionneur émérite et d'un amateur de goût, le baron Davillier, conte avoir vu, au cours d'un voyage en Espngrie, dt?s braseros du seizième siècle, revêtus d'une placjue d'argent et d'un travail très soigné.

(1) Pour l'acception qu'on donnait à ce mot au XV» siècle, voir A.-A. MoNTEiL, ///s/, des Français des divers Élals, t. l", p. 60, note 15.

(2) Alph. Renaud Jlisloire des arts et des sciences, n» 239, p. 328.

(3) Un auteur du dix-septième siècle raconte qu'un jour, une comédienne, très jolie, se plaignait au duc d'Albe qu'elle n'avait point d'argent, que sa chambre était froide et qu'elle y gelait. Le duc d'Albe lui envoya un de ces brasiers rempli de piastres.

VS BltASEUO. UN CHAUFFE-MAINS.

,b'aprè:i uue tapissiii-ie de la U. Gallwa Degli Arazzi, de Florence, représentant l'Hiver).

Même dans les hôtelleries, il n'y avait pas de cheminées, en Espagne, à la fin du dix-septième siècle. Il était impossible de se chauffer au feu des cuisines sans étouffer; certaines cuisines n'avaient pas non plus de cheminées (1). Il en était de même de toutes les maisons que Ton trouvait sur la route. On faisait un trou au haut du plancher et Ja fumée sortait par là. Force était donc de recourir aux braseros ; ceux-ci étaient plus ou moins ouvragés, selon la qualité delà personne à qui ils appartenaient. Goulanges rapporte, dans ses ik/emo/res, qu'on lui fit voir, chez le marquis de Grillio, « qui venait tout fraîchement d'être fait grand d'Espagne, et pour de l'argent, un brasier de ce métal, du poids de vingt-deux mille escus (2). »

Mme de Sévigné (3) parle aussi, dans une de ses lettres, des braseros qui avaient fait l'admiration de tous, à la noce de Mlle Louvois, où ils avaient servi à chauffer les appartements.

Ces braseros pouvaient à la rigueur suffire dans les pays où les hivers sont de courte durée (4) ; mais

(1) Comtesse D'Aulnoy, la Cour et la Ville de Madrid; relation du Voyage d'Espagne, éd. Pion, pp. 93, 198.

(2) « En 16.59, au tirage de la loterie organisée par les soins de Mme d'Olonne, le prince de Marsillac gagna un brasier d'argent. » Bussy-Rabutin, Hisl. amoureuse des Gaules (éd. Jannet, p. 41), cité dans la Gazette des Beaux- Arts, t. X (1861), p. 135.

(3) Lettre 680, édition Monmehqué.

(4) « Les saisons sont bien plus commodes en Espagne qu'en France, en Angleterre, en Hollande et en Allemagne; car, sans compter cette pureté du ciel, que l'on ne peut s'imaginer aussi

dans les régions froides, ou même sous nos climats plus ou moins tempérés, il devint de bonne heure nécessaire de recourir à des systèmes moins imparfaits.

beau qu'il est, depuis le mois de septembre jusqu'au mois de juin, il ne fait pas de froid que l'on ne puisse souffrir èans feù. C'est ce qui fait qu'il n'y a point de cheminée dans aucun appartement, et uue l'on ne se sert que de brasiers. Mais c'est quelque chose d'heureux que, manquant de bois comme on fait dans ce pays, on n'en ait pas besoin » Comtesse d'AuLNOY, op. cit., p. 487.

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