CHAPITRE PREMIER
Caractère g^énéral des distinctions sociales dans l'empire
romain.
Les anciennes différences de classe et de condition dans l'échelle sociale persistent sous l'empire. — Affranchis. — Provinciaux. — Gaulois. — Autres occidentaux. — Grecs et orientaux. — Italiens et Latins. — Distance des Romains de naissance aux municipaux, ainsi que du premier ordre au troisième.
La séclusion rigoureusement maintenue à Rome, par Tancien droit de cité, à l'égard des étrangers et de quiconque n'était pas né libre, les barrières qui y séparaient les classes et les conditions sociales, avaient déjà été partout fortement ébréchées, sinon complètement démolies, dans les dernières crises de la république. Plus la domination romaine devenait universelle, plus on vit augmenter Taffluence des éléments qui se portèrent d'abord des autres parties de l'Italie seulement, puis de toutes les provinces, vers la métropole commune, pendant que les vrais
descendants des membres de la cité primitive disparaissaient. A mesure que leur postérité se fondait, le sang étranger se mélangea avec le sang des indigènes, les hommes des provinces et leur descendance, comme bientôt aussi les descendants d'hommes qui n'étaient pas libres de naissance, et même ces derniers, firent peu à peu intrusion dans les rangs des classes supérieures et conquirent une part dans les honneurs et les dignités suprêmes. L'influence nivelante de la monarchie absolue, vis-à-vis de laquelle tous les sujets étaient censés égaux jusqu'à un certain point, fcivorisa cette décomposition et les progrès du mélange. Mais, en dépit de ce mouvement de fusion, la conscience d'un droit antérieur ou supérieur à celui des autres, que chaque classe plus favorisée gardait vis-à vis de celles qui l'étaient moins, ne s'affaiblit jamais au j point de s'éteindre, mais tendit constamment à se rani- I mer, quoique sous bien des formes nouvelles. Les divers ordres de l'État, les classes, les nationalités, n'étaient plus, il est vrai, séparés par les mêmes lignes de démarcation qu'autrefois; les condition j du passage d'une sphère de l'ordre social dans une autre subissaient de continuels changements qui, en somme, constituaient des facihtés toujours croissantes; mais, il était dans la nature des choses que tous ceux qui entraient dans une communauté nouvelle d'un degré supérieur ne tardaient pas à partager les idées d'orgueil de leurs nouveaux pairs, et à y joindre la prétention de valoir mieux que ceux des rangs desquels ils venaient de sortir. Ainsi, malgré le renversement des anciennes institutions, les distinctions sociales du passé se maintinrent en partie, et les inégalités de fait se niidtiplièrent même, par suite du développement des nouvelles institutions monarchiques.