LIVRE III. — LES TROIS ORDRES
main? » dit Cicéron ^ à propos d'un provincial de la Gaule narbonnaise, la partie la plus romanisée des Gaules pourtant. Dans un placard affiché aux murs, on invitait tout le monde à ne pas montrer le chemin de la curie aux nouveaux sénateurs j et, dans les rues, le peuple s*en allait chantant : « Les gens qu'en triomphe il traînait naguère à sa suite, il les introduit dans la curie; tout à l'heure ils portaient des braies, les voilà maintenant avec la grosse bande de pourpre ^. »
Il paraît qu'Auguste élimina plus tard ces sénateurs gaulois; mais déjà, en l'an an 40 avant J.-C., on avait vu un étranger arriver même au consulat, quoique seulement comme suppléant d'un autre titulaire. Nous voulons parler de l'Espagnol Balbus, de Gadès, qui s'était poussé pendant les guerres civiles, en tirant habilement parti des circonstances et de ses richesses ^ Dès les premiers temps de l'empire aussi, nombre d'hommes de la Gaule narbonnaise parvinrent à des emplois sénatoriaux "*. En 50, on permit aux sénateurs originaires de cette province d'y aller visiter leurs terres, sans avoir pour cela besoin de se munir d'un congé ^ Valérius Asialicus de Vienne, qui s'éleva à une hauteur que peu de sujets atteignaient à
1 Pro Fontejo, c, xii, seq. : Cum infimo cive romano quisquam amplissimus Galliœ coraparandus est?
2 Suétone , César, chap. lxxvi et lxxx.
3 Dion Cassius, XYLIII, 32. — Pline, Hist. nat., VII, 136, où il est dit de Balbus : Primus externorum atque etiam in Oceano genitorum usus illo honore, quem majores Latio quoque negaverant.
* Tacite, Annales, XI, 24 : Num pœnitet Balbos ex Hispania nec minus insignes viros e Gallia Narbonensi transivisse ? Dans un discours prononcé par Claude au sujet du jus honorum des Gaulois , il y a de même : Ornatissima ecce colonia valentissimaque Viennensium quam longo jam tempore senatores huic curiœ confert.
^ /Wd., XII,23.
cette époque, fut deux fois consul; la seconde fois, cependant, en 46, il donna sa démission, dans le vain espoir de se soustraire par celle-ci aux embûches de ses nombreux ennemis et jaloux. Aussi quand, en 47, les chefs des nouvelles provinces des Gaules^ romaines depuis un siècle pourtant, sollicitèrent l'admissibilité aux charges sénatoriales, ils rencontrèrent une vive résistance. L'Italie, disaiton, n'est pas encore tellement épuisée qu*elle ne puisse fournir un sénat à sa capitale. N'est-ce pas assez de l'intrusion de Venètes et d'Insubres (Gaulois cisalpins) dans la curie? Quel privilège resterait donc alors aux rejetons de l'ancienne noblesse ou aux pauvres sénateurs natifs du Latium? Ces richards, dont les ancêtres ont été vaincus par nos armées, ne tarderaient pas à prendre possession de toutes les places. Qu'on leur accorde le droit de cité, mais que l'on n'aille pas jusqu'à ravaler, en les prodiguant, les distinctions sénatoriales, les dignités des magistrats. La volonté positivement exprimée de l'empereur Claude réduisit cette opposition au silence. 11 existe encore à Lyon, sa ville natale, un fragment, gravé sur de Tairain, du savant discours déjà mentionné qu'il tint à cette occasion. Les Éduens, qui habitaient le pays entre la Saône et la Loire, furent les premiers qui obtinrent alors le droit de fournir un contingent au sénat romain \ Des hommes originaires d'autres provinces ne peuvent encore y avoir figuré qu'en très petit nombre à cette époque, et ils y étaient certainement regardés de mauvais œil, comme des intrus.
Tacite parle d'une lettre écrite en 63 à Néron par Sénèque, néàCordoue, dans laquelle ce dernier s'appliqua à désarmer ses accusateurs par l'aveu qu'il fait lui-môme
1 Tacite, Annales, XI, 23-25.