‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 104 sur 266 · LIVRE m. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE m. — LES TROIS ORDRES

de son indignité. « Souvent, lui écrit-il, je me suis posé cette question : Puis-je, moi qui suis de descendance équestre et proA'incial, me compter parmi les premiers de l'État? Me suis-je, moi, homme nouveau, élevé légitimement à une position si brillante, à côté des membres d'une noblesse dont la gloire est ancienne' ? »

Sous Vespasien, le sénat, de nouveau décimé par les guerres civiles, reçut le renfort d'un contingent plus considérable des provinces^; depuis lors ce fut de celles-ci qu'il tira de plus en plus ses meilleurs éléments de force, et quand un Espagnol, Trajan, fut monté sur le trône impérial, il fallut bien que l'opposition des Romains exclusifs contre leurs concitoyens des autres pays d'Occident se fût, ou du moins se bornât à murmurer en cachette. Sous cet empereur, Q. Lusius Quietius , prince maure, qui s'était distingué, à la tête de sa cavalerie, dans les guerres contre les Daces et les Parthes, arriva en Uo au consulat ^. Le chevalier romain que l'on peut regarder comme l'auteur de la maison de [Septime Sévère élait de Leptis^; le grand-père maternel ou, suivant Casaubon, le bisaïeul de l'empereur Didius Juhanus, le célèbre jurisconsulte Salvius Julianus, consul en 132, d'Adrumète^; Plautien, enfin j le favori de Sévère, comme eux d'une province d'Afrique®. Les Grecs et les Orientaux, contre lesquels il y avait l'antipathie la plus forte, demeurèrent le pins longtemps frappés d'exclusion. « Doit-îl être permis

1 Tacite, Annales, XIV, 53.

- Suétone, Vespasien, chap. ix. — Voir aussi Tacite. Annales, lïl, 55. 3 Dion Cassius , LXVIII ,32.

* Voir dans Slace , Silves , IV, 5, 29, etc., une poésie adressée à ce chevalier.

^ Vie de Didius Julianus, chap. i.

6 Hérodien, XIII,6.

qu'un homme venu à Rome avec le vent qui y apporte les prunes de Damas et les figues de Syrie , » s'écrie dans Juvénal un Romain de naissance, « imprime devant moi son sceau sur un acte public, et occupe à table une place d'honneur? N'est-ce donc rien d'avoir respiré dans notre enfance l'air du mont Aventin et mangé les fruits de la Sabine ^? » Et lui, le fils ou fils adoptif d'un affranchi d'Aquinum, toisait avec le plus profond mépris les chevaliers de la terre asiatique ^. Cependant le chevalier Védius PoUion, un des amis d'Auguste, était originaire de Césarée en Bithynie. Alexandre Sévère encore avait honte de son origine syrienne et s'attribuait fictivement une souche romaine^ Mais le ban était levé et il est certain que, depuis le commencement du deuxième siècle du moins, les hommes les plus considérés de ces provinces eurent également accès au sénat. Arrien administra la Cappadoce en qualité de légat consulaire, Cassius Apronianus, le père de Dion Cassius, né en 155, la Cilicie et la Dalmatie. Les Égyptiens ne parvinrent que les derniers aux mêmes honneurs, sous Caracalla'*. Cependant il va sans dire, et le fait se trouve contlrmé par des témoignages positifs, que, dans les siècles suivants encore, les Romains eurent la préférence sur les provinciaux dans le choix aux hauts emplois^. L'aversion pour les étrangers, les intrus des provinces, et la

1 Juvénal . III , 81 , etc. — Voir aussi 1 , 130 , ces vers :

Nescio qui — ^Egyptius atque Arabarches * Cujus ad effigiem non tantum mejere fas est.

-' Ibid.. VII. 14, et Martial, X. 76.

3 Voir sa biographie, chap. xxviii et lxiv. * Dion Cassius, LI, 17 ; LXXVI, 5.

^ Vie de Pescennius Niger, chap. vu : IIujus eliam illud fuit , ut nemo administraret Romœ nisi Romanus, id est oriundus urbe.

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