‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 106 sur 266 · LIVRE III. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LES TROIS ORDRES

Les propos que nous venons de citer caractérisent en même temps l'esprit de caste des sénateurs, vis-à-vis de Tordre équestre, d'autant mieux que la distance observée entre les deux ordres correspondait, en grande partie, à celle que maintenait aussi, d'autre part, la distinction entre l'origine municipale ou romaine de leurs membres respectifs. Nous aurons l'occasion de rapporter plus loin d'autres manifestations du même esprit ^

Est-il besoin d'ajouter qu'il y avait entre le premier ordre et le troisième un abîme? Bornons-nous à citer, pour ne laisser aucun doute à cet égard , un propos caractéristique.

Un sénateur de rang prétorien, accusé sous Domitien d'un délit problématique, préféra un exil volontaire à une condamnation certaine, et se trouva ainsi réduit à la nécessité de donner en Sicile des leçons de rhétorique, pour vivre. Paraissant un jour devant son auditoire, il commença par lui débiter cette phrase : Quel jeu cruel ne joues-tu pas avec nous, ô fortune! De sénateurs tu fais des professeurs; de professeurs, des sénateurs I c( Or, dans cette phrase, » dit Pline le Jeune, « il y a tant de fiel, tant d'amertume, qu'il ne s'est, je crois, fait professeur qu'afin de trouver à placer son mot^. » Presque dans

1 Voici pourtant un récit trop caractéristique pour la différence que l'on faisait entre les deux ordres , pour que nous négligions de le reproduire ici, textuellement, d'après Suétone, qui, dans sa biographie de Vespasien, chap. ix, rapporte ce qui suit : Atque uti notum esset, utrumque ordinem non tam libertate inter se quam dignitate differre , de jurgio quodam senatoris equitisque R. ita pronuntiavit , non oportere maledici senatoribus , remaledici civile fasque esse. — Des inscriptions avec les mois pater senatoris, avus senatoj-is , dans, Muratori (516, 6, par exemple) , témoignent aussi de l'importance qu'on attachait aux rapports de parenté avec des sénateurs.

2 Pline le Jeune, Lettres, IV, 11.

les mêmes termes que Pline le sénateur, Juvénal, qui appartenait au second ordre, présente aussi ces deux positions sociales comme les deux extrêmes. « Si la fortune le veut bien, dit-il, elle fera de vous, rhéteur, un consul, ou bien encore, si elle le veut, d'un consul un rhéteur^ !»

1 Juvénal, VII, 198. — On a pensé que Pline, dans le passage précité, avait voulu faire une allusion à Quintilien; cela n'est point vraisemblable toutefois , ce dernier n'ayant obtenu que les ornements consulaires , qui ne donnaient point entrée au sénat. Mais on peut admettre l'intention dont il s'agit de la part de Juvénal , qui , ayant fait mention de Quintilien un peu plus haut, avait dans le choix de ses expressions plus de liberté, comme poëte.

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