‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 109 sur 266 · LIVRE m. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE m. — LES TROIS ORDRES

admissions devinrent plus fréquentes sous Héliogabale\ tandis qu'Alexandre Sévère ne voulut même pas créer chevaliers des affranchis 2. Mais, sous Caracalla, Marcius Agrippa, ancien esclave, devint sénateur avec rang prétorien^. Quant aux admissions de fils d'affranchis, il y en eut déjà sous les premiers empereurs; celle de leurs descendants plus éloignés devait donc souffrir d'autant moins de difficulté. Dès le milieu du premier siècle, il existait im grand nombre de familles sénatoriales de cette origine^. Claude, qui ne se montrait pas, à cet égard, plus exclusif que sous d'autres rapports^ ne conféra cependant la grosse bande de pourpre au fils d\m affranchi qu'à la condition de se faire adopter par un chevalier^, et l'observance de formalités semblables paraît avoir été fréquente. Néron persista longtemps à ne pas admettre des fils d'affranchis et refusa l'investiture de charges honorifiques à ceux qu'avaient admis ses prédécesseurs^. Plus tard, ils en furent cependant aussi revêtus , quoique l'on dût , en général , leur préférer des compétiteurs de noble race^.

Or plus, dans le sénat, le nombre des hommes nouveaux et des parvenus augmentait et celui des sénateurs d'ancienne et noble origine diminuait, plus les anciennes familles crurent avoir le droit de se targuer de leurs vieux arbres généalogiques^. D'autre part, la considération du

1 Voir sa biographie , chap. xi.

- Voir sa biographie , chap. xix.

3 Dion Cassius, LXXVUI, 13.

* Tacite^ Annales, XIII , 27.

^ Ibid.,Xl, 24.

^ Suétone , Claude , chap. xxiv.

^ Le même, Néron, chap. xv.

8 Pline le Jeune, Lettres, III , 14.

^ Garien, Poolégomènes , chap. vu.

public pour les descendants de races anciennes et glorieuses ne s'amoindrit guère. On n'entrait qu'avec vénération dans les maisons où des statues de bronze, rouillées et dégradées par le temps, se dressaient dans les avantcours, où des peintures ternies, représentant des triomphateurs sur leurs quadriges, couvraient les murs, et les masques des ancêtres, en cire noircie par la fumée, remplissaient les armoires de Vatrium d'images sous lesquelles des inscriptions, qu'on montrait aux visiteurs avec de longues baguettes, indiquaient les noms et les titres, ainsi que les faits et gestes de chaque personnage ^ La tirade versifiée de Juvénal sur le thème, que c'est la valeur personnelle de l'homme, non celle de ses ancêtres qui fait son mérite, pourrait précisément apporter la preuve, s'il en fallait une, qu'un sentiment contraire était généralement répandu dans la société; et Sénèque qui, dans Toccasion, moralise dans le même sens-, non-seulement reconnaît d'une manière expresse que, dans la brigue des emplois, la noblesse avait procuré à bien des gens tarés l'avantage sur des hommes nouveaux méritants, mais ajoute qu'il y avait des raisons pour cela^. Ainsi, par exemple, Fabius Persicus, consul en 34, et Mamercus Scaurus, mort la même année, ne furent portés aux honneurs qu'en considération de leurs ancêtres; et Pline, dans son Pawe^yn que de Trajan (chap. 69), fait un mérite à cet empereur d'avoir particulièrement favorisé les rejetons d'anciennes familles dans la nomination aux emplois, ce que Domitien, par crainte et méfiance, n'avait point fait.

1 Juvénal, VIII, 1-20.

- De Beiieficiis , III. 28. 2; Lettres, 44, 5. Il y dit : Non facit nobileni atrium plénum fumosis imaginibus; nemo in nostram gloriam vixit, nec quod ante nos fuit nostrum est, etc.

•'' De BmeficiiSj IV, 30, etc.

Page 1