‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 11 sur 266 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. XXJ · texte numérisé non relu

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de Rome à toute l'Italie, cette condition démoralisante devint celle de toute une nation.

« La politique des Romains, » dit un auteur allemand, H. Schérer, dans son Histoire du Commerce de toutes les nations^ , en parlant de l'époque où l'agriculture elle-même avait cessé d'être en honneur chez eux, « fut exclusivement conquérante; ils ne comprirent d'autre domination que celle du glaive. Ils ne laissèrent d'autres peuples s'enrichir que pour les dépouiller de leurs gains par la force des armes. Pour eux, l'économie politique consistait tout entière dans la consommation, non dans la production et l'accumulation des richesses. Le développement pacifique de la puissance et du bien-être était si peu dans leur nature, les moyens qui le procurent si peu de leur goût, qu'ils méprisèrent l'industrie et le commerce, et les abandonnèrent aux esclaves et aux affranchis, comme des occupations indignes d'un citoyen romain. Les opérations qui enrichirent certains sénateurs, étaient de l'usure ou de l'agiotage, non pas du commerce, ou se réduisaient à des spéculations sur les maisons et sur les terrains... Rome, vers laquelle affluèrent toutes les dépouilles du monde ancien, ne sut que consommer et non produire. L'histoire ne présente, l'Espagne à part, aucun autre exemple d'une pareille impuissance économique... Du pain et des spectacles, telle était la maxime de la politique intérieure, sous l'empire. Sur ces deux pivots reposaient la tranquillité et la sûreté de l'État. Il fallait absolument que le peuple de la capitale fût nourri et amusé. L'Italie, ravagée et dépeuplée par les guerres

* Traduite et annotée par H. Richelot et Ch. Vogel; 2 gros volumes in-8<>; Paris, 1857, chez Capelle.

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civiles, était hors d'état de nourrir des centaines de milliers de prolétaires, étrangers à tout travail productif, dépourvus de tout revenu et de tout patrimoine. Sans les envois de la Sicile, de l'Egypte et de l'Afrique septentrionale, Rome eût été littéralement condamnée à mourir de faim. Les grains importés de ces provinces, partie à titre de tribut, partie en échange des deniers de l'État, étaient administrativement distribués aux masses indigentes. On s'était depuis longtemps habitué à considérer ces distributions comme un devoir du gouvernement. »

« L'agriculture italienne, » ajoute le même auteur, « ressentit la première les effets désastreux de ce système. Déjà affligé de plus d'une plaie, le cultivateur vit le marché de Rome, son débouché naturel, enlevé à ses produits par les importations artificielles de grains tirés de pays éloignés. Mais ce fut Rome qui souffrit le plus; car, outre qu'elle avait à payer en argent tout ce qui n'était pas imputé sur les tributs, ses habitants s'appauvrirent de plus en plus, et le gouvernement impérial eut à y supporter une charge toujours plus lourde, par suite de l'affluence de la population des provinces environnantes, qui venaient chercher dans la capitale un refuge contre la faim. »

Rien ne prouve mieux la triste réalité de cette décadence, si prompte et si complète, de l'agriculture, en Italie, que les lamentations du plus célèbre agronome de l'empire romain, du Caditain Columelle, qu'une soixantaine d'années seulement séparent de l'auteur des Géorgiques. <c Je vois partout, » dit-il dans la préface de son traité De re rusticay a des écoles ouvertes aux rhéteurs, à la danse, à la musique, même aux saltimbanques; les cuisiniers, les barbiers sont en vogue; on tolère des maisons

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infâmes, où les jeux et tous les vices attirent la jeunesse imprudente; tandis que pour l'art qui fertilise la terre, il n'y a rien, ni maîtres, ni élèves, ni justice, ni protection. Voulez-vous bâtir? Vous avez à chaque pas des architectes. Voulez-vous courir les hasards de la mer? Vous trouvez partout des constructeurs; mais souhaitez-vous tirer parti de votre héritage, améliorer des procédés qui vous semblent mal entendus, vous ne rencontrerez ni guides, ni gens qui vous comprennent. Et, si je me plains de ce mépris, on me parle aussitôt de la stérilité actuelle du sol; l'on va jusqu'à me dire que la température actuelle est changée. Le mal est plus près de vous, ô mes concitoyens! L'or, au heu de couler sur les campagnes, qui nourrissent les villes, est jeté à pleines mains au luxe, à la débauche, aux exactions. Écoutez-en mon expérience, reprenez le manche de la charrue et vous me comprendrez. »

Columelle prêchait dans le désert. Les Romains, maîtres du monde, n'étaient plus un peuple de soldats-laboureurs. Le temps des Curius et des Cincinnatus était loin. La prédilection pour ces travaux salutaires, école de leurs mâles vertus, ne survécut pas à Galon l'Ancien. L'opulence des spoliateurs de la Grèce et de l'Orient ayant fait de l'Itahe un vaste jardin d'agrément, on n'y vit plus que d'immenses domaines {latifundia) , abandonnés aux soins des esclaves. La désertion des campagnes par ceux qui les cultivaient librement jadis, en bons pères de famille, avait opéré le plus déplorable changement dans le caractère de la société.

Voilà, jusqu'à la hn de l'empire d'Occident, le fond du tableau qu'entourait l'auréole éblouissante de la majesté du monde romain, déjà condamné à périr cependant, fond

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