XXIV CONSIDERATIONS GENERALES
lugubre et désolant dont il ne faut pas perdre de vue les sombres teintes, même dans l'admiration des services éclatants qu'à d'autres égards les Romains ont rendus à ce monde, de leurs immenses travaux publics et des superbes monuments dont ils le couvrirent, de leur langue et de leur littérature enfin, qui, survivant à la dissolution de l'empire, ont, avec leur droit civil et leur jurisprudence, si puissamment influé sur l'éducation des peuples modernes et le développement de notre propre civilisation.
Commençons par écarter un thème rebattu de vaines déclamations, en reconnaissant tout d'abord que l'introduction du despotisme à Rome ne fut que la conséquence forcée d'un fait monstrueux déjà précédemment accompli, de l'imposition du joug d'une ville à tout le inonde civilisé de l'époque. Le maintien de la domination universelle n'était, même temporairement, possible qu'avec la monarchie absolue. Mais aucune forme de gouvernement ne peut échapper aux conditions de sa nature, et celle du despotisme est la négation de toute activité politique et sociale, procédant de la liberté et de la spontanéité. On ne saurait d'ailleurs, qu'il se trouve être ou non un résultat de la force des choses, se soustraire, en jugeant ses effets, à l'autorité des principes de la morale éternelle. Aussi rien, au point de vue de celle-ci, ne paraît-il plus triste que les tentatives par lesquelles on s'efforcerait de chercher une réhabilitation de l'empire romain jusque dans l'excuse de ses crimes et de ses turpitudes, en les présentant comme des faits isolés, ou d'un ordre privé; comme si, aux sommités du pouvoir surtout, le rayonnement de l'exemple ne démentait pas ces distinctions subtiles et complaisantes. Interpréter ainsi l'histoire, c'est en fausser la logique, y méconnaître l'enchaînement des causes et