LIVRE III. — LES TROIS ORDRES
ancèlres vingt-liuit consulats', cinq dictatures, sept censures, sept grands et deux petits triomphes. Elle pouvait se glorifier d'avoir produit nombre d*hommes et de femmes d'une grande célébrité, fondée sur le bien comme sur le mal dans leurs actes, im orgueil démesuré et une inflexible dureté ayant été de tout temps l'héritage de cette race 2. La maison de Domitius Aénobarbus, père de Néron, avait aussi, d'après Suétone^, sept consulats, deux censures et deux triomphes à faire valoir comme titres de famille. L'usage de joindre au nom générique, propre à chaque famille, les noms de ceux avec lesquels on avait des liens de parenté, s'établit dès la fin du premier siècle, et dans la suite ces séries de noms des hommes hauts placés devinrent de plus en plus imposantes, à mesure qu'elles s'allongeaient"*. Mais, c'est évidemment par leurs fortunes princières plutôt que par l'ancienneté de leur noblesse que brillaient la plupart des familles sénatoriales^. Aussi disait-on communément une fortune sénatoriale {patrimonium laticlavium^) pour dire une grande fortune. Les plus riches jouissaient d'un revenu annuel de trois et trois quarts à quatre millions de francs de notre monnaie. Une fortune de 300 millions de sesterces donne, au taux de 5 p. 100, ce qui est toutefois en évaluer trop bas l'intérêt annuel, même dans le cas où elle était exclusivement placée en biens- fonds, 15 milhons de sesterces, c'est-à-dire une somme qui approche des chiffres ci-dessus indiqués. Pallas et Sénèque
1 Vingt-deux seulement , d'après Mommsen.
2 Suétone, Tibère, chap. i et 11.
=^ Le même , Néron , chap. \.
* L'un des deux consuls de l'an 93-94 , par exemple, s'appelait Marcus Lollius Paullinus Valérius Asiaticus Saturninus. ^ Philon, Legatio ad Caïum, p. 560.
6 Pétrone, Sat., c. 76.
avaient cette fortune; Narcisse et Cn. Lentulus, même 400 millions de sesterces. Il va sans dire pourtant que les possesseurs de 300 millions ne devaient pas être très-nombreux; mais il n*est pas probable non plus qu'ils formassent de rares exceptions. S'il est vrai que la fortune de Sénèque a été qualifiée d'exorbitante ^^ il ne faut pas perdre de vue que ce fut par ses accusateurs. Eprius Marcellus, un des grands parvenus de l'époque, possédait autant que lui^, et on ne comprendrait pas que les sénateurs les plus riches du premier siècle et du second eussent eu moins de fortune que ceux du commencement du cinquième, époque à laquelle Olympiodore prête à certains d'entre eux un revenu annuel de plus de quatre millions un quart de francs. Ils n'avaient pas seulement de vastes biens dans toutes les parties de l'Italie^, ils possédaient aussi d'immenses terres dans les îles de la Méditerranée et tous les pays d'outre-mer des trois parties du monde alors connu ^, notamment dans les deux greniers de l'Italie, la Sicile^ et la Sardaigne^; dans la Cyrénaïque^ et l'île de Crète, comme Flavius Ursus; en Asie Mineure^, comme
^ Ingénies et privatum supra modum erectœ opes. (Tacite. Annales, XIV, 52.)
2 Le même , Dialogue sur les Orateurs, chap. viii,
3 Lemêms, Annales, YI, 17. — Suétone, Tibère, chap. XLvm. — Pline le Jeune, Lettres, VI, 19. — Vie de Marc-Antonin, chap. xi. — Horace, Odes, I, 31; III, 16, 33; Epodes , IV, 13. — Martial, V, 13, 7; X, 74.
* Vie de Gordien III, chap. ii (in provinciis tantum terrarum habens, quantum nemo privatus). , — Ammien Marcellin, XXVII, 11, 1. (Probus — prœf. praet., a. 368, — cognitus orbi Romano, per quem universum pêne patrimonia sparsa possedit.)
^ Sénèque, Lettres, 114, 26.
6 Horace, Odes, I, 31 , 3.
^ Stace, Silves, II, 6, 67.
8 Tacite, Annales, XIV, 22.