‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 112 sur 266 · LIVRE m. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE m. — LES TROIS ORDRES

Riibellius Plaute, et dans l'Afrique septentrionale \ où la moitié de la province appartenait, sous Néron, à six grands propriétaires. Nous avons déjà mentionné la dispense de congé accordée aux sénateurs, pour visiter leurs domaines dans la Gaule narbonnaise. Elle s'appliquait également aux possesseurs de terres en Sicile ^

Les vastes districts cultivés par des esclaves enchaînés, les pâturages égalant des provinces et des royaumes en étendue, n'étaient pas une simple façon de parler de Sénèque^, mais une réalité. Les sénateurs avaient des propriétés partout. Point de lac dans lequel ne se mirât un de leurs palais, ni de golfe que ne dominât une de leurs villas. Les pinacles de leurs splendides habitations couronnaient toutes les hauteurs, dans l'intérieur des terres comme sur les bords de la mer^. A Rome même, leurs palais, avec les plantations de pins d'Italie, de platanes et de lauriers , les bains , les portiques , les allées carrossables et les jets d'eau compris dans leurs enceintes, pouvaient se comparer à de grandes villes ^ Fronton, qui ne comptait point parmi les sénateurs riches, se fit bâtir une salle de bains qui devait coûter 350,000 sesterces ou près de iOO,000 francs ^ Chaque grande maison, avec ses milliers d'esclaves et d'affranchis de toutes les nationalités , formait pour elle comme un petit État , capable de se suffire à lui-même, jusqu'à un certain point, et dont les servi-

- Pétrone, Sat., c. 117. — Symmaque, Lettres , IX, 125.

2 Dion Cassius, LU, 42. — Tacite, Annales, XII, 23.

3 De Beneficiis, VII, 10, 5. — Columelle, 1,3, 12 : More pra3potentium qui possident fines gentiuni quos ne circumire equis quiden\ valent.

^ Sénèque, Lettres, 89, 20, etc.

^ Ibid. ,114, 9. -^ Martial , XII , 50. « Aulu-Gelle, XIX, 10, 1.

teurs n'étaient pas seulement employés à exploiter toutes les ressources matérielles, pour l'entretien et l'accroissement de la prospérité du domaine , mais satisfaisaient encore à la plupart des besoins pour lesquels l'industrie et les métiers travaillent et déploient leur activité productrice dans le monde moderne. Bien plus, ils y apportaient même à l'embellissement et à l'ennoblissement de l'existence toutes les ressources de Tart et une partie des avantages que la science peut offrir. Indépendamment de ces sujets du domaine, toute grande maison entretenait complètement, ou contribuait à faire vivre, nombre de gens placés sous sa dépendance, pendant que d'autres devaient à la munificence princière et au patronage des grands seigneurs de cette époque un puissant appui, pour l'avancement , dans leur carrière, et maintes personnes, qui avaient vu des jours meilleurs, du soulagement dans leur adversité ou le rétablissement de leur fortune. Ainsi Calpurnius Pison, d'abord banni par Caligula, puis réintégré dans ses biens par Claude, honoré du consulat, et beaucoup enrichi par un héritage qui lui vint de sa mère, avait un état de maison d'une magnificence remarquable et se plaisait à secourir les membres du sénat et de l'ordre équestre qui avaient eu des revers de fortune immérités, ainsi qu'à mettre des hommes du troisième ordre en mesure de payer le cens exigé pour leur admission dans l'ordre équestre. Martial, célébrant la générosité des grands dans un passé qu'il regrette , dit :

Pisones, Senecasque, Memmiosque.

Et Crispos mihi redde , sed priores ^ .

Juvénal nomme aussi Cotta parmi les personnages dont il vante la libéraUté. Et, soupire encore Martial :

1 Xn. 36, 8.

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