‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 119 sur 266 · LIVRE III. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LES TROIS ORDRES

sesterces*. Tibère élimina ceux qui s'élaient appauvris par leurs prodigalités-, ou leur permit de donner leur démission^ mais il n'accordait des secours qu'à ceux qui se justifiaient de leur appauvrissement auprès du sénat , rigueur qui découragea la plupart d'entre eux, et dont la famille des Hortensius eut surtout cà se plaindre*. Néron, au commencement de son règne, dota plusieurs familles appauvries de la haute noblesse de traitements d'un demimillion de sesterces, chiffre de celui de Valérius Cotta, par exemple, qui avait été son collègue au consulat en 59. AuréUus Cotta et Hatérius Antonin obtinrent également de lui des pensions annuelles, bien que ce fût le gaspillage de leur patrimoine qui avait ruiné ceux-ci ^ Vespasien aussi se montra très généreux; il parfit le cens de beaucoup de sénateurs et dota aussi des consulaires pauvres de pensions d'un demi-million de sesterces^. On rapporte des libéralités semblables d'Adrien ^. Les empereurs accordaient aussi fréquemment des subventions extraordinaires, notamment lors de l'entrée en charge des magistrats et pour les défrayer des jeux qu'ils avaient à donner ^. Du reste, il paraît avoir été d'usage que les riches sénateurs aussi vinssent en aide^ pour l'honneur de leur ordre , à des collègues appauvris. Ainsi, sous Claude, Calpurnius Pison

1 DionCassius, LV, 13; LUI, 2; LIV, 17; LVI, 41. — Suétone, Octave, chap. XLi.

2 Dion Cassiiis, LV, 10.

^ Tacite, Annales, II, 48.

'' Ibid., I, 75; II, 38. — Suétone, Tibère, chap. xlvii. — Dion Cassius, LVll, 10. — Voir aussi Sénè([ue, De Benejiciis , II, 7.

•'' Tacite, Annales , XIII , 34. — Suétone, Néron, cliap. x.

^' Le même, Vespasien, chap. xvii,

7 Voir sa biof»raphie , chap. vu.

^ Vie (T Antonin le Pieux, chap. viii. — Fronton , ad Lucium Verum , G. 9.

ne Qianqiia pas de déployer également sous ce rapport sa munificence royale \ Cet usage se maintint jusque dans les derniers temps de l'empire-.

En général, l'assistance mutuelle paraît avoir été reconnue, jusqu'à un certain point, comme une obligation commune à tout le premier ordre. Ainsi, pour les spectacles notamment, des contributions volontaires offertes nonseulement par des amis, mais aussi par des collègues, moins directement intéressés, étaient généralement acceptées ^ La maison d'un homme de qualité venait-elle à brûler, on voyait, dit Juvénal^, l'aristocratie en deuil; le préteur suspendait ses audiences et les contributions, pour aider à la reconstruire, affluaient si abondamment, de toutes parts, que plus d'une fois l'incendié put être soupçonné d'y avoir mis le feu lui-même. Mais les grands n'étaient aussi généreux que lorsqu'il s'agissait d'un de leurs pairs ; quant au pauvre diable , dit le poète :

Nudum et frusta rogantem

Nemo cibo, nemo hospitio tectoque juvabit."

L'usage de répandre le bénéfice des dispositions testamentaires sur un vaste cercle, avait pris une telle extension que les legs aussi étaient, comme il paraît, devenus en quelque sorte, pour la plupart des sénateurs, une source régulière de revenus. Enfin, les donations entre mari et femme, prohibées dans les autres cas, étaient admises en faveur de l'intérêt de famille qui s'attachait à l'acquisition ou à la conservation d'un rang et de dignités '^.

1 Schol. de Juvénal , V , 109. — Fronton , ad Lucium Verum, 6 , 9.

2 Symmaque, Lettres , IV. 67.

•^ Sénèque, De Beneficiis , II , 21 . 5.

* m. 216, etc.

^ Digeste , XXIV , 1 , 40.

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