LIVRE III. — LES TROIS ORDRES
^and nombre de sénateurs possible, ce qui contribua encore à multiplier les différences de rang. Ainsi la durée du consulat fut réduite d'un an à deux mois^ ce qui permit de nommer annuellement douze consuls, nombre qui fut même souvent dépassé. Les consuls des deux premiers mois donnaient le nom à Tannée et avaient la préséance sur les autres, appelés consuls mineurs. On comprend combien ce système, artificiellement combiné et gradué, avec ses nombreuses distinctions d'insignes et de titres, de dignités et de décorations ^ , servait le but d'imprimer à l'ambition des sujets une direction favorable à la monarchie.
Ce but fut complètement atteint, comme le montre assez l'importance que même les dignités purement titulaires avaient, aux yeux de ceux qui en furent investis, ou la manière dont on les faisait valoir vis-à-vis des offices réels. Nombre d'inscriptions prouvent quel cas la vanité faisait des premières, et quand Pertinax, pour remédier à l'abus que Commode avait fait, dans la préture, de la promiscuité des simples titulaires avec les magistrats réellement investis de cette charge, fit rendre un sénatus-consulte qui subordonnait les premiers aux seconds, cette mesure lui suscita beaucoup d'ennemis ^. Cependant il paraît que les fonctionnaires en exercice se montrèrent d'autant plus jaloux de maintenir leur préséance. Il est certain du
1 Cependant les insignes dont il s'agit n'étaient portés que dans les grandes occasions. Alexandre Sévère eut l'idée de donner des uniformes distincts aux titulaires de tous les offices, dénomination qui s'appliquait probablement aux préfectures et aux emplois de sa maison , ainsi qu'à tous les dignitaires (des charges curules sans doute) . mais il n'y donna pas suite. Voir sa biographie, chap. xvii.
- Vie de Pertinax , chap. vi.
moins que leurs offices ne perdirent rien de leur valeur par la création de tant de nouvelles dignités fictives. Les charges curules continuèrent à former l'objet des plus ambitieux désirs et de la compétition la plus vive ^ ; on n'épargnait, pour y arriver, ni les visites, ni le moyen des lettres de recommandation ^; on ourdissait force intrigues, usait de la corruption sous toutes les formes ^ et ne reculait devant aucune bassesse ^. Nous avons déjà parlé plus haut du trafic d'emplois à la cour ^ L'acte d'élection était traité, par bien des personnes, comme une affaire très-sérieuse ^. Les élus n'étaient pas moins fiers de leur succès que leurs compétiteurs étaient malheureux, humiliés et
1 Sénèque, De Beneficiis , Il , 27, 4 : ^que ambitio non patilur quemquam in ea mensura honorum conquiescere , quee quondam ejus fuit impudens votum : nemo agit de tribunatu gratias, sed queritur quod non est ad prœturam usque perductus; nec hœc grata est, si deest consulatus; ne hic quidem satiat, si unus est. — De Ira, III , 31, 2 : Dédit mihi preeturam : sed consulatum speraveram ; dédit duodecim fasces : sed non fecit ordinarium consulem; a me numerari voluit annum : sed deest mihi sacerdotiuni.
2 Sénèque, De Brev. vitx, 20, 1. — Pline le Jeune , Lettres, II , 9; VI, 6 et 9; X, 9. — Martial, XII, 26. — Voir aussi Épictète, IV, 1, 148; 7, 23; 10, 20.
2 Pline le Jeune, Lettres, W, 19 : Candidati ne conviventur, ne mittant munera, ne pecunias deponant. Ex quibus duo priora tam aperte, quam immodice fiebant ; hoc tertium , quamquam occultaretur, pro comperto habebatur.
* Tacite, Annales, IV. 68 : Hune LatiniusLatiaris, Porcius Cato , Pelitius Rufus, M. Opsius prœtura funcli adgrediuntur, cupidine consulatus, ad quem non nisi per Sejanum aditus : neque Sejani volunlas nisi scelere quœrebatur.
^ Voir aussi Suétone, Vespasien , chap. xvi.
6 Pline le Jeune, Lettres^ IV , 25 : Proximis comitiis in quibusdam tabellis multa jocularia atque etiam fœda dictu inventa sunt. Quid hune pularaus domi facere, qui in tanla re, tam serio tempore, tara scurriliter ludit ?