‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 123 sur 266 · LIVRE m. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE m. — LES TROIS ORDRES

pleins de dépit de leur échec ^ Tibère -, au sujet de la proposition de nommer les magistrats pour cinq ans, exprimait la crainte qu'elle ne tournât complètement la tête d'hommes déjà si glorieux de leur nomination à une magistrature annuelle. Pour les hommes nouveaux surtout, le jour où ils obtenaient une charge curule marquait dans la vie comme celui d'un grand événement ^ L'élu recevait l'accolade de toutes les personnes de connaissance qu'il rencontrait; ses esclaves lui baisaient les mains; rentrant chez lui, il trouvait sa maison illuminée; puis il montait au Capitole pour offrir, en actions de grâces, un sacrifice aux dieux \ Le bénéfice de f élévation à un degré supérieur, dans la hiérarchie de ces charges, s'étendait à toute la famille du nouveau titulaire. Ainsi une famille ancienne d'ailleurs, mais dont aucun membre n'était encore monté plus haut que la préture, devint de prétorienne une famille consulaire, par l'avènement de son chef au consulat ^ On parlait de même de mariages consulaires, d'adoptions consulaires ^ Aulu-Gelle, homme sorti d'une humble condition lui-même, ne manque jamais, dans ses écrits, d'indiquer scrupuleusement le rang des personnes de qualité de sa connaissance. Il suffit d'ailleurs de regarder cette multitude de monuments sur lesquels emplois, titres et dignités sont énumérés dans un ordre rigoureux , avec la plus minutieuse exactitude, pour se faire une idée de l'importance que l'on attachait aux distinctions de rang.

1 Sénèque, Lettres, 104, 9; 73 , 3; 84 , 11.

2 Tacite. Annales , II. 36.

3 Le même, De Oraiorihus , c. \u.

^ Épiclète, Dissert. I, 19, 24.

^ Tacite, Annales, III , 30.

^ Ibid., II, 85; Hist. I, 48, 73. — Voir aussi de nombreux exemples dans Quinlilien, Pline le Jeune , Sénèque , etc.

Pline le Jeune ^ insista même pour que tous les honneurs dont il avait joui fussent indiquées sur le socle d'une statue corinthienne, dont il lit don au temple de Jupiter à Côme. Les inscriptions grecques indiquaient même expressément la parenté avec des consulaires et des sénateurs.

Le rang et l'état des femmes se réglaient sur ceux de leurs maris -. Les empereurs conférèrent parfois le rang consulaire à des femmes n'ayant pas de personnages consulaires pour époux, surtout à leurs propres parentes; ou bien ils leur laissaient ce rang, même si elles venaient à prendre un mari de condition moindre ^. Un passage de Dion Cassius '' avait fait penser que des sénateurs pouvaient être dégradés. C'est une erreur. Le personnage dont il y est fait mention, Marcius Agrippa, esclave d'abord^ puis affranchi, avait ensuite été créé chevalier et revêtu comme tel de l'office a cognitionibus et ah epistolis; pour l'éloigner de ce poste, on le nomma sénateur avec rang prétorien, l'office qu'il occupait étant de ceux qui ne pouvaient être remplis par des sénateurs. Ainsi, loin de le dégrader, on le promut à un rang supérieur, mais en vue d'amener sa destitution, il est vrai.

Outre la grosse bande de pourpre et le droit aux premières places dans tous les spectacles, distinctions qui dataient du temps de la république, les sénateurs en obtinrent sous l'empire beaucoup d'autres, déterminées en partie parla tradition, en partie par des prescriptions légales, et qui varièrent

1 Lettres, \\\, 6.

2 Digeste, 1,9. — Voir Naudet, de la Noblesse, etc., page 100, etc.

3 Ibid., 12. — H. A. Vie d'Héliogabale, chap. iv. — Dion Cassius, LXXIX, 15.

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