‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 127 sur 266 · LIVRE III. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LES TROIS ORDRES

dant que beaucoup d'anciens chevaliers encouraient, avec la perle du cens, la déchéance de leur ordre, des individus qui pouvaient bien justifier du cens, mais ne remplissaient aucune des autres conditions, s'arrogèrent, sans que l'on songeât à les en empêcher, le bénéfice des distinctions extérieures des chevaliers, notamment l'anneau d'or et un siège dans les places d'honneur des chevaliers au théâtre ^ En l'an 23 de notre ère, on se vit obligé de confirmer les anciennes dispositions, l'abus étant devenu tel que des cabaretiers portaient souvent la bague d'or. Pendant la censure de Claude, en 47, un chevalier, Flavius Proculus, ne cita pas moins de quatre cents personnes en justice pour le fait du port illicite de celte bague ^. Claude prononça contre des affranchis, qui s'étaient donné des airs de chevaliers, la peine de la confiscation de leurs biens ^. Aussi paraît-il qu'ils ne se hasardaient pas facilement, sous Néron, à porter la bague chevalière. Mais Domitien, déjà, semble avoir borné ses rigueurs à écarter les intrus des places des chevahers, dans les spectacles. Du moins Martial, qui parle souvent de cette défense, non-seulement n'en mentionne aucune relativement à l'usage de la bague, mais laisse Zoïle, son type de l'affranchi orgueilleux, en faire montre à son inse\ En effet, les mesures des empereurs contre l'usurpation des honneurs équestres, devaient rester d'autant plus impuissantes qu'ils rendaient illusoire l'application des lois de l'espèce, en conférant sans cesse eux-mêmes l'anneau d'or aux affranchis favorisés, par eux, de la promotion à l'ordre équestre.

i Juvénal, XI, 42.

•-' Pline, Hist. nat., XXXIII, 32, etc. 3 Suétone , Claude f chap. xxv.

Ainsi, c'est précisément par cet insigne, qui servait primitivement à distinguer les membres de l'ordre des gens de moindre condition , que s'établit la confusion des chevaliers avec des hommes qui n'étaient même pas libres de naissance {ingenui)^ . Déjà Octave- avait honoré de la dignité équestre T. Yinius Philopœmen, qui avait, dit-on, caché autrefois son patron proscrit; d'autres affranchis, tels que Menas % Antoine Musa\ Védius PoUion^, y furent élevés pareillement. Il s'ensuivit que la bague d'or perdit si complètement son ancienne signification qu'elle n'indiquait plus, sous Adrien, que la condition libre, de père en fils ou par émancipation, des personnes qui la portaient^. Aux places des chevaliers, dans les théâtres, s'asseyaient les fils d'entremetteurs, de gladiateurs et de maîtres d'escrime. De l'esclave, qui avait servi de coiffeur à sa maîtresse, l'émancipation et un don de 400,000 sesterces faisaient un chevalier^. Ainsi la chevalerie perdit de plus en plus le caractère d'un ordre particulier et se confondit avec la masse. Cette fusion était presque un fait accompli dès la fin du premier siècle. Cependant, postérieurement encore, une partie de ceux qui jouissaient de l'avantage du cens équestre continuèrent à former, entre eux, un corps distinct, espèce d'anneau intermédiaire entre le premier ordre et le troisième : ainsi les chevaliers

1 Pline, Hist. nat., XXXIII, 33.

2 Suétone, Octave , chap. xxvii.

3 Dion Cassius , XLVIII , 45.

* md.,Lm, 30.

& Ibid., LIY, 23.

c Ulpien, Digeste, XL, 10, 6. — Tertullien, De Resurreciione carnis , c. 67. L'esclave affranchi et vestis albx nitore et aurci anuli honore et paironi nomine ac tribu , menscique honoratur.

' Juvénal , 111 . 33 . elc. — Martial . VII . C4.

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