LIVRE m. — LES TROIS ORDRES
pourvus du cheval de l'État [equus publicus), à la tête desquels figurait le successeur désigné de l'empereur régnant, pendant que celui-ci était censé le chef du Sénat. L'admission dans ce corps ouvrait la carrière des hauts emplois civils et militaires. Elle pouvait être conférée même à des jeunes gens non encore adultes.
Aux chevaliers les plus distingués par leur naissance et la possession du cens sénatorial, les empereurs accordaient la large hande de pourpre. Ces chevaliers sénatoriaux {équités illustres, splendidi) formaient une classe à part, également distinguée des autres par des insignes, plus rapprochée du premier ordre que du second, et qui pouvait même, à la rigueur, être considérée comme appartenant au premier. Elle comprenait non-seulement les chevaliers qui aspiraient à s'élever de ce degré supérieur de leur ordre à la dignité du premier, mais aussi ceux qui, possédant les avantages de naissance et de fortune nécessaires pour l'admission au sénat, n'en préféraient pas moins la liberté et les loisirs de la condition privée, les beaux revenus d'une profession lucrative, le pouvoir réel dérivant d'un office impérial ou d'une position à la cour, aux vaines pompes et à l'accablant fardeau des charges sénatoriales. L. Annaeus Méla^ est signalé comme tel par Tacite, qui, un peu froissé dans son amour-propre séna* lorial, a l'air de blâmer cette conduite; d'autres, comme Minucius Macrin (sous Vespasien), Anianus Maturius, Térence le Jeune, sont mentionnés par Pline le Jeune-.
' Pelitione honorum abstinuerat per arabitionem prœposteram , ut eques romanus consularibus potcnlia œquarelur, simul acquirendœ pecuniœ brevîus iter credel>at pei* procurationes administrandis priacipis negoliis. (Tacite, Annales , XVI, 17.)
-' Lettres, 1, 14; IIK 2; VII, 25.
Indépendamment de ces trois classes (des simples possesseurs du cens équestre, des membres du corps des chevaliers honorés du cheval de l'État et des chevaliers sénatoriaux), il y avait dans le sein de cet ordre, non moins que dans celui du premier, des gradations nombreuses et variées, selon la fortune, la position sociale et l'origine de ses membres. De vieux militaires, qui, entrés au service comme simples soldats, étaient parvenus, dans leur avancement, jusqu'au premier centurionat de la légion, obtenaient pour retraite les 400,000 sesterces et la dignité équestre; mais le chevalier de naissance, surtout celui qui pouvait se glorifier d'une longue série d'ancêtres ayant appartenu au même ordre \ .ne regardait qu'avec dédain ces soldats de fortune et tous ceux qui s'étaient, d'une condition plus humble, élevés jusque-là, par la faveur ou par leur mérite. Il croyait, dans sa suffisance, avoir à s'applaudir d'être, comme dit Ovide :
Non modo mililice turbine factus eques.
En général, quiconque servait dans l'armée pour y faire sa carrière par l'avancement, obtenait le rang équestre avec le tribunat de la légion, qui parfois aussi n'était conféré que comme un grade purement titulaire, en vue de faciliter l'élévation de rang de la personne qu'on voulait distinguer. C'est ainsi que Martial^, par exemple, devint chevalier, et ses vers témoignent assez de tout ce qu'il pouvait y avoir de gêné et d'humiliant, de contraint et de
1 Si quid id est usque a proavis velus ordinis heres^
Non modo fortunœ munere factus eques.
Ovide, Tristes, IV, 10,7.
2 Voir III, 95; V, 13. 17: IX, 49; XII, 2G.