LIVRE III. — LES TROIS ORDRES
précaire dans la situation de chevaliers manquant des moyens de vivre selon leur rang, trop indolents ou trop peu industrieux pour suffire à leurs besoins par l'exercice d'une profession honorable. Ils dépendaient entièrement de l'assistance de quelques riches ou nobles protecteurs, comme lui, qui ne rougissait pas de mendier, continuellement et sous toutes les formes, auprès des Régulus^, des Stella-, etc. , ainsi qu'auprès de Tempereur Domitien^. Ses désirs étaient modestes; il sollicitait, dans l'occasion, le cadeau d'un bon manteau"*, et il a chanté , dans deux de ses pièces de vers, une belle toge dont le grand camérier impérial, Parthénius, lui avait fait présent , la première fois quand il la reçut neuve , la seconde après qu'elle fut usée\ Pendant des années il se prêta, pour trouver son pain quotidien, aux services de client les plus humbles. Sa muse était au service de qui voulait bien la payer ^. Un des amis qu'il a chantés le plus, le^ centurion Pudent, n'atteignit môme pas lui-même, paraît-il, au modeste office de primipilaire , qui conférait le rang équestre, but de sa constante ambition'. Martial composa aussi des épitaphes pour d'autres centurions^. Mais, si d'une part il est certain que ce genre de mendicité n'était pas rare dans l'ordre équestre^ de l'autre les grandes fortunes aussi doivent y avoir été nom-
' Marlial , VII , 60.
2 Ibid., VU , 36, etc.
3 /^*irf., V, 19; VI, 10; VII, 60; VIII, 2i. ^ Ibid., VI, 28.
& Ibid., VIII, 82; IX , 49.
6 Pline le Jeune, Lettres, III, 21.
"Voir Marlial : I, 31 et V, 48; IV, 13, 29; IV, 58; VII, 97, 3; VIII, 63.
» Ibid., I, 93; X, 26.
« Ibid., IV. 67; V, 25. — Schol. de Juvénal , V, 109. - Suétone, Néron, chap. xii.
breuses, car c'est principalement à cet ordre qu'appartenaient les banquiers \ les forts négociants, comme ce Cornélius Sénécion, dont parle Sénèque^, les fermiers des impôts indirects^, les directeurs et les sociétaires des grandes entreprises commerciales et industrielles du temps, ainsi que les chefs des factions du cirque. Parmi les emplois subalternes, le plus considéré, celui des scribes auprès des édiles curules et des questeurs , parfaitement rétribué et donnant beaucoup d'influence, fut aussi quelquefois exercé par des chevaliers, ou servit de titre pour la promotion à l'ordre équestre.
Enfin, cet ordre avait aussi sa noblesse de service, et les brillantes perspectives qu'offrait la carrière des emplois qui lui étaient spécialement réservés par les empereurs étaient, par-dessus tout, ce qui déterminait les mieux doués et les plus ambitieux à le préférer au sénat même. Les descendants des anciennes familles de noblesse équestre, après avoir passé dans l'armée par une filière d'offices subalternes, étaient ensuite nommés à des postes supérieurs de l'administration des finances impériales, tant à Rome que dans les provinces, où on les faisait receveurs généraux des droits du fisc, avec des pouvoirs très étendus et le litre de procureurs {procuratores) , parfois même chefs suprêmes de toute Tadministration provinciale. De là ils
1 Suétone, Octave, chap. xxxix : Notavitque aliquos (équités) quod pecunias levioribus usuris mutuati graviore fœnore collocassent,
- Lettres, 101, 1 : Senecionem Corneliura, equitem romanum splendidum et officiosum noTeras : ex tenui principio se ipse promoverat et jam illi declivis erat cursus ad cetera. — Puis, Ibid., 4 : Ille qui et mari et terra pecuniam agitabat , qui ad publica quoque, nullum relinquens inexpertum genus quœstus, accesserat, etc. — Voir aussi Ibid., 119, 5.
3 Tacite, Annales, IV, 6; XIII, 50. — Suétone, Vespasien, cliap. i.