‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 133 sur 266 · LIVRE III. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LES TROIS ORDRES

avoir généralement préféré les plus habiles et les plus doctes, tenaient école et faisaient des cours chez eux^ C'étaient probablement presque toujours des personnes de condition modeste qui se vouaient au professorat, à Rome, notamment des affranchis, des provinciaux et des étrangers, dont Jules César déjà s'était appliqué à y attirer un grand nombre, en leur conférant le droit de cité -. Beaucoup d'entre eux étaient originaires des provinces grecques et de l'Orient hellénisé, ce qui s'explique par la faveur toute particulière dont l'enseignement de la langue et de la littérature grecques jouissait à Rome.

La plupart de ces maîtres n'enseignaient point par vocation; ils ne s'étaient mis à donner des leçons que pour gagner leur vie. Cela résulte déjà du fait que, même parmi les grammairiens ou philologues les plus renommés et les plus distingués par leurs travaux, dont il est fait menlion à Rome au premier siècle de l'empire, notamment dans Suétone, plusieurs n'étaient arrivés à se tourner vers les études que par l'effet du hasard , ou après avoir mal réussi dans d'autres carrières. Quelques-uns acquirent, comme esclaves ou affranchis, au service de savants, ou en accompagnant des fils de famille à l'école, le fonds des connaissances dont ils devaient faire leur spéciahté plus tard. Le célèbre Orbilius avait commencé par être garçon de bureau auprès d'un magistrat, puis servi, à pied et à cheval, dans l'armée. Un autre professeur en-

1 Quintilien, I, 2, 10 : Nam optimus quisque praeceptor frequenlia gaudet ac majore se thealro dignum putat, at fere minores ex conscienlia suœ infirmitatis hœrere singulis et officio fungi quodammodo pœdagogorum non indignantur.

- Suétone, César, chap. xlii. — Le même, Auguste, chap. xui (peregrinos(iue omnes, exceptis medicis el professoribiis).

core plus célèbre, Marciis Valérius Probus, de Béryte (Beyrouth) en Syrie, ne s'appliqua aux études linguistiques qu'en désespoir d'obtenir une place d'officier subalterne qu'il avait longtemps sollicitée. Un troisième avait auparavant figuré comme athlète dans les combats du pugilat, un quatrième couru les théâtres et gagné sa vie en prêtant sa collaboration aux farces qu'on y jouait'. L'empereur Pertinax, au contraire, fils d'un affranchi, marchand de bois, avait débuté par le professorat, et ce furent les déceptions qu'il y éprouva qui le décidèrent à embrasser l'état militaire, marchepied de sa haute fortune^.

Dans l'opinion générale, c'était gagner durement son pain que d'être obligé de tenir école et d'instruire les enfants ^ Les peines et les déboires étaient grands, les avantages très minces, et peu de ces instituteurs avaient, pour se consoler et se relever dans leur esprit , la conscience de la noble mission d'initier des âmes jeunes et candides aux bonnes mœurs et à l'étude de ce que la science et les lettres ont de sacré''. L'école s'ouvrait avec ou même dès avant l'aube. Le maître était obhgé de se lever plus matin que le forgeron ou le tisserand, puis de respirer les émanations des lampes apportées par les écoliers, et dont la fumée noircissait les bustes d'Homère et de Virgile placés dans la salle ^. La classe continuait même après

1 Suétone, Grammairiens illustres, 19, etc.; 23, 9, 24, 22 et 18.

2 Voir sa biographie, ciiap. i.

3 0 rem indigoissimain ! et quain œqiio islud fers animo, sedere in scholis et pueris preeciperel (Fragment d'Annius Florus, dans Jalin, Florus, p. 43.)

^ Quam imperatorium , quam regium est sedere a suggestu prœcipienlem bonos mores et sacrarum studia litterarrnm, etc. Ihid., p. 44. 6 Juvénal, VII, 222, etc.

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