LIVRE Iir. — LES TROIS ORDRES
midi^ Le plus difficile pour le maître, suivant Juvénal, était de ne jamais perdre de vue les mains et le jeu des prunelles de tant de jeunes garçons sur la moralité desquels son devoir était de veiller comme un père. L'usage du bâton et du martinet paraît, du reste, avoir été un des moyens dont on se servait le plus fréquemment, pour maintenir l'ordre dans la classe. Il y avait, en outre, à compter avec mille prétentions injustes des parents, sur les incroyables exigences, en tout ce qui touchait leurs enfants, et les susceptibilités d'amour-propre desquels Orbilius déjà écrivit tout un livre plein de doléances-. La poussière de l'école, il est vrai, devait peu incommoder les instituteurs romains , car ils enseignaient dans des salles à demi ou entièrement ouvertes au grand air, sur les plates-formes des maisons ou devant celles-ci, du côté de la rue même. De plus, même abstraction faite des nombreux jours de fête, les vacances d'été duraient quatre mois: l'essentiel, suivant l'idée du temps, étant d'avoir ses enfants bien portants dans cette saison , sans leur infliger le tourment de l'école ^ Les précepteurs domestiques, les Grecs surtout, se plaignaient beaucoup, et souvent avec raison, sans doute, des traitements indignes et des humiliations de tout genre qu'ils avaient à subir, ainsi que de l'exiguïté de leurs appointements, avec lesquels ils parvenaient à peine à suffire au payement des mémoires du médecin, du cordonnier et du fournisseur d'habits. Lucien* mentionne un salaire de 200 drachmes, avec la table et le logement, comme la rétribution d'un précepteur grec. Les Romains, de leur côté, croyaient avoir à se
ï Colloq. scholast., p. 426.
2 Suétone, Grammairiens illustres , 9.-
^ Martial. X, 62. 12 : yEstate piieri, si valent, satis discuut.
'• De merc. cond., 35 et 38.
plaindre de ce qu'on leur préférât , dans les grandes maisons, ces étrangers qui savaient trop souvent, par leurs intrigues et leurs infamies , usurper le rôle des véritables maîtres du logis ^
Généralement, l'instruction grammaticale était mal payée à Rome, du moins dans la mesure des prétentions qu'avaient alors les maîtres, probablement un peu plus élevées que celles de leurs confrères d'aujourd'hui. D'après JuvénaP, en effet, les honoraires de l'école, par enfant, calculés sur le pied le plus modique, pour une année scolaire de huit mois seulement, comme nous l'avons vu, auraient été de 5 pièces d'or {aurei), c'est-àdire d'environ 135 francs de notre monnaie, ce qui, pour une classe de vingt à trente enfants, devait procurer à l'instituteur un revenu suffisant pour vivre. Or de bons maîtres recevaient certainement plus. La concurrence était très-grande, sans doute, puisque, déjà dans les derniers temps de la république, il y eut parfois, à Rome, jusqu'à vingt écoles de grammaire, toutes plus ou moins fréquentées ^ Beaucoup d'écoles étaient d'ailleurs dirigées par deux maîtres, qui s'en partageaient les émoluments'*. Cependant certains professeurs très-recherchés acquirent de la fortune ; Verrius Flaccus , qu'Auguste logea au palais avec toute son école, obtint de lui, pour l'instruction de ses petits-lîls, un traitement annuel de i 00,000 sesterces ou plus de 26,000 francs ^ Un autre,
1 Lucien, l. c. , 17. — Juvénal, III, 69, etc.
2 VU, 243 (Scholies).
'■^ Suétone, Grammairiens illustres, 3.
i Digeste, XVII, 2, 71 : Duo socielatem coierunt iil grammatica doccrent, et quod ex eo artificio quceslus, fecisscnl, commune eorum csset. '>> Suétone. Grammairiens illustres, 17.