‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 135 sur 266 · LIVRE III. — LKS TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LKS TROIS ORDRES

Remmius Palémon, tirait de son école an revenu annuel de 400,000 sesterces, et presque autant de sa fortune privée, dont son enseignement avait probablement aussi formé le noyau, mais qu'il s'appliqua à faire valoir et fructifier, en outre, avec autant d'activité que de [savoirfaire, par un commerce d'effets d'habillement et la bonne exploitation de ses biens ruraux ^ Épaphrodite de Chéronée, qui enseigna sous Néron et les empereurs suivants, jusqu'à Nerva, et mourut âgé de soixante-quinze ans, possédait deux maisons à Rome et une bibliothèque de trente mille volumes, comprenant beaucoup d'ouvrages rares et précieux-. Cependant des emplois autres que ceux de bibliothécaires publics ne paraissent avoir été donnés, parfois, à des grammairiens qu'à Rome et à Alexandrie; au secrétariat d'État ou département de la correspondance , ils ne trouvaient à se caser qu'exceptionnellement, dans les postes élevés du moins, comme Hyginus ^ et Denys d'Alexandrie.

Les rhéteurs ou professeurs de l'art oratoire eurent en partie à subir les mêmes désavantages et les mêmes contrariétés que les maîtres élémentaires ou grammairiens. Eux aussi avaient beaucoup à pâtir des exigences absurdes et de la sotte vanité des parents'*, ainsi que de la polissonnerie des entants mal élevés ^, et, comme il y avait forte concurrence dans cette branche également , on ne vit que trop de rhéteurs descendre à des flatteries et à des complaisances indignes de leur profession, pour compléter

1 Suétone, Grammairiens illustres, \Xlll,

2 Suidas, Épaphrodite.

3 Suétone, Grammairiens illustres , XX.

i Pétrone, Sat. , IV. — Quintilien , II , 4 , 16. ^ Juvénal, VII, 213.

leur auditoire ^ Ils avaient de même à supporter des ennuis mortels, à force de faire répéter continuellement des exercices oratoires sur les mêmes thèmes, ou, suivant l'expression de Juvénal , d'être obligés de manger sans cesse du même chou réchauffé. Il arrivait souvent aussi qu'on les payât mal ou refusât net de les payer, ce qui faisait, alors, même d'une chaire de rhétorique une position sociale illusoire et stérile^. Cependant rappelons, à leur sujet aussi, que les professeurs de ce temps-là avaient des prétentions plus élevées que ceux du nôtre. En général, les honoraires des rhéteurs étaient supérieurs à ceux des grammairiens ^. Juvénal'' parle d'honoraires annuels de 2,000 sesterces, par élève, pour les leçons d'un rhéteur, ce qui ne laisse pas que d'être un assez bon prix. La position d'un professeur d'éloquence n'était pas seulement plus avantageuse, elle était aussi entourée de plus de considération déjà, paice qu'il était chargé d'un enseignement supérieur, auquel participaient, outre les enfants et les adolescents, quelquefois même des hommes faits, et qui avait trait immédiatement aux intérêts de la vie pratique, car la parole facile et abondante , élégante et choisie , était regardée comme un élément capital de la bonne éducation, indispensable même, dans beaucoup de positions sociales, pour tous les hauts emplois notamment. Aussi les chaires des professeurs d'éloquence latine et grecque furent-elles , à Rome et ailleurs aussi peut-être^, les premières et long-

1 Tacite j Dialogue sur les Orateurs ^ chap. xxix.

2 Juvénal, Sat. VII, 157, 203.

3 Le même poëte {Ibid., 217) dit de la rétribution de ces derniers :

Quodcunque est minus est autem quam rhetoris aéra. * Ibid., 186, etc.

^ Vie d'Antonin le Pieux, chap. xi : Rhetoribus et philosophis per omnes provincias et honores et salaria detulit.

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