LIVRE III. — LES TROIS ORDRES
temps les seules qui fussent dotées par l'Éiat. Le traitement qui y était attaché s'élevait à 100,000 sesterces, quadruple de celui d'un tribun militaire, ce qui égalait ces professeurs, pour la rétribution, dans la catégorie des cenleniers {centenarii) , à des fonctionnaires de l'importance du procureur des eaux^ ou de celui de la province d'Adrumète^ (en Afrique), par exemple. Le premier titulaire de la chaire créée par Vespasien, l'Espagnol Quintilien , ne devint pas seulement très riche, mais obtint même, comme précepteur des princes, les insignes consulaires^. Déjà sous Néron, par suite de ce goût pour la rhétorique dont il faisait parade, beaucoup de maîtres de cet art s'étaient, comme on l'a vjli plus haut, élevés d'une condition infime à la dignité sénatoriale et aux plus grands honneurs. Verginius Flavus, un d'entre eux, devint ainsi un homme assez important pour qu'on crût devoir le bannir à la suite de la conjuration de Pison \ Dès le premier siècle, mais bien plus fréquemment encore dans le suivant, des rhéteurs cé^ lèbres arrivèrent à la position influente de secrétaires de l'empereur, celle du rhéteur Secundus auprès d'Othon, et elle leur servit quelquefois de marchepied pour monter plus haut encore. On comprend ainsi que même des hommes appartenant à l'ordre équestre, dès les premiers temps de l'empire, à l'exemple de Blandus'^, aient pu faire choix de
^ Orelli , 946.
2 Henzen, 6931.
•' Jiivénal, VII, 186.
'^ Tacite, Annales, XV, 71 : Vergiiiium Flavum claritudo nominis expulit, nam studia juvenum eloquenlia fovebat.
'" Sénèque, Controv. II, préface, p. 116, éd. Bursiaii : Habuit et Blandum rhetorem prœceptorem qui eques romaniis (primus?) Rom» docuit. Ante illum intra libertinos preeceplores piilcberrinice discipline^ continebantur et minime probabili more lurpe erat docere qiiod honeslum erat discere.
cette profession. Les promotions de rhéteurs dans cet ordre par les empereurs furent sans doute assez fréquentes aussi, d'après ce que Philostrate ^ rapporte de Denys de Milet, sous Arien, et d'un nommé Héliodore, sous Sévère proh^blement. On ne cite aucun grammairien honoré de la même faveur.
Il y avait d'ailleurs à tirer de l'art oratoire , à la barre des tribunaux , encore plus de parti qu*à l'école. Ceux qui avaient le savoir et le talent nécessaires pour le professorat n'étaient pas toujours, il est vrai , également bien doués pour la plaidoirie. Cependant beaucoup de rhéteurs unirent les deux professions , comme Quintilien, ou passèrent de l'une à l'autre, comme on le voit par ce distique de Martial^ :
Dum modo causidicuni, dum te modo rhetora fingis, Et modo decernis, Laure, quid esse velis, etc.
On vit notamment des avocats préférer, sur leurs vieux jours, les occupations plus tranquilles du professorat^. Pour attaquer et défendre en justice il fallait, alors, surtout de la faconde; une profonde connaissance du droit était moins nécessaire qu'elle ne l'est aujourd'hui. Aussi, même les avocats qui prenaient leur profession le plus au sérieux, s'appliquaient-ils tout particulièrement à l'art oratoire et traitaient-ils plus ou moins l'étude du droit, même en ne la négligeant pas, comme un objet secondaire. Quant à la tourbe des avocats, ainsi appelés à cette époque déjà, et ne voyant dans leur profession qu'un métier, ils n'avaient
» Vies des sophistes, I, 22, p. 224, et II, 32, p. 273, etc.; éd. Kayser.
3 Quintilien, XII, 11 , 4.