‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 137 sur 266 · LIVRE III. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LES TROIS ORDRES

que leur faconde, sans aucune connaissance du droit; aussi s'adjoignaient-ils, dans les procès, des hommes de loi, espèce d'avoués dits pragmatici, que les parties étaient tenues de payer à part^ ; mais il paraît que les honoraires de ces derniers étaient maigres et qu'ordinairement les membres du barreau qui ne réussissaient pas comme avocats^, faute d'avoir le don de la parole, se décidaient seuls pour l'autre profession, à un déserteur de laquelle s'adressent ces vers de Martial^ :

Deseris urbanas, tua prœdia, Pannyche, lites,

Parvaque sed tritœ prœmia certa togœ.

Frumentum, milium, ptisanamque fabamqiie solebas

Vendere pragmaticus, nunc émis agricola.

La profession d'avocat était, évidemment, le chemm que prenaient de préférence, pour parvenir, les hommes de tête et d'ambition du troisième ordre; c'est par la toge, ou robe que l'on endossait pour la plaidoirie, que s'élevait le peuple'', au sein duquel, Juvénal l'a dit^ :

tamen ima plèbe Quiritern

Facundum invenies; solethic defeiidere causas Nobilis indocli; veniet de plèbe togala Qui juris nodos et legum œnigmata solvat.

Dans le reste de l'Italie et les provinces, c'est la même profession que choisissaient, le plus volontiers,- les jeunes

' Quinlilien XII, 3. — Tacite, Dialogue sur les orateurs, chap, xxxi et XXXII.

2 Quinlilien, XIJ, 3, 9.

4 Tacite, Annales, XI, 7 : Cogitaret plebem, quœ toga enitesceret.

5 Satire VIII , 47.

gens les mieux cloués et les plus désireux de se pousser des classes inférieures, comme Lucien par exemple. Dans la colonie de Pétrone S l'affranchi qui veut donner un état à son fils compte faire de lui, sinon un commissaire -priseur, du moins un homme du barreau. Le fait que la profession d'avocat était la plus honorable des carrières civiles dont pussent faire choix des hommes du troisième ordre, résulte déjà de la circonstance que, de toutes les professions accessibles à ce dernier, elle était aussi la seule que des sénateurs même pouvaient exercer sans déroger.

C'était de plus la seule carrière civile qui offrît à des hommes d'humble naissance le moyen de s'élever, par leur talent et la fortune aidant, jusqu'à la dignité du premier ordre. C'est ainsi, en effet, que Marcellus Éprius et Vibius Crispus parvinrent à obtenir le consulat et l'amitié des empereurs, la plus haute considération et un grand pouvoir^.

Les avocats plaidants célèbres menaient une existence très fastueuse; leurs noms étaient dans toutes les bouches; les hommes haut placés et les riches leur faisaient des avances; des étrangers, ayant entendu parler d'eux dans les municipes et les colonies romaines de leur province, ambitionnaient de faire leur connaissance ^

A défaut des avantages du rang et d'un état supérieur, ces avocats, dont les portes étaient littéralement assiégées par les parties'*, acquéraient du moins de grandes fortunes'-^, et cette manière d'en acquérir était réputée très

1 Sat.,c. 46.

- Tacite, Dialogue sur les Orateurs, chap. ix, xi, xiii.

^' Ibid.j chap. VI, Vii.

^ Sénèque, De ira, III, 37,

5 Martial, I, 17, 7G; II, 30; Yllf, 16, 17.

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