LIVRE 111. — LES TROIS ORDRES
honorable ^ Mais, à côté de ces avocats courus et largement rétribués , il y avait naturellement aussi nombre d'avocats sans cause, trop heureux de recevoir dans l'occasion, pour trois ou quatre plaidoyers, quelque chose comme une pièce d'or, parfois encore sujette à une retenue pour les émoluments de l'avoué^, quand les clients ne préféraient pas s'acquitter par un envoi en nature de mauvais vin, de fruits confits, de vaisselle en poterie commune ou d'autres cadeaux semblables, envers eux qui, de cette manière, n'arrivaient pas même à gagner leur loyer ^.
Dans les procès paraissent aussi, mais postérieurement, il est vrai, à côté de l'avocat plaidant [causidicus) , des honorarii et des pragmatici ou JwHsperiti, légistes qu'on lui adjoignait pour le conseiller, ainsi que des avoués {advocati, dans l'acception restreinte du mot). Ajoutons qu'il est fait mention de tel procès, en province, dans lequel les honoraires payés à tous ces gens de loi ne dépassaient pas la modique somme de 100 deniers^.
Il y avait, certes, encombrement dans la carrière des avocats; aussi les voyait-on assez généralement recourir à tous les moyens du charlatanisme, pour se faire connaître et se procurer des cUents. Les avocats plaidants qui désiraient appeler sur eux l'attention, ne se séparaient jamais d'une grande liasse de papiers; ils cherchaient à amadouer la clientèle par leur mise soignée, les apparences du luxe, une suite d'esclaves et de clients, entourant leurs chaises à porteur; parfois même, ils louaient des bagues pré-
1 Quinlilien, XII, 7, 10.
- Juvénal, VII^ 122.
2 Martial. IV, 46; X, 87; III, 38.5.
* Colloq. schol. Labb. Gloss. II, p. 427. — Sur les actions en recouvrement d'honoraires, voyez Digeste, L, 13. 1, § 10-13.
cieuses, en vue d'amener le client, qui les voyait briller à leurs doigts, pendant la conférence, à leur accorder des honoraires plus élevés \
Ils renvoyaient les personnes qui venaient leur contîer leurs procès à des aides, chargés de recevoir préalablement les communications des parties sur l'état de la cause, ou bien ils ne les mandaient chez eux que pour la veille ou la matinée même du jour d'audience, afin de paraître encombrés d'affaires ou de faire admirer leur sagacité et la promptitude avec laquelle ils voulaient avoir l'air de résoudre toutes les difficultés en un clin d'œiP. Dans leurs harangues, ils avaient recours aux moyens les moins dignes pour gagner les applaudissements de l'auditoire^. Ils soudoyaient des claqueurs , chargés de battre des mains et de les acclamer par des bravos*, et se ménageaient l'accompagnement d'une suite nombreuse, en rentrant chez eux du Forum '^.
Beaucoup d'entJ'e eux, n'atteignant pas leur but, malgré toute la peine qu'ils se donnaient, n'en étaient pas moins obligés de se déclarer insolvables ou d'aller tenter la fortune dans les Gaules ou en Afrique '^e Naturellement, il y avait assez d'avocats toujours prêts à vendre leur éloquence, au premier venu qui les payait, et à se charger de toute cause quelle qu'elle fût, juste ou injuste''; souvent aussi on stipulait d'avance la somme à payer, à la mode
1 Juvénal, VII, 105-149.
- Quintilien, XII, 8.
3 Tacite, Dialogue sur les Orateurs, chap. xxvi.
* Quintilien, XI, 3, 131. — Pline le Jeune, Lettres, II, 14, 4. — Juvénal, XIII, 29-31.
5 Quintilien, XH, 8, 3.
« Juvénal, VII. 129, 147, etc.
7 Quintilien, XII, 1, 25; 7,7.