LIVRE III. — LES TROIS ORDRES
des pirates, comme dit Quinlilien^ et l'expliquent ces vers de Martial - :
Egi, Sexte, tuam paclus duo millia causam, Misisti nummos quod mihi mille, quid est?
« Navrasti nihil, inquis, et a te perdita causa est. » Tanto plus debes, Sexte, quod erubui.
On comprend, après cela, qu'aux yeux de bien des gens, l'ordre des avocats tout entier passât pour une engeance vénale^. Il en fut surtout ainsi du temps de Claude, sous le règne duquel les avocats plaidants firent de brillantes affaires, tandis que les jurisconsultes n'y trouvaient pas de quoi vivre'*. Ce qui contribua beaucoup aussi à déconsidérer l'ordre, c'est l'habitude de ses membres non-seulement d'invectiver la partie adverse, ce qu'ils faisaient souvent à la demande expresse de leurs clients mêmes, mais encore de s'accabler d'injures entre eux^; or le nombre de ces maîtres chicaneurs et aboyeurs était si grand, que les adversaires de la profession purent qualifier de cynique le genre d'éloquence des avocats en général^.
La profession médicale s'exerça sous des formes multiples jusqu'aux derniers temps de l'empire; ce furent
1 Quinlilien, XII, 7, 11.
=' Sénèque, Lud. 12, 3, 54 : O causidici, vénale genus. * Tacite ( Annales, XI , 5 ") dit de ce temps : Nec quicquam publicœ mercis lam vénale fuit quam advocatorum perfidia.
5 Quinlilien, XII , 9 , 10 et 8. — Pline le Jeune, Lettres, IV , 8.
6 Quinlilien XII, 9, 9 : Ea est enim prorsus canina, ut ait Appius, eloquentia.... — Columelle aussi (I, préface) appelle la causidicina (basoche) caninum studium. — Voir aussi Lucien, Le Pêcheur, 29, et Am Jiiien Maicellin, XXX, 4, qui a longuement fait le portrait des avocats de son temps. ,
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peut-êlre principalement des affranchis ^ et des esclaves qui s'y livraient. Justinien encore permit de demander, pour des esclaves de l'un ou de l'autre sexe habiles dans cet art, le maximum du prix d'un esclave, c'est-à-dire jusqu'à soixante pièces d'or, tandis que le prix d'un eunuque même était limité à cinquante pièces d'or^
Les médecins libres, à Rome, étaient en majeure partie des étrangers, auxquels Jules César conférait, ainsi qu'aux professeurs, le droit de cité, quand ils s'y établissaient^ Les Romains, dit Pline l'Ancien, ne s'occupaient qu'exceptionnellement de l'art de guérir les malades'*. La plupart de ces médecins étrangers étaient Grecs ou Orientaux, particulièrement des Égyptiens, que l'on appelait souvent tout exprès à Rome, pour le traitement de certaines maladies, endémiques dans leur patrie, telles qu'une éruption contagieuse qui, d'Asie, se répandit dans la capitale, sous le règne de Tibère^. Lucien parle aussi de médecins de Damas, en Syrie, qui prétendaient avoir un
1 Digeste, XXXVIII, 1, 26 : Medicus libertus quod putaret, si liberli sui medicinam non facerent, multo plures imperantes (ce qui doit s'entendre, sans doute, des pratiques, aux ordres desquelles se trouve le médecin) sibi habiturum, postulabat ut sequerentur se neque opus facerent, id jus est necne? Respondit jus esse dummodo libérales opéras ab iis exigeret, hoc est ut acquiescere eos meridiano tempore et valetudiniset honestatis suœ rationem habere sineret.
2 Code de Justinien ^ VIT, 7, 1, § 5; VI, 43, 3. — Voir aussi Gaupp, Deprofessoribus et medicis, p. 16.
3 Suétone, César, chap. lxii. — Auguste, chap, lxii.
'* Hist. nat., XXIX, 17 : Solam hanc artium grœcarum nondum exercet romana gravitas in tanto fructu; Quiritium paucissinii atligere et ipsi slatim ad Grœcos transfuge.
^ Ibid. , XXVI, 3 : Advenerantque ex ^Egypto génitrice talium vitiorum medici hanc solam operam adferentes magna sua prœda.