XXVJ CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
sèment du nombre, de la richesse et de rinfluence des affranchis. Bien que Rome absorbât toujours la crème des forces et des ressources de la vaste étendue de pays soumise à sa domination, elle ne s'en isolait plus et Ton y vit ainsi, en suite des progrès d'un nivellement qui rendait le pouvoir de plus en plus accessible à des hommes de toute origine, un Espagnol comme Trajan, des Syriens, un Arabe, des Goths et d'autres barbares, revêtus de la pourpre par des coups de fortune, occuper le trône et y prendre en mains les rênes de l'empire. Malheureusement cette omnipotence du maître, cette centralisation si puissante en apparence, dérivait d'une source empoisonnée et souffrait d'un vice congénial, accompagné d'indestructibles germes de langueur et de mort. Toute l'autorité de ce gouvernement n'avait d'autre principe que le despotisme pur et simple, si bien caractérisé par Montesquieu, avec son cortège de bassesse et de mensonge, de violence, de tyrannie sans contrôle et d'intimidation générale. Imbue de cet esprit dissolvant, la domination universelle s'était étendue comme un linceul sur tous les membres de ce corps, formé de tant de nations diverses, dont la vitalité propre avait disparu avec leur indépendance, et qui toutes, courbées sous le poids d'un même joug, n'étaient pas plus en état de s'entendre pour la défense commune de leurs intérêts, que de se séparer pour la revendication particulière de droits dont l'habitude de ce joug leur avait même fait perdre la conscience. Entre elles toute émulation s'était évanouie. Chez toutes, l'abaissement des âmes avait brisé les ressorts de la vie politique et répandu le découragement. Le génie grec, si vivace et si fécond en ressources., qui dominait dans tout l'Orient, depuis les conquêtes d'Alexandre, y avait encore, il est