LIVRE III. — LES TROIS ORDRES
D'autre part , les médecins s'appliquaient aussi très-activement à la recherclie et à la préparation de contre-poisons^ , dont beaucoup de personnes avaient l'habitude de prendre des doses régulièrement, comme préservatif ^. Andromaque, le premier des deux médecins de ce nom, adressa même à Néron une poésie dans laquelle il célébrait la découverte d'un contre-poison, trouvé par lui.
On comprend qu'une profession qui n'était interdite à personne et dont les adeptes se trouvaient exposés à de si fortes tentations, dût renfermer dans son sein beaucoup d'éléments impurs. Nous avons déjà vu ailleurs qu'on n'épargnait pas aux médecins les accusations d'empoisonnement, ni surtout d'adultère ^. A ces imputations venaient se joindre d'autres sujets de reproche, en partie déjà mentionnés : l'avidité poussée jusqu'à la rapacité, une humeur querelleuse^, une jalousie de métier, que la grandeur du gain qu'il y avait moyen de faire dans la capitale devait y enflammer plus qu'ailleurs"^, et qui occasionna non-seulement des calomnies et des persécutions odieuses, mais des assassinats même^ et l'expulsion de Rome de plus d'un médecin, celle de Gahen entre autres; enfin, le charlatanisme, l'ignorance, que Gahen reproche si
1 Galien, De theriac. ad Pisonem, c. 2, éd. Kulm, XIV, 216. - Le même, De antidotis, T, 6, éd. Kuhn, XIV, 32.
3 Voir Pline {Hist. nat., XXIX, 20) et Martial (VI, 31); qui n'a pas rougi de dire :
Uxorem, Charideme, tuam scis ipse sinisque A medico futui : vis sine febre mori.
4 Galien, Deprœnol. ad Epid., p. 460, K., XIV, 660. ^ /6irf.,p. 454, K.,XIV, 621.
" /6irf. ,p. 451, K., XIV, 602; voir aussi De lihr. propr. , 362, K. , XIX, 15.
souvent à ses confrères, et ce mépris que les gens vivant de la routine ont- pour les études scientifiques et la véritable instruction. On blâmait aussi, dans la conduite des médecins, tantôt un excès d'orgueil et de rudesse, qui les faisait détester des malades, tantôt une basse servilité, qui les rendait méprisables'.
Les changements continuels dans les systèmes de médication et les méthodes curatives^, parmi lesquelles l'hydrothérapcutique, introduite à Rome par Antoine Musa, sous Auguste, puis sous Néron, par Cliarmide, médecin marseillais, y revint plusieurs fois à la mode ^, paraissent avoir été, en partie du moins, déterminés par le vif désir des médecins de faire parler d'eux et d'attirer des patients. Asclépiade de Bithynie, qui, dans les derniers temps de la république, avait commencé par se produire à Rome comme professeur d'éloquence, mais, ne trouvant pas ses leçons assez productives, se jeta ensuite tout à coup sur la médecine, réussit, par une méthode toute nouvelle, principalement fondée sur un bon régime, par son talent de se plier à tous les caprices des patients et par un charlatanisme inouï, à soumettre à ses lois, suivant l'expression de Pline, et à rendre tributaire de sa caisse l'humanité presque tout entière. On eût dit un homme descendu du cieW II était redevable d'une grande partie de ce succès à des artifices qu'il qualifiait de magie. Il prétendait connaître des herbes ayant la vertu de dessécher les lacs
1 Galien, In Hippocr. epidem comm. , IV, 9, éd. Kuhn, XVII, 144, etc.; Demeth. med., I, 1, éd. Kuhn^ X, p. 4.
2 Pline, Hist. nat. , XXIX, 2 : Mirumque et indignum protinus subit, nullam artium inconslantiorem fuisse aut etiam nunc sœpius rnutari.
■ 3 ihid., 10. — Sénèque, Lettres, 53 et 83. ^ Pline, Hist. nat., XXVI, 12, etc.